A l'Assemblée, le RN maître de l'ordre du jour veut embarrasser ses opposants
Eau potable dans les outre-mer, abrogation des ZFE, panthéonisation d'Olympe de Gouges: le Rassemblement national dicte l'ordre du jour de l'Assemblée nationale jeudi et défendra plusieurs textes susceptibles de mettre ses adversaires politiques dans l'embarras.
Cette journée annuelle réservée dans l'hémicycle intervient alors que le parti d'extrême droite, en tête des sondages pour la présidentielle, se retrouve dans la tourmente après les révélations par Mediapart d'écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, que ce dernier dément fermement.
Comme à chaque "niche parlementaire", qui plus est à six mois de la présidentielle, le RN entend défendre des marqueurs (sur l'immigration, ou la souveraineté économique), et des propositions que ses adversaires, de gauche comme de droite, peuvent difficilement rejeter, aux yeux de l'opinion publique.
En tête de son menu, un texte appelant à garantir un accès continu à l'eau potable dans les territoires ultramarins, porté par la députée de Mayotte Anchya Bamana.
"Nos adversaires auront beaucoup de difficultés à s'opposer à un certain nombre de nos mesures", a reconnu mercredi Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe RN à l'Assemblée nationale, devant l'association des journalistes parlementaires (AJP).
Les quatre premiers textes inscrits au programme sont toutefois des propositions de résolution, sans valeur contraignante.
Elles présentent un avantage pour les dépositaires: il n'est pas possible d'introduire des amendements, ce qui limite les possibilités d'obstruction et amène ainsi à un vote au final.
L'an dernier, le groupe avait ainsi réussi à décrocher une victoire historique, en faisant adopter à une voix près une résolution dénonçant l'accord franco-algérien de 1968. C'était la première fois de l'histoire de la Vème République qu'un texte du RN obtenait un feu vert à l'Assemblée.
Parmi les autres résolutions jeudi, l'une propose la panthéonisation de plusieurs personnalités, dont Olympe de Gouges, autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
Une pétition signée par des universitaires spécialistes de cette figure de la Révolution a dénoncé une tentative du RN de "se grimer" ainsi en formation féministe.
ZFE au programme
"Les votes du parti d'extrême droite, tout comme les prises de position de Marine Le Pen, sont pourtant bien éloignés des combats de l’autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne", écrivent les pétitionnaires.
Comme lors des précédentes niches, les passes d'armes entre députés s'annoncent vives, peut-être plus encore après les révélations de Mediapart, même si le RN et ses troupes font bloc derrière Jordan Bardella, tout comme Marine Le Pen.
Les députés socialistes ont déjà annoncé qu'ils voteraient contre l'ensemble des textes, y compris ceux auxquels ils ne sont pas opposés sur le fond, refusant de valider des propositions du groupe d'extrême droite.
Une partie du bloc central, la droite, et même La France insoumise pourraient en revanche se trouver davantage en difficulté lors de l'examen, en cinquième position, d'une proposition de loi visant à supprimer les zones à faibles émissions contre les voitures polluantes.
L'examen devrait commencer en milieu d'après-midi.
Initiées en 2019, ces zones entendent limiter les émissions de particules fines, responsables de maladies respiratoires et de décès. Mais elles font l'objet de critiques dépassant les clivages politiques, notamment au nom de la défense des ménages n'ayant pas les moyens de changer de véhicule.
L'Assemblée a voté récemment pour leur suppression à l'occasion de l'examen d'une loi sur la simplification, mais le Conseil constitutionnel n'avait pas validé cette décision.
"On a déjà réussi à avoir des majorités dessus donc logiquement on devrait en obtenir une", a déclaré à l'AFP le député RN Gaëtan Dussausaye. "Ce sera notre boulot, communiquer sur les raisons de la victoire si on en a, et sur les raisons de la défaite sinon".
Parmi les autres textes figure une résolution appelant à instaurer une "double frontière" européenne et nationale, au sein de l'espace Schengen, engagement de campagne de Marine Le Pen.
Une autre vise à donner la priorité, dans la commande publique, aux entreprises produisant en France, deux mesures qui s'inscrivent dans les thèmes défendus par le RN pour la présidentielle.
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