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Chacun son projet contre "l'entrisme": Retailleau et Nuñez affichent leur concurrence au Sénat

| AFP | 225 | Aucun vote sur cette news
Le président des Républicains Bruno Retailleau a Sénat, le 20 janvier 2026 à Paris
Le président des Républicains Bruno Retailleau a Sénat, le 20 janvier 2026 à Paris ( Alain JOCARD / AFP/Archives )

Un ex-ministre et son successeur en concurrence: Bruno Retailleau a fait adopter mardi au Sénat son projet contre "l'entrisme islamiste", espérant incarner ce marqueur politique sur la route de l'Elysée en damant le pion à Laurent Nuñez, qui promet un texte gouvernemental plus "rigoureux" prochainement.

Alors qu'il dévoile au fil des jours les principaux volets de son programme pour la présidentielle de 2027, le président des Républicains a cette fois mis à profit la chambre haute, où ses fidèles sont nombreux, pour décliner un nouvel axe de sa candidature.

Adoptée sans difficulté à 208 voix contre 124 malgré l'hostilité de la gauche et l'abstention de plusieurs macronistes, la proposition de loi du sénateur de Vendée entend s'attaquer à "l'entrisme islamiste en France", une "mouvance qui se répand à bas bruit" et aurait selon lui comme "objectif final" d'"installer à terme sur notre territoire un État islamique".

Son contenu? Une batterie de mesures pour faciliter la dissolution d'associations, durcir les sanctions pour atteinte aux "principes de la République", encadrer plus strictement la construction d'édifices religieux ou geler les avoirs des groupes séparatistes.

"Il faut être absolument ferme, intraitable avec ces mouvances qui veulent atteindre notre cohésion sociale et la forme républicaine de nos institutions", a plaidé le candidat déclaré à la présidentielle.

Il puise ces mesures tout droit d'un rapport - rendu public lorsqu'il était ministre de l'Intérieur en 2025 - sur "l'entrisme" en France des Frères musulmans, mouvement pan-islamiste sunnite fondé en 1928 en Egypte.

La contre-offensive de Nuñez

Tout en assumant défendre un "marqueur" de son engagement politique, Bruno Retailleau réfute agir dans le cadre de sa campagne. "Ce n'est pas un caprice. J'ai observé six mois de silence sur le sujet pour voir si le gouvernement agissait. Je n'ai rien vu venir. Je ne veux pas que ce rapport reste lettre morte", insiste-t-il auprès de l'AFP.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, le 30 avril 2026 à Ecquevilly, près de Paris
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, le 30 avril 2026 à Ecquevilly, près de Paris ( Martin LELIEVRE / AFP/Archives )

Il paraît néanmoins difficile d'imaginer ce texte assez volumineux aller beaucoup plus loin au Parlement, faute de majorité à l'Assemblée nationale où l'agenda est surchargé.

Surtout, le gouvernement prône une autre voie: celle d'un futur projet de loi contre le séparatisme et l'entrisme, annoncé début avril par Laurent Nuñez et actuellement en cours d'examen au Conseil d'Etat.

Le ministre de l'Intérieur, qui cultive depuis son arrivée à Beauvau ses différences avec son prédécesseur - relations avec l'Algérie, immigration... -, n'a pas manqué cette nouvelle occasion.

Après avoir épinglé dans Le Monde "une oeuvre inachevée", il a jugé devant le Sénat "extrêmement complexe" de "définir l'entrisme", alertant Bruno Retailleau sur le risque de "donner l'impression qu'on stigmatise" les musulmans.

Le texte gouvernemental sera "plus rigoureux juridiquement", a-t-il insisté, comptant notamment sur l'éclairage à venir du Conseil d'Etat, dont le candidat LR à l'Elysée a refusé la saisine sur sa proposition de loi.

Laurent Nuñez a aussi promis que son projet, plus complet, concernerait "toutes les formes d'entrisme", évoquant notamment une mesure de "police des ouvrages" pour s'opposer à certaines publications ou le renforcement d'un dispositif de retrait des contenus haineux en ligne.

"Tract"

Sans s'avancer sur la date d'examen de son texte au Parlement, le ministre a néanmoins reconnu que la quasi-totalité des mesures du Sénat figuraient bien dans son projet, bien que "réécrites". Au point de froisser la droite sénatoriale, qui l'accuse de temporiser inutilement.

"Vouloir diluer, retarder et réécrire depuis les couloirs de Beauvau ce que le Sénat a construit ici, c'est prendre le risque de n'aboutir à rien", a dénoncé le sénateur LR Stéphane Le Rudulier, craignant à terme une "forme de capitulation". "Nuñez règle ses comptes avec Retailleau", décrypte un autre cadre LR.

Le président des sénateurs socialistes, Patrick Kanner, le 13 avril 2026 au Sénat, à Paris
Le président des sénateurs socialistes, Patrick Kanner, le 13 avril 2026 au Sénat, à Paris ( Ludovic MARIN / AFP/Archives )

La gauche s'est elle élevée à l'unisson contre ce texte, jugé "islamophobe", "liberticide" et contraire à la Constitution sur de nombreux points.

Le président des sénateurs socialistes, Patrick Kanner, a dénoncé un "tract politique". "La droite républicaine ne se définit plus par ses valeurs, mais par sa dérive à copier les outrances de l'extrême droite", a-t-il lancé. Le texte "instaurera une suspicion généralisée", selon le communiste Ian Brossat.

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