La valeur du jour à Paris - Eramet : divorce express entre le conseil d'administration et son directeur général
Stupeur chez Eramet. Après l'officialisation hier soir avant 23h du départ de son directeur général, Paulo Castellari par le Conseil d'administration, le titre du géant minier et métallurgique enregistre la plus forte baisse du SBF 120, reculant de 7,25%, à 68,45 euros. Le groupe indique dans un communiqué "avoir mis un terme avec effet immédiat à son mandat en raison de divergences sur les modes de fonctionnement. Réuni dimanche 1er février, l'organe a évoqué des désaccords avec l'exécutif, sans en préciser la nature.
Dans l'attente de la nomination d'un successeur, la présidente du groupe, Christel Bories, assurera la direction générale à titre intérimaire. Cette organisation est transitoire. Une fois le nouveau directeur général désigné, les fonctions de président et de directeur général seront de nouveau dissociées.
Le conseil d'administration a salué l'engagement de Paulo Castellari et réaffirmé son soutien aux équipes, mobilisées pour renforcer la sécurité, améliorer la performance opérationnelle et réduire les coûts, dans un contexte économique dégradé. Eramet met en avant la qualité de son portefeuille d'actifs, la montée en puissance de son site de lithium en Argentine et maintient la publication de ses résultats annuels au 18 février 2026.
Oddo BHF rapporte que Christel Bories a donné des explications sur ce départ dans un entretien accordé au quotidien financier Les Échos. Elle a précisé que "M. Castellari et le conseil d'administration étaient en désaccord sur les processus de décision, de coordination et d'interaction entre le conseil et la direction générale, ainsi que sur le fonctionnement avec les équipes".
"Ce départ rappelle que le redressement pourrait rester difficile à atteindre"
Paulo Castellari avait été désigné il y a moins d'un an, le 13 février 2025, mais n'était entré en fonction qu'à l'issue de l'assemblée générale du 27 mai suivant.
"Il s'agit d'un départ surprenant, car Paulo venait de prendre ses fonctions début 2025 et était en train de mettre en oeuvre un plan de redressement", souligne l'analyste d'AlphaValue Varun Sikka, qui ajoute "si la qualité du modèle économique d'Eramet n'a jamais fait l'unanimité, la gouvernance de l'entreprise a également été un point faible, et ce départ rappelle que le redressement pourrait rester difficile à atteindre."
Oddo BHF fait savoir que "cette annonce est un véritable choc car, vu de l'extérieur, rien ne laissait présager de tels désaccords. Depuis son arrivée, M. Castellari était crédité d'avoir renforcé la discipline budgétaire du groupe".
Précisément, le broker souligne que le marché appréciait particulièrement les initiatives récentes menées sous sa direction avec un plan d'économies (l'annonce en décembre d'un programme d'amélioration de l'Ebitda de 120 à 150 millions d'euros, axé sur la productivité et les économies dans les unités opérationnelles). Ce plan devait être complété par des mesures sur les coûts du siège, le besoin en fonds de roulement (BFR) et les investissements (Capex), dont le détail était attendu pour le 18 février.
De plus, sous l'égide de Castellari, le projet crucial de Centenario en Argentine a été redressé. Il a atteint les deux tiers de sa capacité nominale fin 2025 après des retards initiaux.
Oddo BHF estime surtout qu'"avec son départ, Eramet entre dans une nouvelle période de transition qui rendra plus difficile la mise en œuvre des réductions de coûts et des améliorations opérationnelles pourtant indispensables. Avec une dette nette actuellement estimée à 4,8x l'EBITDA ajusté (hors SLN) - un niveau appelé à rester bien au-dessus de l'objectif de long terme de 1x - Eramet demeure vulnérable à un éventuel repli des cours des matières premières", fait-il savoir.
Le broker rappelle que "le groupe affiche un historique de gouvernance en dents de scie, marqué par des intérêts divergents entre ses deux principaux actionnaires : la famille Duval (37%) et l'Etat français (30%). Ces tensions entravent la stratégie et l'allocation du capital, les premiers souhaitant privilégier la rémunération des actionnaires tandis que le second donne la priorité aux investissements de croissance".
Quant à Portzamparc, il juge que "le retour de Christel Bories au poste de PDG devrait assurer une certaine stabilité durant la phase d'intérim. Cette décision reste, pour le bureau d'analyse, une surprise alors que Paulo Castellari semblait prendre progressivement ses marques et avait lancé un plan ambitieux visant à adresser les sujets de performance opérationnelle (ReSolution)".
Le départ du dirigeant à deux semaines de la publication des résultats annuels est un signal négatif pour l'entreprise, qui avait démarré 2026 sur les chapeaux de roues en bourse (+28%).
source : AOF
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