Présidentielle: Tondelier critiquée sur sa stratégie, les frondeurs écologistes menacés d'expulsion
La patronne des Écologistes Marine Tondelier, qui défend l'idée d'une primaire de la gauche avant la présidentielle mais n'exclut pas à défaut une candidature autonome, est critiquée sur sa stratégie par deux figures emblématiques du parti, Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, désormais sous la menace d'une expulsion.
Celle qui s'est longtemps positionnée comme trait d'union de la gauche s'accroche à l'idée d'une primaire avec le patron du Parti socialiste Olivier Faure, mais le premier secrétaire, lui-même empêtré dans des divisions internes, peine à faire trancher la question.
Une situation d'enlisement qui exaspère la leader des Verts, candidate à ce processus de départage.
D'autant qu'elle fait face à des critiques internes, récurrentes dans son parti, entre les partisans d'une ligne "réaliste", plus proches du PS, et les défenseurs d'une ligne de rupture, davantage en affinité avec La France insoumise.
"Tout ce que les Écologistes pouvaient faire pour la primaire, nous l'aurons fait", défend-elle, sommant les socialistes de prendre leurs responsabilités, alors que le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, déjà lancé dans la course à la présidentielle de l'an prochain, grimpe dans les sondages.
Pourquoi plébiscite-t-elle ce processus ? Elle veut "ne rendre les armes qu'après un scrutin et pas par un retrait au nom de l'hégémonie d'untel ou d'untel", estime un cadre socialiste alors que Raphaël Glucksmann (Place publique), également bien placé dans les sondages, espère aussi s'imposer comme le vote utile, mais sans passer par une primaire.
Dans cette situation, la cheffe des Écologistes - qui a déjà lancé dans la campagne plusieurs sujets, "la lutte contre la solitude", "le congé climatique" ou "la sécurité sociale alimentaire" - commence à préparer les esprits à l'idée d’une candidature directe pour le premier tour.
Le bureau politique du parti a annoncé pour début juillet une consultation des militants, où sera proposée en premier lieu la défense de la primaire, et à défaut la poursuite de la campagne présidentielle "autour de notre candidate Marine Tondelier".
Mais l'idée est loin de convaincre une partie des opposants, qui lui reprochent déjà l'échec aux Européennes, où les Verts, partis sur une liste autonome, ont péniblement atteint les 5%. Ils déplorent également les mauvais résultats aux municipales avec la perte de plusieurs villes conquises en 2020, notamment Bordeaux et Strasbourg.
"Self-service"
Parmi ses détracteurs, l'ex-candidat à la présidentielle Yannick Jadot et la députée Sandrine Rousseau, sur des lignes opposées, sont parmi les plus virulents.
Le premier, hostile à la primaire, ne fait pas mystère de sa proximité avec Raphaël Glucksmann. Il s'est d'ailleurs rendu au meeting de ce dernier samedi à Aubervilliers, le jugeant "le moins mauvais candidat à gauche".
Le sénateur déplore par ailleurs qu'en voulant à tout prix maintenir l'union de la gauche, Marine Tondelier entretienne "l'ambiguïté" vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon.
La cheffe écologiste a pourtant affirmé que "là où est partie LFI, on ne peut pas les suivre", déplorant les sorties polémiques de l'insoumis notamment sur la prononciation de patronymes juifs et ses positions sur la Chine.
À l'inverse, Sandrine Rousseau reproche aux Écologistes d'avoir placé le sort de la primaire "entre les mains des socialistes" et délaissé La France insoumise.
La députée estime qu'une majorité des militants veut soutenir Jean-Luc Mélenchon, et juge dangereuse une candidature autonome "alors que le RN est aux portes du pouvoir".
Des positions qui pourraient être sanctionnées par une exclusion, si M. Jadot ou Mme Rousseau faisaient un pas de plus en soutenant officiellement d'autres candidats que Marine Tondelier. Une motion a en effet été adoptée en ce sens dimanche par les Écologistes.
La direction affirme ne pas être à l'origine du texte, qu'elle a cependant soutenu, jugeant que les décisions prises démocratiquement devaient être respectées et qu'un parti "n'est pas une caserne, mais pas un self-service non plus".
Ses opposants dénoncent, eux, une tentative d'"épuration" et réclament un conseil fédéral extraordinaire pour discuter de la stratégie à la présidentielle.
"Quand on refuse de trancher une ligne, débattre, clarifier la stratégie, on utilise l'autorité idiote et la menace", a déploré Sandrine Rousseau sur le réseau social Bluesky.
Sur Public Sénat, Yannick Jadot a déploré que la direction "considère que c'est en faisant la purge de l'écologiste qui a fait le plus de voix" ces dernières années "qu'elle va masquer son impasse stratégique".
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