"La Parisienne" quitte la scène: Marie Paule Belle, chanteuse libre, est morte
La chanteuse et compositrice Marie Paule Belle, décédée samedi à 80 ans, a défendu dès les années 70 sa vision libre et joyeuse de la vie, incarnée par son tube "La Parisienne", sans revendiquer un féminisme militant.
L'artiste est morte des suites d'une "longue maladie", à Neuilly-sur-Seine, près de Paris, a annoncé son attaché de presse à l'AFP.
Marie Paule Belle ne faisait pas mystère de son cancer, un mal qui la rongeait depuis de nombreuses années mais contre laquelle elle luttait, bien décidée à poursuivre plus de 50 ans de carrière. Preuve de sa pugnacité, l'artiste rebelle jouait encore au théâtre de Passy fin mai, après 15 dates complètes.
Pour conclure ses récitals, elle déclamait avec force "KO!", un poème pour repousser le crabe. "Ton nom est tabou / Pourtant t'es partout (...) Maladie d'enfer / Moi je suis la vie / Tu n'es qu'un cancer que j'anéantis", lançait-elle face un public.
Amoureuse des mots, Marie Paul Belle était convaincue qu'ils pouvaient faire avancer les consciences. Des chansons drôles ou satiriques respiraient la fantaisie naturelle et l'humour piquant, mais jamais méchant, de cette femme d'esprit.
La compositrice a en réalité mis en musique les textes de paroliers fidèles, dont son ami d'enfance Michel Grisolia, la romancière belge Françoise Mallet-Joris ou Serge Lama, son grand complice dont elle a fait les premières parties.
Les deux premiers lui ont écrit son plus grand succès, "La Parisienne", sorti en 1976, qui narre l'histoire d'une jeune provinciale montée à la capitale.
Sur une mélodie d'opérette qu'elle a composée, Marie Paul Belle entonne un refrain entêtant: "Je ne suis pas parisienne / Ça me gêne, ça me gêne / Je ne suis pas dans le vent / C'est navrant, c'est navrant".
Sous son vernis espiègle, la chanson croque le portrait d'une femme libre, en pleine libération sexuelle dans le Paris des années 70.
"J'aime que les gens se marrent avec mes chansons. Quel cadeau de déclencher des sourires !", confiait la chanteuse à l'AFP, en 2023.
"La Parisienne" a été notamment reprise par Zaz en 2014.
"Aucune case"
Marie Paul Belle aime s'emparer de thèmes de société, sur l'euthanasie ou l'homosexualité avec "Celles qui aiment elles", un titre qui fait écho au couple discret formé pendant une décennie avec Françoise Mallet-Joris, décédée en 2016.
"Pendant des années, je n'éprouvais pas le besoin d'aborder ce sujet puisque je le vivais naturellement avec Françoise. Sans rechercher le scandale que nous créions pourtant dans une société figée", confiait la chanteuse, qui lui a rendu hommage dans un livre, "Comme si tu étais toujours là" (2020).
Elle est aussi revenue sur cette rencontre dans son dernier album paru en 2023, "Un Soir entre mille", réunissant quinze inédits souvent autobiographiques.
"J'ai l'impression d'être un dinosaure car je travaille de façon artisanale... Je me sens décalée, dans aucune case ni aucun format", estimait-elle alors.
Née le 25 janvier 1946 dans l'Oise, la chanteuse à la voix gouailleuse a grandi à Nice. Sa mère l'initie dès ses trois ans au piano, qu'elle ne quittera plus.
Diplômée en psychologie, elle s'installe à Paris pour poursuivre ses études, mais bifurque vers la voie artistique, apprenant le métier à L'Écluse et à L’Échelle de Jacob, des cabarets parisiens disparus.
Elle connaît ses premiers succès avec "Wolfgang et moi" et "Nosferatu", qu'elle chante lors de sa première apparition télévisée, en 1973, chez Philippe Bouvard.
Figure de la chanson française, mais pas vedette à paillettes pour un sou, Marie Paule Belle a suivi un parcours artistique complet qui l'a aussi conduite sur les planches des théâtres, chez Labiche ou dans "Les Monologues du vagin" en 2006.
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