Ebola en RDC: alerte sanitaire internationale, premier cas en zone M23
L'OMS a déclenché dimanche une alerte internationale face à l'épidémie d'Ebola qui frappe la République démocratique du Congo (RDC), un premier cas ayant été confirmé à Goma, grande ville de l'est contrôlée par le groupe armé antigouvernemental M23.
La RDC a déjà connu de grandes épidémies d'Ebola par le passé. L'épisode le plus meurtrier avait fait près de 2.300 morts pour 3.500 malades entre 2018 et 2020. L'épidémie précédente avait fait au moins 34 morts entre août et décembre 2025.
Le virus Ebola provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse, et reste redoutable malgré de récents vaccins et traitements, efficaces uniquement contre la souche Zaïre à l'origine de la plupart des épidémies recensées. Il n'y a ni vaccin, ni traitement spécifique pour endiguer la propagation de la souche Bundibugyo à l'origine de l'épidémie actuelle, qui présente un taux de létalité élevé.
Ebola a fait plus de 15.000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années. Lors des flambées épidémiques précédentes, le taux de mortalité a fluctué entre 25% et 90%, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).
"Urgence"
L'OMS a déclenché dimanche son deuxième niveau d'alerte internationale le plus élevé face à une épidémie d'Ebola.
L'épidémie en cours, déclarée par les autorités sanitaires congolaises et internationales vendredi, "constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), mais ne répond pas aux critères d'une urgence pandémique", a déclaré sur X le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Le foyer de l'épidémie se situe dans l'Ituri, province du nord-est congolais, frontalière de l'Ouganda et du Soudan du Sud. Cette région aurifère connaît d'intenses mouvements de population liés à l'activité minière. Par ailleurs, l'accès à certaines parties de la province, en proie à des violences menées par des groupes armés, est difficile pour des raisons sécuritaires.
Un premier cas de contamination a été confirmé à Goma, grande ville de l'est du pays contrôlée par le groupe armé antigouvernemental M23 et frontalière du Rwanda. Goma est la capitale de la province du Nord-Kivu, voisine de l'Ituri.
L'est de la RDC est en proie à des conflits depuis plus de 30 ans. Les violences se sont intensifiées début 2025 avec la prise par le M23, soutenu par le Rwanda et son armée, des grandes villes de Goma et Bukavu, face à des forces armées congolaises dépassées.
"Un cas positif à Goma a été confirmé par des tests menés par le laboratoire. Il s'agit de la femme d'un homme mort du virus Ebola à Bunia, qui a rejoint Goma après le décès de son mari en étant contaminée", a déclaré à l'AFP le Pr Jean-Jacques Muyembe, directeur de l'INRB à Kinshasa.
Plusieurs autres proches du défunt à Goma ont possiblement contracté le virus, après avoir été au contact de la dépouille, selon une source sanitaire locale sous couvert de l'anonymat.
"Interdit de passer"
Selon une source administrative locale et des journalistes de l'AFP sur place, la frontière entre la RDC et le Rwanda est partiellement fermée depuis dimanche matin. Les flux d'hommes et de camions par le poste-frontière de Goma sont importants. Chaque jour, Congolais et Rwandais passent la frontière notamment pour le commerce.
"On m'a interdit de traverser la frontière. J'ai essayé de poser des questions, mais personne n'a voulu me répondre", raconte Bernard Thimothe, un commerçant de Goma interrogé par l'AFP près du poste-frontière.
"On m'a laissé traverser mais le retour sera difficile. Je vais devoir rester à Goma et rentrer à Gisenyi lorsque la situation sera maîtrisée", se résigne Christophe Kakule, un Congolais vivant à Gisenyi.
Une source gouvernementale rwandaise a confirmé dimanche à l'AFP que désormais seuls les nationaux sont autorisés à passer la frontière pour rejoindre leur pays.
Le variant Bundibugyo n'avait provoqué jusqu'ici que deux épidémies dans le monde, en Ouganda en 2007 (42 décès sur 131 cas confirmés) et en RDC en 2012 (13 décès sur 38 cas confirmés).
"La souche Bundibugyo n'a pas de vaccin et n'a pas de traitement spécifique", a souligné samedi lors d'une conférence de presse le ministre de la Santé congolais, Samuel-Roger Kamba, ajoutant qu'"avec cette souche, le taux de létalité est très important, on peut aller jusqu'à 50%".
Selon les autorités sanitaires, le premier cas suspect est un infirmier, qui s'est présenté le 24 avril dans une structure médicale de Bunia, capitale de l'Ituri, avec des symptômes d'infection à Ebola.
Il s'agit de la 17e épidémie d'Ebola en RDC depuis que la maladie a été identifiée en 1976 au Zaïre, ancien nom du pays. D'autres pays du continent ont été touchés ces dernières années par le virus, notamment la Guinée et la Sierra Leone.
La transmission humaine du virus se fait par les fluides corporels ou par exposition au sang d'une personne infectée, vivante ou décédée. Les personnes infectées ne deviennent contagieuses qu'après l'apparition des symptômes, la période d'incubation pouvant aller jusqu'à 21 jours.
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