Face au mégafeu "contenu" en Gironde, les pompiers travaillent à consolider "l'espoir"
Après neuf jours de lutte acharnée contre un mégafeu qui a dévasté 42.000 hectares de forêt en Gironde, les pompiers travaillent vendredi à consolider "l'espoir" de maîtriser cet incendie toujours actif par endroits mais "contenu", ce qui a permis de nouveaux retours de personnes évacuées.
Après avoir constaté ce matin une "situation stable" après une nuit à la météo "favorable", la préfecture a autorisé à la mi-journée des retours vers deux nouvelles communes dans le bassin d'Arcachon (Biganos, 11.000 habitants et Audenge, près de 10.000 habitants) ainsi que vers les campings de Lacanau, d'où 4.000 personnes avaient été évacuées.
Plus de la moitié des 224.000 résidents et touristes délogés à titre préventif depuis le début de l'incendie, le 22 juillet, ont déjà pu rejoindre leurs habitations dans 12 communes, du nord-ouest au sud de Bordeaux.
"Il y a toujours de l'espoir, on travaille pour, mais je ne peux pas vous garantir que l'incendie sera fixé ce week-end", a déclaré Eric Pitault, officier de communication du Sdis 33.
Là comme dans les casernes de Gironde, une minute de recueillement a été observée pour les deux pompiers morts à Mérignac sur un virulent feu de forêt il y a dix jours, soit la veille du démarrage du mégafeu actuel.
"Aujourd'hui, la Gironde est en deuil. La disparition des deux pompiers nous bouleverse profondément", a déclaré avant l'hommage le lieutenant-colonel Olivier Chavatte, directeur des opérations sur le secteur de Lège.
Pour la journée, "la situation est établie, les effectifs sont répartis sur tout le secteur", indique le lieutenant-colonel Pitault.
Les points chauds du brasier concernent encore le hameau de Claouey à l'entrée de la presqu'île du Cap Ferret, qui reste inaccessible, la commune de Lanton sur le bassin d'Arcachon, celles du Porge et de Lacanau plus au nord.
Les travaux de consolidation des quelque 130 km de pare-feux et de sécurisation de lisières du brasier se poursuivent, en particulier sur son flanc ouest dans une zone dunaire. Mais traiter "240 kilomètres de lisière" ne peut pas se faire "d'un claquement de doigts", a souligné jeudi soir le directeur départemental des pompiers, Marc Vermeulen.
"Début de la crise"
Sur le terrain, 3.300 pompiers de toute la France, dont 267 ont été blessés à ce jour, 1.500 militaires, 1.250 policiers et gendarmes, forestiers, agriculteurs et une cohorte de bénévoles conjuguent leurs efforts, épaulés par 24 moyens aériens dont sept fournis via le mécanisme européen de solidarité.
L'Ukraine a annoncé vendredi l'envoi en France de 70 secouristes et 15 véhicules spécialisés pour aider à la lutte contre les feux.
"C'est le début de la fin du feu mais c'est le début de la crise", craint Nina Rosazza, gérante d'une métallerie à Andernos-les-Bains venue prêter main-forte, avec d'autres artisans du coin, dans la forêt ravagée de Lanton. "Touristiquement, écologiquement, visuellement, c'est une catastrophe à long terme".
Vendredi, le ministre du Tourisme Serge Papin a annoncé une extension, sous condition, du chômage partiel aux saisonniers qui devaient travailler dans une entreprise touchée mais qui n'avaient pas encore commencé leur mission.
Les autorités dénombrent toujours 240 habitations détruites mais indiquent que "ce bilan sera consolidé lors des prochaines visites de reconnaissance" des zones sinistrées par ce feu, le plus dévastateur depuis 1949.
Dans les Landes, le préfet a annoncé jeudi que le feu près de Biscarrosse, qui a brûlé 3.600 hectares, était "maîtrisé" et que tous les quartiers allaient "rouvrir".
"Hantise"
Si aucune perte humaine n'est à déplorer, les sauveteurs ont la "hantise" de trouver des animaux morts.
Chats, poules, chiens, lapins... Une "brigade de secours animal", montée dans l'urgence par la mairie de Lège-Cap-Ferret, arpente la commune armée de croquettes, de graines et de bidons d'eau pour "leur permettre de tenir" jusqu'à ce que leurs propriétaires reviennent.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.
Le sud-est de la France a lui aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et le Var, des départements qui sont à nouveau en vigilance orange canicule.
Dans le Var, les feux de Brignoles et du massif du Gros Bessillon sont "fixés", et ont parcouru respectivement 130 et 4.500 hectares.
Sur la France entière, 308 interpellations ont été réalisées dans des enquêtes sur des départs de feux dont "deux tiers" sont susceptibles d'être volontaires et elles se sont traduites par 33 détentions, a indiqué Laurent Nuñez.
Toutefois, les plus gros incendies de la saison en France sont d'origine accidentelle, selon les premiers éléments d'enquête. Les propriétaires de la parcelle forestière d'où est parti le mégafeu de Gironde ont déclaré à l'AFP avoir porté plainte contre l'entreprise soupçonnée de l'avoir déclenché en débroussaillant même s'ils "étaient dans les règles".
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