La verrerie Duralex placée en redressement judiciaire
Duralex de nouveau en danger: reprise en 2024 par ses salariés en coopérative, la célèbre verrerie a été placée en redressement judiciaire en raison de "tensions de trésorerie", deux ans seulement après une procédure similaire.
L'entreprise, qui emploie 243 salariés, a justifié lundi ses difficultés financières par une hausse "du stock très importante sur janvier et février 2026, couplée à des ruptures impactant les ventes sur des produits emblématiques" et "du coût des matières premières et de l'énergie en début d'année".
Duralex, fondée en 1945, a inventé le verre trempé et les fameux verres, réputés incassables et vendus dans le monde entier.
Placée sous la protection du tribunal de commerce d'Orléans, avec une période d'observation de six mois, la verrerie est confrontée à son cinquième redressement judiciaire en une vingtaine d'années.
La procédure intervient deux ans, presque jour pour jour, après la dernière en date.
La société assure vouloir "tout mettre en œuvre" pour "trouver les solutions optimales de sortie" de cette nouvelle procédure, dans un communiqué transmis à l'AFP.
"Préoccupation"
Une audience de revoyure, sorte de "point d'étape" selon une source proche du dossier, est d'ores et déjà fixée au 2 juillet.
"Depuis plusieurs semaines, l'État est mobilisé aux côtés de l'entreprise, notamment via la commande engagée d'un audit financier indépendant", a réagi le ministère de l'Economie auprès de l'AFP. Il assure rechercher "les conditions permettant la préservation de l'activité, des savoir-faire industriels et de l'emploi".
Le président de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau, a dit à l'AFP sa "très grande préoccupation", promettant qu'il ferait "tout" pour que Duralex puisse rester "un fleuron industriel régional et national".
Très populaire, la marque avait reçu à l'automne plus de 20 millions d'euros de promesses d'investissement en quelques heures, dans le cadre d'une levée de fonds de 5 millions destinée à assurer la poursuite de son redressement.
Mi-avril, son directeur général, François Marciano, figure emblématique de la reprise en société coopérative et participative (Scop), a été remplacé par par Peggy Sadier, qui occupait jusque-là les fonctions de directrice marketing et commerciale.
M. Marciano aurait été "mis à pied", d'après la CGT. Son fils Antoine, qu'il avait nommé au poste de directeur financier et dont les compétences "n'ont pas été démontrées", aurait connu le même sort.
La mise en oeuvre, il y a plus de 18 mois, d'un plan de transformation commerciale "a commencé à porter ses fruits", affirme Duralex.
L'entreprise évoque une "croissance de 7% du chiffre d'affaires constatée au 31 décembre 2025 et "la confirmation" des objectifs sur les premiers mois de l'année 2026, dans un contexte de marché des arts de la table particulièrement tendu.
Les Français appelés à l'aide
En cette période "complexe", elle appelle les Français à poursuivre leur soutien au projet.
Une source proche a qualifié de "sombre" la situation de l'entreprise.
"Les caisses sont vides et les salariés n'ont touché que 50% de leur dernière paie", a-t-elle ajouté.
François Marciano avait annoncé que le chiffre d'affaires de Duralex devait atteindre cette année ou en 2027 la barre des 35 millions d'euros pour retrouver l'équilibre financier, avant d'espérer viser 39 millions d'euros en 2030.
Ces objectifs sont "intenables" pour plusieurs observateurs.
Duralex "est une usine, qui a besoin de produire à très gros volume", avait expliqué en avril un salarié sous couvert d'anonymat auprès de l'AFP.
Durement touchée en 2022 par la flambée des prix de l'énergie après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, elle avait été sauvée temporairement par un prêt de 15 millions d'euros de l'État.
Environ 60% des 243 salariés de l'unique usine du groupe, à La Chapelle-Saint-Mesmin, près d'Orléans, ont investi dans la coopérative.
Le projet de Scop avait été soutenu, y compris financièrement, par la région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole.
Les difficultés de Duralex rappellent celles du groupe Brandt, ancien fleuron de l'électroménager français, liquidé en décembre dernier. Sa principale usine, qui employait 350 salariés sur les quelques 700 que comptait du groupe, se trouvait à sept kilomètres de celle de Duralex.
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