Menacé par la DZ Mafia, le maire d'Alès exfiltré de son domicile
D'abord deux balles de 9mm et des tags à son domicile, puis une exfiltration en pleine nuit : le maire LR d'Alès Christophe Rivenq est la cible de menaces attribuées au groupe criminel DZ Mafia qui a étendu son emprise sur la sous-préfecture du Gard.
Sous protection policière depuis vendredi après de premières intimidations, l'élu de 60 ans a été exfiltré de son domicile lundi soir après une nouvelle alerte.
C'est la "menace d'une action violente" visant l'édile qui a conduit à l'intervention des forces du RAID, a expliqué le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez dénonçant "un acte d'intimidation".
Une source proche du dossier évoque la présence potentielle d'une voiture piégée dont l'existence n'est pas confirmée.
Le parquet national anti-criminalité organisée a annoncé s'être saisi de l'enquête sur l'ensemble de ces menaces.
"Plus de limites"
"Je reste vigilant et à la tâche", a réagi M. Rivenq dans une déclaration à BFMTV. Le maire fait désormais l'objet "d'une protection à très haut niveau", a précisé le ministre de l'Intérieur.
Après les intimidations de la semaine dernière, il avait confié à l'AFP n'avoir "jamais reçu des menaces de ce niveau". "Cela montre que les actions que nous portons contre la DZ et le trafic de stupéfiants portent leurs fruits", avait estimé le maire, assurant : "je ne me laisserai pas intimider".
A Alès, ville de 46.000 habitants au pied des Cévennes, certains habitants se disaient sous le choc mardi.
"On est surpris, inquiet du coup parce qu'on dirait qu'il n'y a plus de limites (...) c'est très surprenant comme façon de faire puisque ça n'existait pas avant", observait un homme d'une quarantaine s'exprimant sous couvert de l'anonymat.
En centre-ville, "la sécurité autour des bâtiments communaux a été renforcée", a précisé Romain Capelle, chargé de communication de la ville.
"Alès, c'est un territoire qui est très convoité" par la DZ Mafia, avait souligné cette semaine Laurent Nunez.
Depuis l'été 2025, ce groupe criminel qui contrôle le narcotrafic à Marseille a fait irruption dans la cité du Gard, où elle tente, comme ailleurs, de supplanter les réseaux locaux.
"Alès n'est pas très loin de Marseille, quand les dealers ont épuisé Aix, puis Avignon, ils s'attaquent désormais à Nîmes puis Alès et après il y aura les petits villages. La justice et la police n’ont pas assez de moyen", a déploré mardi l'ex-maire d’Alès (LR), Max Roustan.
Soutiens
Christophe Rivenq a reçu le soutien de personnalités politiques de tout bord. "Les élus qui résistent, les élus qui demandent des moyens, les élus qui sont menacés, nous les soutenons", a déclaré Arthur Delaporte, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée.
"Ce que vit aujourd’hui le maire d’Alès Christophe Rivenq, doit faire prendre conscience à chacun de l’extrême gravité de la situation", a écrit Marine Le Pen sur X.
Pour le président de l'association des maires de France David Lisnard, "le combat contre le narcotrafic est une priorité absolue". "Notre pays en est là : une mafia omniprésente, des maires en 1ère ligne, voire en danger extrême", a-t-il déploré.
Le 3 juin, un jeune de 18 ans a été tué par balle dans le quartier des Prés-Saint-Jean, proche du centre-ville d'Alès. C'est déjà dans ce quartier que mi-janvier, un homme de 54 ans avait été tué et un trentenaire blessé, près d'un point de deal.
Quelques jours plus tôt dans le même quartier, quatre jeunes débarqués le jour-même de Seine-Saint-Denis avaient été la cible d'une rafale d'arme automatique.
"La vague de violence et la guerre de territoire pour le contrôle du trafic de stupéfiants cela fait plus d’un an qu'on les ressent", a déclaré à l'AFP Me Guillaume Garcia, ex-bâtonnier d'Alès.
L'avocat a déjà alerté les pouvoirs publics pour réclamer l’installation d'un juge pour enfant dans la juridiction car "dès qu’un mineur est arrêté sur point de deal, il est très vite relâché".
"On a une explosion des points de deal tenus par des jobbeurs, de jeunes mineurs recrutés sur les réseaux sociaux et qui viennent de toute la France (...) Faire venir des CRS n’a pas vraiment d’effet, c’est contre-productif, il faut une véritable politique pénale pour les mineurs", selon Me Garcia.
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