Fragilisé, Merz tente de reprendre la main devant les conservateurs allemands
Un an après sa victoire électorale, le chancelier allemand Friedrich Merz a tenté vendredi de remobiliser sa base au congrès de son parti, affaibli par une popularité en berne, des promesses non tenues et la pression de l'extrême droite.
"Nous allons devenir plus rapides, nous allons devenir meilleurs et nous allons notamment améliorer les infrastructures de notre pays (...), l'innovation, et le secteur militaire", a lancé le dirigeant, devant un millier de délégués conservateurs réunis à Stuttgart (sud-ouest), promettant un sursaut sans dévoiler de nouvelles mesures concrètes.
Sa réélection dans l'après-midi à la tête du parti chrétien-démocrate CDU ne fait guère de doute, mais son score sera scruté de près, lui qui avait été élu à la tête de cette formation conservatrice avec 95% des voix en 2022.
Le congrès a également marqué une rare apparition commune avec l’ex-chancelière Angela Merkel, sa rivale historique, qui l’avait tenu à l’écart de la politique nationale pendant près de quinze ans et à qui il reproche l'accueil de plus d'un million de migrants il y a dix ans.
Les conservateurs attendent surtout du chancelier une stratégie claire pour les élections régionales prévues cette année, notamment dans l’est du pays, où l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est en position de force.
Victorieux des législatives de février 2025 et aux commandes de l'Allemagne depuis mai, M. Merz a connu un début d'exercice difficile, critiqué jusque dans son camp pour la lenteur des réformes attendues afin de relancer une économie en berne depuis trois ans.
En cause, notamment, les conflits au sein de sa coalition avec le SPD, le parti social-démocrate, qui ralentissent la prise de décision.
Espoirs déçus
Beaucoup d'Allemands "espéraient des changements bien plus rapides", a dit à l'AFP Marc Debus, chercheur en sciences politiques à l'université de Mannheim.
Pour lui, "d'énormes chantiers n'ont pas été abordés assez rapidement l'an dernier".
Le patronat s’impatiente. Le président de la fédération BDA, Rainer Dulger, a exhorté cette semaine le chancelier à présenter "un programme de réformes digne de ce nom", réclamant des baisses d'impôts et des dépenses sociales ainsi qu'une réduction de la bureaucratie, dans le quotidien Bild.
Friedrich Merz a repoussé ces critiques: "Peut-être n'avons-nous pas fait comprendre assez rapidement après le changement de gouvernement que nous ne pouvions pas réaliser cet énorme effort de réformes du jour au lendemain", a-t-il répliqué.
Le temps presse, avec des prévisions de croissance économique de tout juste 1% pour 2026, après une quasi stagnation (0,2%) en 2025 et deux années précédentes de récession.
L'économie reste minée par les droits de douane américains, le prix de l'énergie et un retard technologique croissant sur les Etats-Unis et la Chine.
Le chancelier a quant à lui mis en avant des succès : le parlement s'est entendu sur une réforme permettant des investissements massifs dans les infrastructures et le renforcement de la défense, dans un contexte marqué à la fois par la guerre en Ukraine et le désengagement annoncé des États-Unis de Donald Trump vis-à-vis de la sécurité européenne.
Impopulaire
Très offensif à l’international, Friedrich Merz a consacré l’essentiel de son discours à la politique étrangère, réaffirmant son soutien à l’Ukraine et à Israël et appelant l’Europe à "parler le langage du pouvoir" ou saluant la force de l'union des Européens dans la crise du Groenland, convoité ouvertement par le président américain Donald Trump jusqu'au mois dernier.
Mais, en l'état, le chancelier ne convainc pas ses concitoyens. Pire, seuls 22% estiment qu'il fait un meilleur travail que son prédécesseur du SPD, Olaf Scholz, battu aux législatives de 2025, selon un sondage de Bild.
Et M. Merz a pu froisser en sermonnant les Allemands sur leur éthique de travail, comme avec cette sortie: "Ce n'est pas avec la semaine de quatre jours et l'équilibre vie professionnelle / vie privée, qu'on pourra assurer la prospérité du pays".
Enfin, il reste menacé par le parti d'extrême droite, Alternative pour l'Allemagne (AfD), malgré le tour de vis qu'il a donné sur l'immigration, sans savoir comment attirer les électeurs de cette formation.
"Une CDU plus à droite pourrait faire fuir les électeurs du centre sans pour autant attirer les électeurs de l'AfD", observe le politologue Benjamin Höhne, de l'université de Chemnitz.
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