Marchés actions : pourquoi la sélectivité prime sur la prudence face à la hausse des taux
(Zonebourse.com) - Shannon L. Saccocia, chief investment officer (wealth) chez Neuberger Berman livre son analyse sur les marchés actions et sur l'importance d'une approche sélective.
Les taux remontent, ce qui peut inciter à réduire son exposition de manière générale. "Nous pensons au contraire qu'il vaut mieux être sélectif plutôt que de se montrer prudent à tout prix. Les marchés mettent souvent les convictions à l'épreuve précisément lorsqu'il est le plus difficile de les maintenir. Le risque d'une nouvelle hausse des taux réapparaît, tandis que le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans se rapproche de son plus haut niveau depuis un an", signale l'analyste.
Dans ce contexte, de plus en plus d'investisseurs considèrent cette combinaison comme un signal les poussant à réduire leur exposition de manière générale face aux incertitudes à venir.
Face à ce réflexe de prudence généralisée, Shannon L. Saccocia invite à ne pas céder à la précipitation : "Nous constatons que cette prudence s'installe plus largement que prévu, et les discussions sur le positionnement des portefeuilles prennent une tournure de plus en plus défensive. Nous comprenons cette réaction et, sur certains segments, nous la partageons. Nous pensons toutefois qu'il vaut mieux ajuster son exposition que se retirer du marché : être plus sélectif là où nous souhaitons renforcer nos positions, plutôt que de réduire le risque sur l'ensemble des actifs risqués."
Le point de départ reste l'économie réelle. Les récents commentaires du président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, soulignent eux aussi un renforcement des fondamentaux sous-jacents, une lecture que partage l'experte. Les données récemment publiées témoignent de cette résilience et ne plaident pas pour une réduction généralisée du risque. Cela ne signifie pas pour autant que cette solidité justifie un optimisme généralisé sur l'ensemble du marché. Pour l'analyste, "notre conviction reste sélective, et cette distinction compte davantage que les étiquettes de risk-on ou risk-off."
Toutes les expositions ne se valent pas
Concrètement, cette sélectivité implique de faire des choix marqués selon la taille et la fragilité des acteurs. Les petites entreprises sont nettement plus sensibles au coût du financement. La hausse des taux variables, la faiblesse du marché immobilier et des prévisions de bénéfices moins favorables plaident pour une approche plus équilibrée sur ce segment, après plusieurs années de forte progression. "Selon nous, cet ajustement reste ciblé et ne remet pas en cause notre positionnement plus général sur les actions. Être sélectif au sein d'une classe d'actifs ne signifie pas s'en détourner, pas plus que cela ne traduit une perte de conviction à l'égard des actions dans leur ensemble", déclare Shannon L. Saccocia.
Les bénéfices continuent de soutenir le marché
D'autant que la trajectoire des résultats d'entreprises offre un soutien fondamental solide. Au 2e trimestre, les bénéfices du S&P 500 ont progressé de 52%, soit plus du double des quelque 23% anticipés par les analystes avant le début de la saison des résultats. L'écart est loin d'être négligeable : les bénéfices ont largement dépassé des attentes pourtant déjà élevées. La dynamique reste également soutenue au 3e trimestre, où la croissance des bénéfices est actuellement estimée à environ 27%, tandis que les prévisions pour le 4e trimestre dépassent 24%. Autre point encourageant, cette progression ne se limite plus aux grandes valeurs technologiques et s'étend notamment aux secteurs liés aux infrastructures. La concentration de l'indice le rend toutefois vulnérable à une contraction des multiples si les dépenses d'investissement venaient à ralentir.
Les valorisations doivent néanmoins continuer à être suivies de près, compte tenu de la concentration d'une grande partie de la progression des bénéfices sur un nombre relativement limité de grandes valeurs technologiques. Les multiples se sont nettement contractés au cours de l'année écoulée, alors même que les bénéfices progressaient fortement. "Cette évolution nous rend un peu plus confiants quant aux niveaux de valorisation actuels, sans pour autant perdre de vue le risque d'un retournement rapide", conclut Shannon L. Saccocia.
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source : AOF
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