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Sur le budget, des députés désabusés... et mis au repos

| AFP | 112 | 4 par 1 internautes
Le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, lors du débat sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, le 13 janvier 2026 à Paris
Le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, lors du débat sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, le 13 janvier 2026 à Paris ( Ludovic MARIN / AFP )

Parlementaires découragés, hémicycle dégarni, votes incohérents... Les députés qui ont repris mardi l'examen du budget 2026 ne cachaient pas ces derniers jours leur lassitude. Mécontent de la tournure des discussions, le gouvernement a finalement décidé jeudi soir d'abréger les débats... et leurs souffrances.

Peu avant minuit, le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous a annoncé l'annulation des séances sur le budget prévues vendredi et lundi. Le texte reviendra dans l'hémicycle mardi, avec sans doute d'ici-là l'annonce du moyen par lequel le gouvernement souhaite procéder.

"Force est de constater que ce soir, nous nous éloignons définitivement d'un texte de compromis acceptable par une majorité de députés", a souligné M. Panifous, actant l'échec sur ce texte de la méthode de Sébastien Lecornu consistant à laisser la main au Parlement.

Depuis trois jours, les députés ne montraient il est vrai guère d'enthousiasme à remettre sur le métier l'examen interrompu par les fêtes de fin d'année.

"Je suis fatiguée de refaire toujours le même débat, d'entendre les mêmes arguments, chacun est resté sur ses positions", soupirait jeudi auprès de l'AFP la députée Marie-Christine Dalloz (Les Républicains). "Il me tarde sincèrement la fin de cet épisode."

"J'ai l'impression d'être un robot" et "de faire la même chose tous les jours", décrivait aussi Steevy Gustave (groupe écologiste). "Si encore on avait des résultats, si on arrivait à des compromis, mais même pas."

Alors qu'en première lecture, les députés avaient parfois cherché à surmonter leurs divergences, forcés de tenter de s'entendre en l'absence de majorité, beaucoup semblaient avoir cette fois jeté l'éponge.

Exit la taxe sur les holdings, ou la nouvelle version de l'impôt sur la fortune, qui devaient aider à convaincre les socialistes, clés de la non-censure pour Sébastien Lecornu.

Et la démobilisation dans l'hémicycle a parfois entraîné des résultats incohérents, comme sur le budget des collectivités locales.

"Les gens sont crevés. On le voit dans l'hémicycle", constatait un élu en première ligne des discussions.

"Il y a des votes qui partent dans tous les sens, ça n'a ni queue ni tête", déplorait la députée MoDem Perrine Goulet. Et à cause de ces débats budgétaires qui s'éternisent, d'autres textes, "qui sont des besoins pour la société, passent derrière".

En pleine période de cérémonies des voeux, qui mobilisent traditionnellement beaucoup les élus en circonscription, et à deux mois des municipales, où chaque vote devra pouvoir être défendu devant les électeurs, l'étirement des discussions était aussi loin d'arranger les députés.

"Absurde"

Le coupable aux yeux de tous: le Premier ministre, qui s'est refusé à immédiatement dégainer l'article 49.3 de la Constitution à la reprise de l'examen, ou une autre arme constitutionnelle décriée et permettant d'imposer un budget, le recours à une ordonnance.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de l'examen du budget 2026 à l'Assemblée nationale, le 13 janvier 2026 à Paris
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de l'examen du budget 2026 à l'Assemblée nationale, le 13 janvier 2026 à Paris ( Ludovic MARIN / AFP )

Si Matignon a lui-même jugé jeudi soir "impossible" l'adoption d'un budget par vote, dès le début de la semaine, les députés considéraient déjà l'une des deux solutions comme inévitable. Et s'impatientaient.

"J'attends que l'arbitre siffle la fin du match", a résumé Marie-Christine Dalloz.

Certains ne cachaient pas leur incompréhension. On fait "siéger les députés pour qu'ils se foutent sur la gueule dans l'hémicycle. Il faut mettre un terme à ça", reprochait mardi Sylvain Berrios (Horizons).

"Il y a un côté absurde à laisser débattre alors que tout le monde connaît l'issue", pointait un autre élu, pourtant membre de Renaissance comme le Premier ministre.

Sébastien Lecornu, qui avait promis de renoncer au 49.3, se retrouve aujourd'hui au pied du mur. Il devrait annoncer dès vendredi des propositions "pour permettre une promulgation d'un budget de compromis", selon M. Panifous.

Jeudi encore, dans les couloirs de l'Assemblée, il a tenté de défendre la nécessité de mener les débats dans l'hémicycle auprès d'un petit groupe d'élus, dont faisait partie Mme Goulet.

"Je pense qu'il a vu la lassitude et il a donc expliqué que pour lui, (...) il fallait encore laisser la place au débat pour essayer de trouver certains points d'atterrissage", a-t-elle rapporté.

L'élue justifie en partie l'échec des discussions parlementaires: faire émerger une "culture du compromis" comme dans d'autres pays européens réclame du temps. "On fera peut-être mieux l'année prochaine."

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