Justice: face à Darmanin, une journée de mobilisation aux airs d'"auberge espagnole"
Loi sur la justice criminelle, mises en cause des juges par le garde des Sceaux Gérald Darmanin, moyens insuffisants: dans une institution en souffrance, avocats, magistrats et personnels de la justice ont été appelés lundi à la mobilisation sur une série de sujets.
En affichant une rare unité d'appel entre acteurs de la chaîne pénale, mais avec une plateforme de revendications aux airs d'"auberge espagnole", selon l'expression d'un juge, plusieurs organisations ont appelé avocats, magistrats et fonctionnaires du ministère de la Justice à se réunir devant les tribunaux de France à la mi-journée. Avec parfois la participation de policiers venus dénoncer la désorganisation des services d'enquête après la réforme de la PJ portée par Gérald Darmanin quand il était à l'Intérieur.
A Paris, ils sont quelques dizaines de protestataires sur les marches de la cour d'appel ou devant le tribunal judiciaire, parfois en tenues noires ou rouges. Dans le deuxième tribunal de France, à Bobigny, place forte de la contestation, les audiences se tiennent malgré un appel à les reporter, a constaté l'AFP. Mais "les permanences ne sont pas assurées" par les avocats, explique l'une d'elles, Lamiae Hafdi, et certaines comparutions immédiates ont dû être renvoyées.
A Bordeaux ou Nantes par exemple, "il y a eu de belles mobilisations", a estimé le président de l'Union syndicale des magistrats (USM), Ludovic Friat, satisfait d'un mouvement "pas mal suivi" au regard de l'hétérogénéité des sujets et du court délai pour s'agréger à un mouvement auquel n'avaient initialement appelé que les avocats, contre la loi dite SURE.
La principale organisation de magistrats, qui cantonnait, elle, son appel à la question des moyens, a livré vendredi une violente charge contre le garde des Sceaux Gérald Darmanin, lui reprochant d'avoir "jeté en pâture" les magistrats après le meurtre de Lyhanna.
Dans l'attente d'un rapport d'inspection administrative, le ministre a retiré à une substitut d'Auch son "habilitation à mener des enquêtes et traiter des dossiers s'agissant des mineurs", en raison de dysfonctionnements dans le suivi de Jérôme Barella, le meurtrier présumé de Lyhanna, jamais entendu ni même convoqué malgré plusieurs plaintes pour des faits de pédocriminalité.
Messages "cohérents"
"Aujourd'hui Auch, demain Brest ?", ont interrogé, sur des banderoles déployées devant le tribunal de la ville bretonne, une centaine de magistrats, avocats et policiers qui demandent que soient donnés "à la justice les moyens d'agir".
Malgré leur diversité, "les messages sont tout à fait cohérents. On est tous pour une justice qui fonctionne" avec des moyens en adéquation, relève Stéphane Fischesser, secrétaire national du Syndicat de la magistrature (SM), deuxième organisation professionnelle.
"Malheureusement, les magistrats savent qu'ils ne sont pas infaillibles" mais "si les moyens ne sont pas suffisants, on ne peut pas travailler correctement", déclare Céline Verdier, juge d'instruction à Brest. "Ce qui s'est passé à Auch peut se passer n'importe où en France", renchérit sa collègue Nathalie Le Borgne.
Les avocats sont "victimes par ricochet des mauvaises conditions de travail" des magistrats, selon Alain Larrea, bâtonnier de Bayonne où la présidente du tribunal Florence Bouvier pointe des audiences "qui finissent déjà à 22, 23 heures, parfois deux heures du matin".
Toutefois, les avocats, notamment pénalistes, protestent surtout contre ce qu'il reste de la loi sur la justice criminelle, vidée de sa substance quand Gérald Darmanin a renoncé à introduire une procédure de "plaider-coupable" criminel.
Malgré ce recul, cela reste "un projet de loi inepte", a déclaré le président de la Conférence des bâtonniers, Christophe Bayle, qui représente les 163 barreaux de France.
Dans ces revendications si diverses d'acteurs de la chaîne pénale, le système pénitentiaire a fait figure de grand oublié, malgré une crise aiguë: sous-effectif chronique des surveillants pénitentiaires, vétusté des locaux et surpopulation carcérale qui, mois après mois, bat des records avec le probable franchissement prochain de la barre des 90.000 détenus pour moins de 65.000 places.
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