Un an après le casse du siècle, la difficile mue du Louvre sur la sécurité
Un an après, le Louvre tente encore de colmater les failles sécuritaires mises au jour par le spectaculaire cambriolage du 19 octobre 2025, un défi titanesque pour le musée le plus visité du globe, vétuste et fragilisé par la surfréquentation.
Caméras périmétriques quasi-inexistantes, sous-évaluation des risques d'intrusion, sous-équipement chronique... Les rapports, auditions et commissions parlementaires qui ont suivi le spectaculaire vol de huit joyaux de la Couronne avaient abouti au même constat d'un musée exsangue et vulnérable.
Un chiffre, parmi tant d'autres, résume le sous-investissement sécuritaire : au moment du cambriolage, le Louvre n'avait déboursé que 3 des 83 millions d'euros du "schéma directeur de sûreté" censé moderniser ses installations. Le musée a "privilégié des opérations visibles et attractives", avait cinglé la Cour des comptes.
"Ce musée, pour le remettre totalement aux normes (...), il faudrait presque le fermer définitivement", avait même lancé Rachida Dati, alors ministre de la Culture, fin 2025.
Cette crise sans précédent, qui s'est doublée d'une grève des personnels et d'une avalanche d'avaries (fuite d'eau, fraude aux billets...), a précipité la chute de la présidente du Louvre Laurence des Cars et conduit à une série de mesures d'urgence.
Le musée aux 330 millions d'euros de budget (dont près d'une centaine abondés par l'État) a installé des caméras périmétriques, sécurisé ses accès et entrepris la rénovation de son PC sécurité dont l'état avait estomaqué les parlementaires.
"Le déploiement du schéma directeur de sûreté avance à grands pas", certifie aujourd'hui à l'AFP Christophe Leribault, arrivé en février à la tête du Louvre, soulignant toutefois la "complexité" de mener ces travaux tout en maintenant le musée ouvert au public.
Chaque année, près de 9 millions de visiteurs arpentent les allées du Louvre, dont l'état de vétusté n'est plus contesté par personne.
"Malgré son imposante majesté, malgré l'engagement quotidien de ses équipes, c'est un Louvre à bout de souffle", avait ainsi déclaré M. Leribault en juin au Sénat, évoquant notamment le "mur d'investissement" qui se dresse devant le musée.
"Traumatisme"
Les besoins sont généralisés : de son propre aveu, le président du Louvre ne dispose dans son bureau que d'un chauffage d'appoint, pourtant proscrit dans les locaux administratifs.
Sur la sécurité, le musée s'est engagé à investir d'ici à 2032 environ 20 millions d'euros par an et compte, depuis juillet, un "Monsieur sûreté" chargé de coordonner la sécurité du musée.
Mais la marche sera longue.
"Le Louvre a besoin d'un changement de culture sur la sécurité qui reste encore à faire et prendra plusieurs années", déclare à l'AFP Laurent Lafon, qui suit de près le dossier en sa qualité de président de la commission culture du Sénat. "Il faut que les dirigeants du Louvre intègrent l'idée que la sécurité est une priorité, ce qui n'était plus le cas".
"Le traumatisme du cambriolage est encore là", confie à l'AFP Valérie Baud, représentante CFDT au musée.
L'État et la direction se projettent sur le vaste chantier de modernisation du musée lancé en janvier 2025 par Emmanuel Macron et baptisé Louvre - Nouvelle Renaissance, un projet d'un milliard d'euros qui prévoit notamment une nouvelle salle pour la Joconde mais ne fait pas l'unanimité.
"On peut monter en puissance sur la sécurité sans passer par ce projet qui ne répond pas aux priorités et a pour horizon une hausse intenable de la fréquentation", estime Christian Galani, délégué CGT.
Au contraire, selon M. Leribault, ce plan constitue "la seule voie" pour assurer l'avenir du Louvre.
"Tout est imbriqué, tout est lié : la réparation des bâtiments dans le respect du patrimoine, l'adaptation du musée au changement climatique et aux usages de notre temps, la désaturation du parcours de visite pour faire respirer le musée", plaide-t-il dans sa réponse à l'AFP.
L'équation financière n'est pas simple. Pour financer ce projet, le Louvre doit trouver 360 millions d'euros auprès de mécènes et ne pourra pas se tourner vers l'État dans un contexte budgétaire ultra-tendu. "C'est un sacré défi et je ne sais pas si j'y parviendrai", avait dit M. Leribault en juin.
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