"Il y aura toujours du boulot": les métiers manuels recherchés, sur fond de montée de l'IA

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Un étudiant participe à un cours, à Manhattan, New York, le 4 juin 2026
Un étudiant participe à un cours, à Manhattan, New York, le 4 juin 2026 ( ANGELA WEISS / AFP )

Longtemps méprisés, les métiers manuels ont le vent en poupe aux Etats-Unis, notamment chez les jeunes adultes, attirés par la demande de main-d'oeuvre sur fond de menace de l'intelligence artificielle (IA) pour l'emploi tertiaire.

L'image de ces professions techniques "est en train de changer", affirme Nizier Lawrence, la vingtaine, "parce qu'avant le Covid, je n'avais pas entendu parler d'école professionnelle. On me disait: va à l'université."

Ce New-Yorkais a passé trois ans en faculté, avant d'avoir "besoin d'une pause", puis de s'inscrire à Apex, institut de formation technique, pour un diplôme d'électricien. "J'ai appris plus de choses en trois semaines qu'en trois ans à l'université."

Au sein de la promotion de Nizier, rares sont ceux qui évoquent spontanément l'intelligence artificielle (IA) et ses effets attendus sur le monde du travail.

Mais ils parlent tous de sécurité de l'emploi, en écho à une anxiété palpable, en décalage avec le taux de chômage très bas aux Etats-Unis (4,3%).

Parmi les 27-39 ans utilisant quotidiennement l'IA, seuls 22% estiment que leur emploi est à l'abri d'être supprimé, selon le rapport annuel mondial du cabinet ADP, publié en avril.

"Il y aura toujours du boulot", lance Anthony Byrd, camarade de classe de Nizier, dans les locaux d'Apex à Manhattan. "Tout tourne à l'électricité aujourd'hui. Sans nous, le monde s'écroule."

Paradoxalement, la montée en puissance de l'IA a enclenché une frénésie de construction de centres de données, qui requièrent de nombreux professionnels du bâtiment, en particulier des électriciens.

En 2024, le ministère américain du Travail prévoyait 9% de hausse du nombre d'électriciens d'ici 2034, un rythme "beaucoup plus rapide que la moyenne".

Coordinatrice à l'Apex Technical School, qui possède un second site dans le Queens, Zelda Cuesta dit avoir observé un rajeunissement des effectifs.

"Avant, l'académie (de New York) regardait les écoles professionnelles un peu de haut", se souvient-elle. "Ils voulaient envoyer tout le monde à l'université. (...) Mais aujourd'hui, quand je vais dans les lycées, je suis une rock star."

"Une aventure humaine"

Beaucoup d'élèves soulignent que même si le coût de la formation est significatif, à environ 18.000 dollars au total, il est nettement inférieur à celui d'une université, estimé à plus de 38.000 dollars par an aux Etats-Unis, selon le site spécialisé Education Data Initiative.

Un étudiant en électricité de  l'Apex Technical School à Manhattan, New York, le 4 juin 2026
Un étudiant en électricité de l'Apex Technical School à Manhattan, New York, le 4 juin 2026 ( ANGELA WEISS / AFP )

Sans compter qu'un passage à l'université dure, au minimum, quatre ans, tandis qu'en moyenne, Apex forme un électricien en sept mois. Selon le ministère du Travail, le salaire moyen d'un électricien a bondi de 55% entre 2015 et 2025.

"Quand je fais des visites de l'école, j'insiste sur le fait que l'IA ne pourra pas prendre nos métiers", explique Zelda Cuesta. "Les immeubles auront toujours des canalisations, des installations électriques. Et je sens que les gens voient ça différemment, maintenant."

Apex forme également des plombiers, des techniciens frigoristes, des soudeurs ou des cuisiniers.

"Quand les choses ont l'air de se déliter, on a tendance à revenir aux traditions", aux métiers de la vieille économie, dit Amy Quazza, conseillère du programme culinaire à Apex.

Au-delà de la menace de l'IA, Zelda Cuesta voit dans cette popularité nouvelle des métiers manuels l'influence de la pandémie et de périodes prolongées sans sortir. Le constat est partagé par plusieurs élèves.

Une élève de l'Apex Technical School à Manhattan, New York, le 4 juin 2026
Une élève de l'Apex Technical School à Manhattan, New York, le 4 juin 2026 ( ANGELA WEISS / AFP )

"Le Covid a été tellement déprimant", se souvient Jaydon Negron, un autre élève. "Quand j'ai dû choisir mon orientation, j'ai voulu utiliser mes mains et pas seulement être tout le temps dans un bureau."

A la possibilité de se déplacer et de changer régulièrement d'environnement, s'ajoute une dimension humaine, soulignée par Nizier, qui voit dans son futur métier l'occasion de "connaître beaucoup de gens".

Amy Quazza en revient à la pandémie et à une génération "qui a envie de contact" après en avoir été privé durant plusieurs mois. Dans le cas de la cuisine, qu'elle enseigne, "c'est une vraie aventure humaine, et c'est ce qui attire les gens."

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