Onlyfans, MYM taxés de proxénétisme : chez des créatrices de contenus pornos, la peur de "travailler dans la rue"
"Avec ce texte, on risque de se retrouver à travailler dans la rue, parce qu'on n'aura pas le choix" : pour Carmina, utilisatrice de plateformes de prostitution en ligne, l'article adopté mardi à l'Assemblée nationale pourrait produire l'effet inverse de celui recherché.
La mesure, inscrite dans la proposition de loi "intégrale" contre les violences sexuelles et sexistes, vise à faire entrer dans le champ du proxénétisme les actes sexuels rémunérés réalisés à distance et à sanctionner l'achat de tels actes.
Le texte, examiné depuis lundi par une commission spéciale, doit arriver dans l'hémicycle début octobre. Cet article fera l'objet d'un débat avant d'être soumis à un nouveau vote.
Dans le viseur : les plateformes comme OnlyFans ou Mym, qui permettent à des créateurs de vendre à leurs abonnés des contenus, notamment sexuels, qui ont largement contribué à leurs succès.
Pour Zoé Faucher, 27 ans, qui utilise Mym depuis quatre ans et en tire entre 500 et 1.000 euros par mois, cette mesure repose sur "une grosse confusion (...) entre proxénétisme, pornographie, prostitution des mineurs et traite des êtres humains".
"Ça va nous faire forcer à aller vers des plateformes beaucoup moins réglementées, beaucoup moins suivies et beaucoup moins protectrices de nos droits", redoute cette membre du Collectif d'action des télétravailleurs du sexe.
Stigmatisation
Pour s'inscrire sur MYM, elle a dû fournir "une carte d'identité, un RIB" et sur Onlyfans un numéro d'identification fiscale.
"Des protections qui n'ont pas lieu ailleurs", explique-t-elle, mentionnant les plateformes de "caming", qui permettent de regarder des personnes se produisant en direct devant une webcam et au fonctionnement "beaucoup plus opaque", dit-elle.
Carmina, qui produit et réalise également des courts-métrages pornographiques, dit avoir déjà vu ses revenus diminuer depuis l'instauration en 2024 de la vérification d'âge pour mieux protéger les mineurs, passant selon elle d'environ 1.500 euros mensuels à "largement" moins de 1.000 euros.
Un nouveau cadre législatif la contraindrait, argue-t-elle, à changer de vie, une perspective qu'elle redoute.
"On ne peut pas se reconvertir parce que les gens ne veulent pas de nous", assure la quarantenaire. "Moi-même, qui ai la chance d'avoir un bagage éducatif, je ne vois pas comment je vais pouvoir arriver dans une société et leur expliquer que pendant 12 ans, en fait, j'ai fait du porno".
Zoé Faucher raconte avoir dû quitter son emploi de serveuse cet été après qu'une personne "a trouvé mes plateformes et a montré toutes mes photos à tous ceux avec qui je travaille".
Proxénètes en col blanc
Face à ces inquiétudes, les défenseurs du texte considèrent au contraire que ces plateformes peuvent constituer un point d'entrée vers l'exploitation sexuelle.
Dans leur viseur notamment, les "OnlyFans managers", des agents qui ne dépendent pas de la plateforme mais qui proposent de gérer les comptes de créatrices et qui sont accusés de proxénétisme numérique, notamment en les poussant à produire des contenus toujours plus explicites et en captant une grosse partie de leurs revenus.
Le débat ravive un clivage ancien, déjà au cœur des discussions sur la loi de 2016 : d'un côté, ceux qui voient dans la prostitution une forme structurelle de violence et d'exploitation ; de l'autre, les défenseurs des droits des travailleurs du sexe, qui réclament un cadre protecteur pour exercer leur activité.
"La question de l'exploitation sexuelle n'est pas une question individuelle. Elle se pose de manière collective", affirme l'avocate Lorraine Questiaux, engagée aux côtés du Mouvement du Nid, qui défend une approche abolitionniste.
"Il n'y a techniquement aucun moyen de protéger les femmes les plus vulnérables et la seule mesure adéquate, c'est l'interdiction", juge-t-elle, estimant "strictement impossible" de cibler les contenus problématiques, sauf à "mettre un policier derrière chaque compte".
Pour Me Questiaux, en ciblant MYM et Onlyfans, la loi vient s'attaquer "aux proxénètes en col blanc, c'est-à-dire aux méga structures capitalistes ultralibérales, qui organisent et génèrent de l'argent sur l'exploitation des plus précaires".
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