Jugé pour viols et agressions sexuelles, un ostéopathe plaide la "maladresse"
"J'ai dû être nul en anatomie": jugé à Strasbourg pour viols et agressions sexuelles sur 29 patientes, un ancien ostéopathe a plaidé vendredi la "maladresse".
Pierre Garitte, 37 ans, comparaît depuis lundi devant la cour criminelle du Bas-Rhin pour huit viols et 23 agressions sexuelles sur 29 patientes au total, avec la circonstance aggravante d'actes commis "abusant de l'autorité que lui confère sa fonction".
Devant la cour, il a estimé qu'il avait été "idiot" et commis des "maladresses".
"Je me rends compte que j'ai blessé des gens profondément", a dit ce grand brun barbu, père de deux enfants, qui n'exerce plus aujourd'hui.
Depuis lundi, d'anciennes patientes ont raconté, certaines tremblantes ou en pleurs, leur sentiment d'avoir été trahies par ce soignant en qui elles avaient "confiance".
Elles ont décrit à la cour un mode opératoire similaire: l'ostéopathe mettait sa main contre la leur et la dirigeait vers leurs parties intimes. Dans certains cas, il leur glissait, par surprise et sans gants, un ou plusieurs doigts dans le vagin, tout en respirant fort, ce qui a laissé penser à certaines qu'il était excité.
L'une a confié qu'elle avait eu le sentiment d'avoir "trompé" son conjoint.
"Il n'y a jamais eu aucune intention sexuelle de ma part", s'est défendu l'ex-soignant, qui a assuré qu'il pensait réaliser des "techniques thérapeutiques".
Plaidant la bonne foi, il s'est dit "persuadé d'avoir eu le consentement" de ses patientes et concède seulement avoir "peut-être mal expliqué" ses gestes.
"Grandes mains"
Alors que ces femmes étaient venues dans son cabinet de l'agglomération strasbourgeoise pour des problèmes touchant à la mâchoire, au dos, au genou ou encore à l'épaule, il leur suggérait de travailler leur périnée.
L'ancien soignant reconnaît qu'il avait une "vision trop centrée sur le périnée", persuadé qu'agir sur cette zone "aurait des bienfaits".
La présidente, Stéphanie Issenlor, souligne que quatre femmes "qui ne se connaissent pas entre elles" ont relaté avoir été masturbées par l'ostéopathe.
"La seule explication, c'est que je me suis mal positionné", a avancé l'ancien praticien.
Quand la présidente l'interroge pour savoir comment, dans certains cas, ses doigts ont pu glisser dans le vagin de ses patientes alors que cette pratique est interdite, le trentenaire, qui nie la plupart des pénétrations, répète : "j'ai dû être nul en anatomie", "mal me positionner".
"Monsieur, vous avez étudié pendant cinq ans!" lui rétorque la présidente.
Le périnée, "c'est une toute petite zone et j'ai de très grandes mains", avance l'accusé.
A certaines patientes, il avait fait signer une "lettre de consentement".
Une pratique critiquée par le directeur de l'école d'ostéopathes où Pierre Garitte a étudié.
"Ce n'est pas une façon de faire", a fustigé le responsable de l'établissement, entendu en visioconférence vendredi matin.
"Effet blouse blanche"
Il a souligné que cela "ne donne aucune indication du type de pratique qui va être faite" et que ce "peut être piégeant".
Interrogé par la présidente sur la défense de Pierre Garitte, qui a évoqué une "sensation d'être pénétrée" des plaignantes et non des viols, il a rétorqué: "c'est une grosse fumisterie".
Le directeur d'école a rappelé que les pénétrations internes font partie des actes "strictement interdits" aux ostéopathes. "Sans gants, ça me paraît être un comble", a-t-il ajouté.
"Les mains du praticien ne doivent jamais passer sous les sous-vêtements, c'est une règle de base", a-t-il insisté.
Dans son école, les élèves sont en outre sensibilisés à "l'effet blouse blanche" et à la nécessité de "ne pas utiliser ce petit pouvoir pour autre chose que des soins".
Pierre Garitte, qui comparaît libre sous contrôle judiciaire, est jugé jusqu'à mercredi. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.
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