Moyen-Orient: la Russie prête à "compenser" le déficit énergétique de la Chine
La Chine et la Russie ont affirmé leur proximité mercredi face à la guerre au Moyen-Orient, Moscou offrant à Pékin de "compenser" le déficit de ressources énergétiques qu'elle subirait à cause du conflit.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, en visite de deux jours en Chine, a confirmé la venue de Vladimir Poutine au cours du premier semestre 2026.
Dans une période de tensions géostratégiques, le président Xi Jinping pourrait ainsi recevoir successivement dans les prochaines semaines son homologue américain Donald Trump, annoncé mi-mai, et russe.
Toutes deux partenaires de l'Iran et rivales des États-Unis, la Chine et la Russie sont des voisines aux relations diplomatiques et économiques étroites.
La guerre, la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz et, désormais, le blocus des ports iraniens par les États-Unis affectent directement la première.
"La Russie peut sans aucun doute compenser le déficit de ressources qui est apparu, aussi bien pour la République populaire de Chine que pour tous les pays désireux de travailler avec nous d'une manière équitable et mutuellement bénéfique", a dit Sergueï Lavrov, cité par les agences de presse russes.
Premier acheteur
La Chine restait en mars le premier acheteur mondial de combustibles fossiles russes, selon le Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (Crea).
"La Chine achète déjà tout ce que la Russie est en mesure d'acheminer via son Extrême-Orient", tempère auprès de l'AFP Lauri Myllyvirta, analyste au Crea. "Le fait de réorienter vers la Chine une partie des cargaisons provenant des ports européens de la Russie ne fera pas apparaître de nouvelles molécules de pétrole ou de gaz".
Selon Tamara Safonova du cabinet moscovite d'analyse NAANS-media, la Russie pourrait toutefois accroître ses livraisons de pétrole et de gaz via le gazoduc "Force de Sibérie" et par voie ferroviaire ou maritime.
"En outre, il existe un potentiel significatif de réaffectation des livraisons de GNL (gaz naturel liquéfié, ndlr) auparavant destinées aux pays de l'Union européenne", affirme-t-elle à l'AFP.
Chine et Russie souhaitent "probablement explorer les possibilités de dialogue avec l'Iran sans aggraver la situation" mais leurs intérêts peuvent diverger, souligne Ja Ian Chong, professeur à l'Université nationale de Singapour.
"La flambée des prix de l'énergie et la levée temporaire (par les États-Unis) des sanctions sur le pétrole et le gaz russes profitent à l'économie et à l'appareil militaire russes, alimentant ainsi son agression en Ukraine", note-t-il.
Côté chinois, en revanche, cette hausse des cours, "conjuguée aux perturbations des approvisionnements en engrais, en hélium et en aluminium, pèse sur l'économie", observe-t-il.
Nouvelle urgence diplomatique
La Chine amortit pour l'heure le choc énergétique mieux que d'autres pays asiatiques grâce à ses stocks et à un effort mené de longue date pour diversifier ses approvisionnements et sa production d'énergie, selon des analystes.
Mais la donne pourrait changer si le conflit dure. Les experts soulignent l'impact de la guerre sur les marchés destinataires des exportations chinoises, comme l'Europe.
La Chine s'est discrètement mais activement engagée dans l'effort de paix. Sa diplomatie est créditée d'avoir joué un rôle important dans le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran.
Pékin a fait montre publiquement de retenue dans ses critiques contre les Etats-Unis et dans son soutien à l'Iran, pour ne pas s'aliéner les pays du Golfe.
Le président Xi a attendu mardi pour s'exprimer sur la guerre et a déclaré que son pays continuerait à jouer un rôle diplomatique "constructif". Sa diplomatie a cependant haussé le ton vis-à-vis des États-Unis en jugeant "irresponsable" le blocus des ports iraniens.
M. Lavrov était à Pékin en même temps que plusieurs dirigeants étrangers: le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le prince héritier d'Abou Dhabi, Khaled ben Mohammed ben Zayed Al Nahyane, et le président vietnamien To Lam, tous concernés à des degrés divers par la guerre et tous reçus par le président Xi entre mardi et mercredi.
Dylan Loh, professeur à l'université technologique Nanyang de Singapour, note qu'il s'agit d'une activité diplomatique normale pour une puissance comme la Chine, mais à laquelle la guerre confère une nouvelle urgence.
La Chine a de l'influence sur l'Iran, "et l'on espère, et l'on attend qu'elle s'en serve de manière plus directe", dit-il.
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