Face aux accusations d'antisémitisme, Bardella et le RN passent du déni au dédain
Deux semaines après la divulgation d'écrits de jeunesse antisémites qu'ils persistent à nier, Jordan Bardella et le Rassemblement national affirment désormais que "l'épisode est clos". Un changement tactique conforté par les sondages montrant une absence d'impact dans l'opinion, quand d'autres études suggèrent le contraire.
Circulez, il n'y a plus rien à voir. "Nous, on tourne la page et on va parler maintenant de ce qui intéresse les Français, pas de l'écume des choses", a résumé le premier vice-président du RN Louis Aliot mardi matin sur Europe 1 et CNews.
L'écume est pourtant la trace laissée par les vagues qui secouent le RN depuis les premières révélations de Mediapart sur ces messages sans équivoque attribués à son président, qui conteste farouchement les avoir rédigés lorsqu'il était âgé de 17 ans.
"Il a déposé plainte (pour diffamation, ndlr) et on verra ce que la justice dira plus tard (...) Mais aujourd'hui nous n'en sommes plus là", balaie M. Aliot, rejetant le "piège" tendu selon lui par "l'extrême gauche médiatique".
Qu'importe que le Canard enchaîné et Libération aient à leur tour mis à mal la défense du dauphin de Marine Le Pen, "il n'est pas l'auteur des propos, il le dit, j'en suis convaincu, voilà, basta!", évacuait pareillement Laurent Jacobelli lundi sur franceinfo.
Pas question pour le porte-parole de la quadruple candidate de passer la campagne à commenter "des rumeurs, des ragots, un clapotis médiatique" qui n'auront "pas d'impact parce que personne n'y croit".
L'état-major reste aligné sur le chef, qui juge que l'affaire a "fait pschitt". Jordan Bardella a même paru en redemander, lors de son déplacement à Ceuta lundi: "Plus la presse s'engagera dans des campagnes de calomnie à notre endroit, plus les Français se sentiront visés et plus nos scores continueront à progresser".
La preuve par la dernière enquête Toluna Harris Interactive parue le même jour, qui conclut - intentions de vote et "traits d'image" à l'appui - que le scandale n'a "pas eu d'impact, à tout le moins pour le moment" sur l'intéressé "ni même par ricochet sur Marine Le Pen".
"Les gens s'en foutent"
Dans le détail, la prétendante à l’Élysée y est toujours donnée largement en tête au premier tour (35% à 37% selon les configurations) et gagnante au second face à ses principaux rivaux, Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon.
Son alter ego, promis à Matignon en cas de victoire, demeure lui crédité d'une solide cote dans l'opinion, qui ne le considère pas moins "honnête" ou "crédible" qu'auparavant, même s'il est désormais devancé par sa mentor sur tous les points, y compris chez les sympathisants du RN.
Pourtant, la semaine dernière une autre baromètre Ipsos BVA faisait état d'un décrochage des deux champions nationalistes, toujours nettement préférés aux autres successeurs potentiels d'Emmanuel Macron, lui à 33% et elle à 32%, mais en recul de respectivement 3 et 4 points.
Pas suffisant à ce stade pour modifier les plans d'une extrême droite aux portes du pouvoir. "On continue à faire campagne", d'ailleurs "on n'a rien annulé", observe un proche de la patronne, qui constate tout de même "un impact en termes de temps de parole" puisque le sujet est devenu un passage obligé à chaque sortie médiatique.
Marine Le Pen se contente du minimum, réaffirmant ponctuellement son soutien "total" ou "à 1.000%" à son protégé, mais sans insister pour "ne pas donner de l'importance" à "un sujet que l'on considère comme très secondaire", explique son entourage.
Le "ticket" présidentiel a beau être écorné, il est encore valide. "Soit elle pense que c'est pas vrai, soit elle pense que c'est pas grave, mais elle ne le lâchera pas", pronostique un élu qui a côtoyé les deux chefs.
A l'image du reste des troupes, ce témoin privilégié fait le dos rond et adopte la méthode Coué: passé "l'effet de sidération", tout cela "ne va plus nous suivre très longtemps" car "les gens s'en foutent". A la rigueur, "c'est l'actu du mois".
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