Les opérateurs télécoms face à un tournant, Deutsche Telekom en première ligne

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Les opérateurs télécoms face à un tournant, Deutsche Telekom en première ligne
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(Zonebourse.com) - SpaceX a racheté aux Etats-Unis les ondes radio qui lui manquaient pour faire de Starlink un véritable opérateur de téléphonie mobile, pour environ 8 milliards de dollars selon le Wall Street Journal. Les trois grands opérateurs américains ont chuté, et Deutsche Telekom a suivi à Francfort alors qu'il est le premier européen à avoir signé avec Starlink.

AT&T, T-Mobile et Verizon ont décroché jeudi après la clôture de Wall Street. La contagion a gagné l'Europe ce matin par le canal le plus direct, Deutsche Telekom (-7,5%) détenant la majorité de T-Mobile US.

Pourquoi cette fois c'est différent

Pour faire tourner un réseau mobile, il faut des antennes et le droit d'utiliser certaines ondes radio. Ce droit, l'Etat le vend. Et toutes les ondes ne se valent pas. Les basses portent loin et traversent les murs, mais transportent peu de données. Les hautes en transportent beaucoup plus, mais s'arrêtent au premier obstacle. SpaceX avait déjà les secondes. Il vient d'acheter les premières au fonds Grain Management, qui les avait lui-même rachetées à T-Mobile en début d'année, sous réserve du feu vert du régulateur américain.

Jusqu'ici, téléphoner par satellite relevait du dépannage en zone blanche. Avec ces nouvelles ondes, un téléphone ordinaire pourrait capter un satellite même à l'intérieur d'un bâtiment, sans matériel particulier. Le régulateur a par ailleurs autorisé SpaceX à lancer 15 000 satellites supplémentaires, et lui a accordé début octobre le droit d'acheminer des communications entre les Etats-Unis et le reste du monde. Gwynne Shotwell, la présidente de SpaceX, annonçait un lancement fin 2027 et prévenait qu'elle comptait leur prendre "pas mal de clients".

L'Europe, elle, a pris trois directions à la fois. Deutsche Telekom s'est allié à Starlink dès mars pour lancer un service dans dix pays en 2028. Orange a préféré signer avec tout le monde, Eutelsat, SES, Starlink, Telesat et la coentreprise d'AST SpaceMobile et de Vodafone, avec de premiers essais en Roumanie fin 2026. Bruxelles prépare pendant ce temps des règles qui réserveraient une partie des fréquences satellitaires européennes à un acteur du continent, et Bloomberg rapportait début septembre que Deutsche Telekom, Orange, Vodafone et Telefonica discutaient d'une candidature commune. Rien n'est tranché, et les licences actuelles expirent en 2027.

Trente ans à payer les tuyaux

La vraie question n'est pas de savoir si le satellite remplacera les réseaux au sol. Personne ne le prétend. Elle est de savoir ce que vaut un réseau le jour où couvrir le territoire ne suffit plus à tenir les nouveaux concurrents à distance.

Le secteur connaît le scénario par coeur. En 2000, les opérateurs européens ont payé des fortunes pour les licences de téléphonie de troisième génération, près de 50 MdsEUR rien qu'en Allemagne. Ils ont acheté le droit d'investir, puis ils ont investi. Le téléphone est devenu un ordinateur, et ce sont Apple, Google et Meta qui ont encaissé. Quand WhatsApp a tué le SMS, les opérateurs ont perdu le revenu sans récupérer la moindre part de ce qui le remplaçait.

Le schéma s'est répété à chaque génération. La 4G a fait vivre le streaming, la fibre a fait vivre le cloud, et le transporteur n'a jamais touché la marge du service transporté. Une chose change pourtant. WhatsApp avait besoin du réseau pour exister, Starlink n'en a pas besoin. Les analystes de William Blair attendent d'ailleurs une offre tout-en-un mêlant internet par satellite, téléphonie et peut-être Grok, l'assistant d'intelligence artificielle d'Elon Musk. Aucun opérateur traditionnel ne peut aligner ce paquet.

Que leur reste-t-il ? Trois voies, dont aucune ne promet de croissance. Devenir une infrastructure, lourde, utile, rentable et sans perspective, ce qui correspond déjà assez bien à la façon dont le marché valorise les européens. Grandir, ce que Deutsche Telekom a fait en s'achetant une place aux Etats-Unis et que Bruxelles empêche en Europe en bloquant les fusions entre opérateurs nationaux depuis quinze ans. Vendre autre chose que du réseau, enfin, la voie la plus saine et la plus lente.

Pourquoi l'Allemand est le plus exposé

Si Deutsche Telekom a davantage souffert que ses voisins, ce n'est pas par ricochet. Les Etats-Unis sont devenus le coeur de son histoire boursière. Le groupe détient 52,8% de T-Mobile US, qui revendiquait environ 142 millions de clients fin 2025, et c'est cette filiale qui porte sa croissance depuis dix ans. En achetant des ondes à Washington, SpaceX ne vient donc pas chatouiller une activité secondaire, il se place devant le moteur.

Le 5 octobre, quatre jours avant la chute, l'Allemand avait présenté son plan. Environ 2,5 MdsEUR d'économies sur ses frais généraux d'ici 2030 par rapport à 2023, grâce à l'automatisation et à l'intelligence artificielle, dont 1,1 MdsEUR dès 2027 hors Etats-Unis, et un objectif de 800 MEUR de revenus tirés de l'IA auprès des entreprises à l'horizon 2030. Le plan est sérieux. Il réduit les coûts mais n'ouvre pas de marché.

Le calendrier ne laisse pas beaucoup d'air. Le service satellitaire européen avec Starlink doit démarrer en 2028, les licences de fréquences satellitaires européennes expirent en 2027, et la filiale américaine affronte d'ici là un concurrent qui ne figurait dans aucun plan il y a trois ans. Ce que vingt-cinq ans d'histoire du secteur permettent d'affirmer, c'est que l'infrastructure sera payée. Pas qui en profitera.

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source : AOF

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