Qui vend l'Europe à découvert, et pourquoi ce n'est pas toujours un mauvais signe

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Qui vend l'Europe à découvert, et pourquoi ce n'est pas toujours un mauvais signe
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(Zonebourse.com) - La chute de Raiffeisen après un rapport de Grizzly Research a remis les vendeurs à découvert sous les projecteurs. Les registres européens, eux, racontent une autre histoire : celle de quelques fonds quantitatifs qui truffent la cote de paris baissiers, et d'un appétit pour le short qui s'essouffle depuis l'été.

Le principe est simple : un vendeur à découvert emprunte des titres, les vend, et espère les racheter moins cher. Jeudi, Grizzly Research a annoncé une position vendeuse sur Raiffeisen Bank International tout en publiant un rapport mettant en cause les activités russes de la banque, qui a rejeté ces accusations. Le titre a chuté jusqu'à 9% en séance.
Ce type d'attaque publique reste pourtant l'exception. La très grande majorité des positions courtes déclarées en Europe ne sont accompagnées d'aucun rapport, d'aucune déclaration, d'aucun tapage. Les registres des régulateurs permettent d'y voir plus clair.

Immobilier britannique, deux françaises dans le top 6
Au 18 septembre, le promoteur immobilier britannique Vistry Group arrive en tête avec 16,74% de son capital vendu à découvert. Sur le continent, c'est le parapétrolier italien Saipem qui domine, à 13,90%.

Deux françaises figurent donc dans le haut du tableau : Ubisoft, quatrième, et Valeo, sixième. Le reste du classement dessine deux pôles : l'immobilier et les matériaux de construction au Royaume-Uni, où les promoteurs souffrent de taux élevés, et quelques dossiers industriels européens.
Ce classement a toutefois un biais. Il a tendance à favoriser les petites capitalisations, plus faciles à emprunter et à faire bouger. Les poids lourds de la cote n'y apparaissent que peu, sans pour autant être épargnés.
Parmi les noms plus familiers nous recensons également, au 18 septembre 2026 : Renault (8,91%), Teleperformance (8,54%), Metlen (8,04%), Burberry (6,91%), FDJ United (6,39%), Puma (5,32%).

Les shorteurs ne sont pas ceux qu'on croit
C'est sans doute l'enseignement le plus utile. Les vendeurs à découvert les plus actifs en Europe ne sont pas des fonds activistes façon Grizzly, mais des maisons quantitatives qui gèrent des centaines de lignes.



Citadel déclare à elle seule 113 positions au-dessus du seuil de publication. A ce niveau, il ne s'agit plus d'un jugement sur une entreprise en particulier, mais d'un processus systématique : modèles quantitatifs, stratégies dites neutres au marché, couverture d'autres positions, arbitrage entre une action et une obligation convertible. La présence d'un gérant d'actifs traditionnel comme JPMorgan Asset Management, avec 56 lignes, illustre bien cette réalité.
Autrement dit, voir un grand nom sur une valeur ne signifie pas qu'un fonds parie sur son effondrement. C'est souvent une brique parmi des centaines dans un portefeuille.

Quand les paris baissiers font consensus
Plus révélateur que le pourcentage : le nombre de gérants positionnés sur la même valeur. Chez Vistry, ils sont 18 à avoir déclaré une position. Chez Saipem et Ubisoft, ils sont 11.
Cela change la lecture. Un pourcentage élevé porté par deux fonds traduit une conviction isolée. Le même pourcentage réparti entre quinze gérants signale un scepticisme largement partagé, et une position plus difficile à déboucler en cas de bonne nouvelle : c'est le carburant classique d'un short squeeze.

Ceux qui ont jeté l'éponge
Les mouvements sur trois mois sont tout aussi instructifs, car les shorteurs savent aussi battre en retraite. Sur la période, les positions déclarées sur le suédois Electrolux sont passées de 12,04% à 4,32%, une chute de près de 8 points. Côté français, Vallourec a vu les siennes fondre de 8,78% à 1,96%.
A l'inverse, l'italien Dovalue, spécialiste de la gestion de créances douteuses, a vu les paris baissiers grimper de 2,98% à 7,99%.

Un appétit baissier en repli
Dernier enseignement, et non le moindre : le nombre total de positions courtes déclarées en Europe s'établit autour de 1 850, contre près de 1 960 à la mi-juillet. Le nombre de déclarations mensuelles recule lui aussi depuis le printemps.
Difficile d'y voir un signal de marché à lui seul, mais la tendance est cohérente avec la hausse des indices européens depuis l'été : parier contre un marché qui monte coûte cher.

Mode d'emploi de ces chiffres
Trois règles pour bien lire ces données.
Les seuils d'abord. Une position doit être déclarée au régulateur dès 0,2% du capital, mais n'est rendue publique qu'à partir de 0,5%. Les pourcentages affichés sont donc des planchers : le niveau réel des ventes à découvert est supérieur.
Le pourcentage ensuite. Il s'exprime en part du capital, pas en euros. Une position de 2% sur une très grande capitalisation pèse bien plus lourd, en montant, que 13% sur une petite ou moyenne valeur.
L'interprétation enfin. Un niveau élevé ne prédit pas une baisse. Il signale un dossier controversé, sur lequel des investisseurs professionnels ont pris le risque de s'exposer publiquement. Parfois ils ont raison. Parfois, comme l'ont appris les shorteurs d'Electrolux, il vaut mieux savoir refermer la position.

Source : positions nettes publiées par les régulateurs européens, dont l'AMF, la BaFin et la CONSOB, agrégées au 18 septembre 2026.

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source : AOF

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