Les mouvements masculinistes dans l'oeil du Sénat
Qui sont-ils? Quels impacts ont leurs discours sur les jeunes générations? Quels sont les leviers d'action pour les contrer? Depuis novembre, la délégation aux droits des femmes du Sénat se penche sur les mouvements masculinistes - une première.
Ce qu'il faut retenir des échanges avant la remise d'un rapport fin juin sur cette nébuleuse misogyne en expansion sur laquelle il est "plus que temps de tirer la sonnette d'alarme", estime la présidente de la délégation, Dominique Vérien.
De quoi parle-t-on?
Bien qu'ils ne soient pas récents, ces mouvements, apparus dans les années 1980 en réaction aux courants féministes, "se recomposent aujourd'hui et connaissent un regain", notamment grâce aux réseaux sociaux, relève Laura Verquere, chercheuse spécialiste des masculinités.
Leurs discours reposent sur le "mythe de +l'égalité déjà là+", selon lequel les revendications féministes seraient obsolètes. A cela s'ajoutent "la théorie de l'effet pervers, qui soutient que le féminisme serait allé trop loin, instaurant une guerre des sexes au détriment des hommes" et "une mise en péril supposée des hommes et de l'identité masculine", ajoute-t-elle.
Quels sont les vecteurs?
Très actifs en ligne, ces groupes, réunis au sein d'une "manosphère", sont très hétérogènes et bénéficient d'algorithmes favorables à la diffusion large de leurs propos dégradants et haineux à l'encontre des femmes.
Ces mouvement sont loin d'être cantonnés à internet. Devant le Sénat, la présidente du Planning familial Sarah Durocher a mentionné une menace d'attentat proférée par un masculiniste contre une de ses antennes.
La Fédération nationale Solidarité Femmes (FSF) a évoqué de son côté des "tentatives de saturation" du 3919, sa ligne d'écoute destinée aux femmes victimes de violences, notamment conjugales.
Quels moyens financiers?
Le masculinisme est devenu "un commerce florissant" qui a pour "fonds de commerce le mal-être des jeunes hommes", souligne Pierre Gault, réalisateur du documentaire "Mascus, les hommes qui détestent les femmes". "Ceux-ci foncent tête baissée, s'imaginant que ces formations et tutoriels sont une réponse à tous leurs maux. Ils se trompent", ajoute-t-il.
Au-delà des revenus générés par ces formations, certains influenceurs bénéficient de "fonds privés étrangers portés par des courants politiques conservateurs, voire fascistes, qui voient là une nouvelle corde à ajouter à leur arc antirépublicain", selon la présidente du Haut conseil à l'égalité (HCE), Bérangère Couillard.
Quelle régulation?
Face aux contenus sexistes et masculinistes en ligne, la marge de manoeuvre des autorités de régulation s'avère toutefois limitée, notamment en raison d'une "zone grise" difficile à traiter.
"La question des contenus qui, hors contexte, peuvent ne pas sembler manifestement illicites, mais qui le deviennent en contexte, est une problématique à laquelle nous sommes confrontés journellement", souligne Laurence Pécaut-Rivolier, membre du collège de l'Arcom, le gendarme du numérique.
Autre complexité relevée, le rôle joué par les multinationales de la tech "dont le but est de capter l'attention des internautes" et pour qui la modération des contenus sexistes revient à "se priver d'un capital économique certain", selon Pauline Ferrari, autrice de "Formés à la haine des femmes".
Quels impacts?
Les effets de ces discours se font déjà sentir, notamment en matière de désinformation. "Certains jeunes pensent que, s'ils ne font pas l'amour, ils ont plus de testostérone et deviennent donc plus forts physiquement, d'autres soutiennent que les hommes auraient des besoins différents de ceux des femmes", d'autres encore que "la pénétration serait obligatoire dans tout rapport sexuel", relève Hélène Roger, de Sidaction.
Yseline Fourtic-Dutarde, cofondatrice du collectif Ensemble contre le sexisme observe, elle, le passage d'un "discours déjà misogyne, mais qui ne s'assumait pas comme tel en se parant des atours de l'égalité, à un discours qui prône le backlash et le retour à des valeurs réactionnaires".
Quels leviers d'action?
Pour la quasi-totalité des spécialistes interrogés au Sénat, la réponse passe par les séances d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements scolaires.
L'implication des hommes dans la lutte contre le sexisme a également été évoquée, notamment par le réalisateur et comédien Bruno Solo qui a évoqué le "devoir" de s'engager.
Le sociologue Tristan Renard a suggéré lui d'encourager les "collaborations et les pratiques mixtes à l'école", d'arrêter de sexualiser les relations garçons-filles dès la maternelle ou encore de s'attaquer aux "boys-clubs", des groupes exclusivement masculins.
■
Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote