Des incendies font quatre morts en Indonésie et asphyxient la région
Quatre personnes sont mortes jeudi sur l'île indonésienne de Java en luttant contre des incendies, dont les fumées se répandent dans plusieurs pays voisins et plongent la région dans une grave pollution atmosphérique, ont indiqué les autorités.
Singapour figure vendredi en tête du classement des grandes villes les plus polluées au monde selon le site de surveillance de la qualité de l'air IQAir. Kuala Lumpur occupe la deuxième place et Jakarta la neuvième.
Le Premier ministre de Singapour, Lawrence Wong, s'est engagé à prendre des mesures contre les entreprises qui s'avéreraient responsables des feux indonésiens.
"Lorsque cela s'avérera fondé, nous prendrons des mesures en vertu de la loi singapourienne sur la pollution transfrontalière par la brume sèche et nous étudierons également la possibilité d'une action conjointe avec d'autres pays", a écrit M. Wong sur Facebook jeudi soir.
Des experts juridiques ont toutefois souligné qu'il existait peu de recours pour poursuivre les entreprises responsables de la pollution actuelle, qui a entraîné la fermeture d'écoles en Asie du Sud-Est, et fait exploser le nombre de personnes souffrant de troubles respiratoires.
La pollution atmosphérique à Singapour atteignait vers 08H00 GMT vendredi un pic de 237 sur l'indice de qualité de l'air d'IQAir, c'est-à-dire des niveaux "très mauvais pour la santé".
"On ne voit pas grand-chose depuis les célèbres monuments de Singapour, comme depuis l'emblématique hôtel Marina Bay Sands", du nom de ces trois tours hôtelières reliées par une immense structure allongée en forme de bateau, a déclaré à l'AFP un guide touristique local.
"D'habitude, je peux voir le stade national (à près de 3 km de là, ndlr). Aujourd'hui, on ne voit rien", a-t-il dit.
La loi singapourienne permet de sanctionner les entreprises dont les activités hors de la cité-État provoquent ou contribuent à des niveaux malsains de fumée toxique à Singapour.
Mais il est difficile d'établir les responsabilités, car cela nécessite notamment que les autorités partagent des cartes localisant les foyers d'incendie.
Singapour avait mené des enquêtes sur quatre entreprises indonésiennes pour leur rôle présumé dans un épisode de fumée transfrontalière en 2015, suscitant des tensions diplomatiques. Ces enquêtes sont aujourd'hui toujours ouvertes.
Mercredi, un responsable de la police indonésienne a annoncé que les autorités enquêtaient sur des sociétés, sans divulguer leur nom.
Quatre morts
La fumée touchant Singapour et ses voisins provient des incendies qui ravagent l'Indonésie.
Dans le parc national de Bromo Tengger Semeru, dans l'est de Java, quatre personnes ont perdu la vie jeudi en luttant contre les flammes, a indiqué le ministère indonésien des Forêts.
Il s'agissait de deux officiers du parc et deux gardiens de sécurité, selon le porte-parole du parc national, Endrip Wahyutama. Deux autres personnes ont été grièvement brûlées.
Et la situation ne semble pas s'améliorer. Le ministère des Forêts a fait état de 799 points chauds jeudi soir dans le pays, contre 372 la veille. Ils correspondent à des zones où les satellites détectent des températures inhabituellement élevées, mais qui ne se traduisent pas toujours sous forme d'incendie.
L'Indonésie lutte régulièrement contre des feux de forêt durant la saison sèche, qui dure en général d'avril à octobre.
Mais les feux, qui ont détruit plus de 900.000 hectares depuis le début de l'année selon les dernières évaluations, se sont intensifiés cette année en raison du puissant phénomène météorologique El Niño.
Des experts soulignent que les facteurs humains jouent également un rôle crucial, pointant notamment le défrichement par brûlis et des décennies de dégradation forestière.
"Essoufflement"
A Palangkaraya, dans la partie indonésienne de l'île de Bornéo, les niveaux de pollution atmosphérique continuent vendredi de dépasser le seuil du niveau "dangereux" de l'indice d'IQAir, soit 300.
De nombreux habitants rencontrés par l'AFP ne portent pas de masque et les commerces de rue restent ouverts comme à l'accoutumée, malgré la gêne provoquée par les fumées.
Syehan, 43 ans, dit être victime d'"essoufflement et, en termes d'activités, il y a un impact", raconte le marchand, affirmant qu'"en ce moment, les gens ne viennent plus au marché".
Le secteur aérien indonésien est aussi perturbé : depuis août, un millier de vols ont été annulés et plus de 900 retardés, a fait savoir Lukman F. Laisa, à la tête de l'aviation civile dans le pays.
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