Corée du Sud: des victimes de harcèlement au travail se battent pour leurs droits

| AFP | 45 | Aucun vote sur cette news
La Sud-Coréenne Baek Song-yi, qui fait campagne pour le droit des victimes de harcèlement au travail, le 17 juillet 2026 à Séoul
La Sud-Coréenne Baek Song-yi, qui fait campagne pour le droit des victimes de harcèlement au travail, le 17 juillet 2026 à Séoul ( Jade GAO / AFP )

Après un signalement contre un supérieur pour harcèlement, Baek Song-yi n'a jamais eu de nouvelles : la Sud-coréenne fait maintenant campagne pour le droit des victimes à être informées des suites de leurs plaintes pour pouvoir "tourner la page".

Cette ex-salariée d'un groupe américain, âgée de 40 ans, dit avoir subi des attaques verbales de son supérieur, plus âgé, pendant trois ans.

La Sud-Coréenne Baek Song-yi, qui fait campagne pour le droit des victimes de harcèlement au travail, le 17 juillet 2026 lors d'un entretien à l'AFP à Séoul
La Sud-Coréenne Baek Song-yi, qui fait campagne pour le droit des victimes de harcèlement au travail, le 17 juillet 2026 lors d'un entretien à l'AFP à Séoul ( Jade GAO / AFP )

Quand elle a dénoncé ce comportement, le groupe lui a demandé de signer un accord de confidentialité, l'avertissant qu'elle pourrait être licenciée si elle révélait en public des informations évoquées pendant la procédure.

"J'étais complètement sidérée", explique Baek Song-yi à l'AFP, disant qu'elle croyait jusqu'alors que son employeur encourageait les victimes de harcèlement moral à se manifester.

Elle a refusé de signer, et l'enquête a tout de même été menée, confirmant finalement sa plainte.

Mais l'entreprise a refusé de lui communiquer les mesures disciplinaires prises, invoquant "la loi sur la protection de la vie privée".

La Sud-Coréenne Baek Song-yi, qui fait campagne pour le droit des victimes de harcèlement au travail, le 17 juillet 2026 lors d'un entretien à l'AFP à Séoul
La Sud-Coréenne Baek Song-yi, qui fait campagne pour le droit des victimes de harcèlement au travail, le 17 juillet 2026 lors d'un entretien à l'AFP à Séoul ( Jade GAO / AFP )

Un enquêteur lui a dit que le harceleur serait "surveillé". Mais elle n'a jamais su si sa requête visant à l'empêcher d’accéder aux bureaux du groupe avait été acceptée.

"J'ai eu le sentiment que les victimes se retrouvaient sans possibilité de tourner la page, sans sentiment de justice et sans aucun moyen de savoir", souligne celle qui a depuis quitté l'entreprise.

Elle milite désormais pour une législation, similaire à celle de Californie, qui limite les accords de confidentialité dans les affaires de harcèlement au travail, et défend le droit des victimes à être informées des mesures disciplinaires.

Combat "vain"

La Corée du Sud a une loi contre le harcèlement au travail depuis sept ans, mais ses détracteurs estiment qu'elle ne fournit pas de protection suffisante.

Selon une étude menée l'an dernier par l'ONG Gapjil 119, seules 15% des victimes signalent les cas de harcèlement.

La Sud-Coréenne Baek Song-yi, qui fait campagne pour le droit des victimes de harcèlement au travail, le 17 juillet 2026 lors d'un entretien à l'AFP à Séoul
La Sud-Coréenne Baek Song-yi, qui fait campagne pour le droit des victimes de harcèlement au travail, le 17 juillet 2026 lors d'un entretien à l'AFP à Séoul ( Jade GAO / AFP )

"Les employeurs ont toute latitude pour décider de divulguer ou non les mesures disciplinaires, car aucune disposition ne les oblige à en informer la victime", explique à l'AFP l'avocate spécialisée en droit du travail Kim Yu-kyung.

Mme Yoo, identifiée uniquement par son nom de famille, a lancé une procédure pour harcèlement. Après dix mois d'attente, son ancien employeur lui a indiqué que des mesures avaient été prises conformément au "règlement de l'entreprise", mais a refusé d'en révéler la nature.

Mme Yoo, identifiée uniquement par son nom de famille et qui a lancé une procédure pour harcèlement au travail, lors d'un entretien à l'AFP le 15 août 2026 à Séoul
Mme Yoo, identifiée uniquement par son nom de famille et qui a lancé une procédure pour harcèlement au travail, lors d'un entretien à l'AFP le 15 août 2026 à Séoul ( Jung Yeon-je / AFP )

Le ministère du Travail, qui a confirmé le bien-fondé de sa plainte, est ensuite intervenu pour autoriser Mme Yoo à consulter le règlement... qui ne contenait aucune disposition concernant le harcèlement, dénonce-t-elle auprès de l'AFP. On lui a ensuite indiqué que son harceleur avait simplement été prié de décrire par écrit les faits.

La victime, qui a démissionné et a attendu d'avoir quitté son poste pour dénoncer son harceleur par crainte de représailles, indique avoir souffert d'insomnie et de crises de panique.

"Je me suis demandée pourquoi je m'étais infligé plus de dix mois de stress et de combat", raconte-t-elle. "Tout cela me paraissait un peu vain".

Le droit de savoir

Baek Song-yi s'est, elle, tournée vers la commission du travail de la région de Séoul pour savoir quelles mesures avaient été prises après son signalement.

"Il n'existe aucune obligation légale d'informer (la victime) des mesures prises à l'encontre de l'auteur", lui a confirmé un responsable au cours d'un appel enregistré, auquel l'AFP a eu accès.

Mme Yoo, identifiée uniquement par son nom de famille et qui a lancé une procédure pour harcèlement au travail, le 15 août 2026 à Séoul
Mme Yoo, identifiée uniquement par son nom de famille et qui a lancé une procédure pour harcèlement au travail, le 15 août 2026 à Séoul ( Jung Yeon-je / AFP )

L'entreprise était uniquement tenue de demander à la victime quelles mesures elle souhaitait avant de prendre une décision, a-t-il ajouté.

Baek Song-yi considère que son ancien employeur "ne faisait qu'utiliser une loi ambiguë" pour protéger les victimes "de la manière la plus minimale possible".

Le ministère du Travail a indiqué à l'AFP avoir révisé en juillet ses directives sur le harcèlement au travail, "recommandant" aux employeurs de communiquer aux plaignants le résultat des enquêtes. Mais précise qu'une divulgation obligatoire "exigerait un examen attentif", au vu des implications pour la vie privée des parties.

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 20/08/2026

Photo non datée du bâtiment Maurel et Prom, construit entre 1822 et 1825 et utilisé pour détenir des esclaves, placée devant son emplacement actuel à Saint-Louis, le 28 juillet 2026 (…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 21/08/2026

Publié le 21/08/2026

Après huit séances consécutives de progression, qui ont fait grimper de 3,78% le CAC 40 entre le 29 juillet et le 10 août, la Bourse de Paris a aligné une huitième séance de repli à la suite…

Publié le 21/08/2026

La Bourse de New York a clôturé en baisse jeudi, pénalisée par la hausse des rendements obligataires. Les résultats décevants de Walmart ont ravivé les inquiétudes sur la consommation, tandis…

Publié le 21/08/2026

(Zonebourse.com) - Vendredi, les marchés européens ont encore manqué de catalyseurs. Les investisseurs ont gardé un oeil sur plusieurs indicateurs sur l'activité du secteur privé en Europe et…

Publié le 21/08/2026

(Zonebourse.com) - Jeudi soir, Abbott Laboratories ( 1,70%, à 116,09 dollars) a annoncé avoir conclu des accords avec trois cabinets d'avocats afin de mettre un terme à plusieurs litiges concernant…