Retour en France du chercheur français Vinatier échangé contre un basketteur russe
Le chercheur français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie depuis juin 2024, est rentré à Paris après avoir été libéré jeudi, en échange de la libération et du retour en Russie du basketteur russe Daniil Kasatkin, qui était réclamé par la justice américaine pour cybercriminalité.
Cette libération intervient alors que Paris et Moscou ont récemment manifesté leur intérêt d'un contact direct au sommet, sur fond de guerre en Ukraine. En décembre, le Kremlin avait fait savoir que Vladimir Poutine était prêt à parler à Emmanuel Macron, répondant à des déclarations en ce sens du président français.
Laurent Vinatier est arrivé en début d'après-midi à la base militaire de Villacoublay, près de Paris, avant d'être accueilli avec ses parents au ministère français des Affaires étrangères où il a échangé avec le chef de la diplomatie Jean-Noël Barrot.
Le service de sécurité russe (FSB) avait précisé plus tôt que le chercheur avait été libéré en échange du basketteur russe, détenu en France depuis juin dernier à la demande de la justice américaine, qui le soupçonne d'être membre d'un groupe de hackers.
La mère du chercheur a confié à l'AFP son "choc" et "immense soulagement" après son retour à Paris dans la foulée de sa sortie de prison. "Cela a été très rapide, violent presque et surprenant", a dit Brigitte Vinatier.
"On se disait qu'il y avait une opportunité de grâce présidentielle. Mais dans mes plus beaux rêves, je pensais que cela arriverait plus tard", a-t-elle ajouté.
"Laurent va bien", a indiqué son avocat, Me Frédéric Bélot, à l'AFP en précisant qu'il subit "des examens de santé" selon "les protocoles classiques".
"Je partage le soulagement de sa famille et de ses proches", a réagi le président Emmanuel Macron sur le réseau social X, en saluant la "mobilisation" des agents diplomatiques.
Les relations bilatérales sont fortement dégradées depuis l'invasion russe de l'Ukraine: Paris accuse les autorités russes d'actes de déstabilisation tandis que le Kremlin reproche à la France son soutien à Kiev ou encore de censurer les médias russes.
Fin décembre, la possibilité que Laurent Vinatier soit échangé avait néanmoins été évoquée après que Moscou avait déclaré avoir fait une "proposition" à la France dans cette affaire.
Dans un communiqué, le FSB a annoncé que Daniil Kasatkin était rentré jeudi en Russie et avait été "échangé" contre Laurent Vinatier.
Peu après, il a diffusé une vidéo de la libération de Laurent Vinatier. On y voit le chercheur écouter un homme lire un document lui annonçant sa grâce par le président Vladimir Poutine avant de rejoindre un avion duquel le basketteur Daniil Kasatkin est sorti.
Accusations d'espionnage
Chercheur spécialiste de l'espace post-soviétique, Laurent Vinatier, 49 ans, travaillait au moment de son arrestation pour le Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG suisse qui fait de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels, notamment s'agissant de l'Ukraine.
"Il aime (la Russie), la langue russe et sa littérature", un intérêt né lors de ses études, puis pendant une thèse sur la Tchétchénie, a précisé sa mère.
S'agissant de Daniil Kasatkin, la justice française avait donné fin octobre un avis favorable à son extradition, mais finalement "il n'y a pas eu de décret d'extradition vers les Etats-Unis du Premier ministre" français, a expliqué à l'AFP Me Bélot, également avocat du basketteur russe.
Washington a été informé par Paris du retour du basketteur en Russie, selon une source ayant connaissance du dossier.
En juin 2024, Laurent Vinatier avait été arrêté en Russie puis condamné à trois ans de prison pour ne s'être pas enregistré en tant qu'"agent de l'étranger". L'intéressé avait dit ignorer que c'était obligatoire dans son cas.
Même s'il n'avait pas été déclaré officiellement "agent de l'étranger" par Moscou, il aurait dû se signaler comme tel selon la justice russe car il collectait des "informations militaires" pouvant être "utilisées contre la sécurité" de la Russie.
En août dernier, il avait comparu cette fois dans le cadre d'une affaire bien plus grave pour "espionnage", un crime passible de 20 ans de prison en Russie et qui faisait craindre une très lourde condamnation supplémentaire.
Après cette audience à huis clos, il avait déclaré être "fatigué" et avait répondu "oui" lorsqu'une journaliste lui avait demandé s'il s'estimait "otage" du pouvoir russe.
Vers une reprise de dialogue ?
Moscou a arrêté plusieurs ressortissants occidentaux pour divers motifs, dont "espionnage", depuis le lancement de l'attaque à grande échelle contre l'Ukraine en février 2022, et a procédé à des échanges de prisonniers avec les Etats-Unis.
Fin novembre, trois personnes ont par ailleurs été mises en examen et écrouées à Paris dans le cadre d'une double affaire d'ingérence et d'espionnage économique au profit de Moscou.
En décembre, Emmanuel Macron avait cependant jugé qu'il allait "redevenir utile" pour les Européens de parler à Vladimir Poutine, plutôt que de laisser seuls les Etats-Unis -- qui s'imposent en médiateur principal dans le règlement du conflit ukrainien -- à la manœuvre dans les négociations.
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