En attaquant la science du climat, le gouvernement Trump "met en péril" les intérêts américains, assure un chercheur

| AFP | 117 | 5 par 1 internautes
Le professeur Waleed Abdalati à Washington aux Etats-Unis le 16 juillet 2025
Le professeur Waleed Abdalati à Washington aux Etats-Unis le 16 juillet 2025 ( Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives )

Les attaques du gouvernement de Donald Trump sur la recherche sur le climat "mettent en péril" les intérêts américains, assure dans un entretien à l'AFP Waleed Abdalati, directeur d'un influent centre de recherche sur l'environnement à Boulder (Colorado).

Cet ancien scientifique en chef de la Nasa s'inquiète du démantèlement du Centre national de recherche sur l'atmosphère (NCAR) et des coupes claires menées par l'Etat fédéral dans les financements scientifiques.

Le CIRES, le centre de recherche de quelque 900 personnes qu'il dirige sur le campus de l'Université du Colorado, a été directement touché.

De février à mi-avril, le financement par l'Etat fédéral du GML, laboratoire de référence pour la collecte de données sur l'atmosphère, a été gelé. Quarante-deux personnes étaient sur le point d'être licenciées, avant que les fonds ne soient finalement débloqués, sans doute après l'intervention de parlementaires.

Q: Comment comprendre ce gel dans les subventions?

R: "On m'a dit que cette décision venait du Bureau du budget (de la Maison Blanche), dont le directeur a été très clair dans le passé sur ce qu'il estime être sa responsabilité de s'assurer que l'argent dépensé corresponde aux priorités du président. Mais le problème, c'est que le Congrès avait affecté cet argent. Que le gouvernement, avec son propre avis, prenne le pas sur les décisions parlementaires, ce n'est pas comme ça que ça marche!"

Q: En quoi ce genre de décision perturbe-t-il la recherche?

Le professeur Waleed Abdalati à Washington aux Etats-Unis le 16 juillet 2025
Le professeur Waleed Abdalati à Washington aux Etats-Unis le 16 juillet 2025 ( Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives )

R: "Les gens ne mènent plus leurs recherches. Ils ne peuvent plus recruter des doctorants. Ils doivent licencier les techniciens qui font tourner les laboratoires. La Fondation nationale pour la science (principale agence de financement fédéral, ndlr) n'étudie pas les demandes de financements aussi rapidement qu'avant. (...) Tout cela ralentit la recherche. L'histoire a montré que notre compétitivité nationale était liée à notre force dans les sciences, l'ingénierie, la recherche. Mettre tout cela en danger, c'est menacer nos intérêts nationaux. A un moment où la Chine, par exemple, accroît ses dépenses de recherche. Cela m'inquiète."

Q: Est-ce qu'on peut parler d'un risque de fuite des cerveaux?

R: "Il y a un risque, à Boulder mais aussi au niveau national. Ce que les gens voient, c'est un gouvernement qui dit (vos recherches) +ça ne compte pas, c'est une supercherie+. (...) Donc même si le Congrès a voté les fonds, ce n'est pas certain que l'Etat puisse les dépenser d'ici la fin de l'année budgétaire en raison des retards. Si l'on était cynique, on dirait que c'est bien là l'objectif."

Q: Selon des documents internes révélés dans une procédure judiciaire destinée à bloquer le démantèlement du NCAR, la Maison Blanche envisageait en décembre de séparer la recherche sur la météo de celle sur le climat, pour supprimer la seconde. Peut-on dissocier les deux?

R: "La recherche atmosphérique ne distingue pas la météo du climat. C'est simplement de la physique! On prend ce que l'on sait de la physique pour nous amener à mieux savoir de quoi l'avenir sera fait. Cela peut être demain, dans un mois ou dans 20 ans. Personne ne peut défendre l'idée que savoir de quoi l'avenir sera fait n'a aucun intérêt. Rechercher cette connaissance constitue, en soi, un intérêt national."

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