Recherche financière : faut-il vraiment se fier aux analystes les plus en vue sur les réseaux ?
(Zonebourse.com) - Une étude universitaire chinoise établit une corrélation négative entre la manière dont se présentent les analystes sur LinkedIn et la qualité de leurs projections financières.
Une présentation flatteuse sur LinkedIn ou encore un nombre élevé de followers sont-ils un gage de qualité chez un analyste financier ? La sagesse populaire incite généralement à se méfier des personnalités trop bruyantes. Tel est l'esprit du proverbe normand " grand diseux, petit faiseux ".
Une étude chinoise parue cette année tend à montrer que ce principe vaut aussi pour les réseaux sociaux et les analystes financiers. Son titre " empty vessels make the most noise " laisse effectivement peu de doute sur ses conclusions (on pourrait traduire ce titre par un autre adage célèbre " les tonneaux vides sont ceux qui font le plus de bruit ").
Une mesure détaillée des profils LinkedIn
Mené à partir des bases IBES par deux membres de l'Ecole d'économie et de gestion de l'Université Tsinghua (Pékin), ce travail a consisté à scruter les profils LinkedIn de 2.472 analystes parmi les 6.000 qui ont publié des estimations de résultats sur des sociétés cotées américaines de 2021 à 2023.
Les auteurs ont ensuite cherché à quantifier avec des méthodes statistiques précises la manière dont les analystes se présentent eux-mêmes : densité du profil descriptif, éléments de valorisation fournis, quantité d'informations donnée sur le parcours personnel, nombre d'abonnés présenté comme indicateur de visibilité... Enfin, ils ont rapproché ces éléments de la qualité et de la pertinence des projections financières publiées.
Une gestion stratégique de l'image
D'après les conclusions de cette étude, le constat est sans appel : " il existe une forte corrélation négative entre la tonalité des présentations et la précision des prévisions ". En d'autres termes, plus l'autoprésentation est flatteuse, moins les projections financières sont fiables.
Faut-il y voir un biais psychologique de la part de professionnels trop optimistes ou confiants dans leurs capacités ? Les auteurs répondent par la négative estimant que ce phénomène découle avant tout d'une gestion stratégique de l'image et de la notoriété. Les analystes confrontés à une concurrence plus intense entre pairs, ou ayant un faible avantage en termes d'informations, privilégieraient une autoprésentation flatteuse plutôt qu'une performance vérifiable.
Investisseurs et employeurs sensibles à l'autopromotion
Sur le fond, les deux chercheurs ne donnent d'ailleurs pas totalement tort aux analystes qui mettent l'accent sur l'attention sociale. Ils rappellent d'abord que les investisseurs réagissent de manière plus marquée aux signaux positifs envoyés par les analystes les plus en vue ou les mieux promus sur les réseaux. Cela n'est au demeurant pas sans conséquence, ces effets pouvant créer de brèves distorsions sur les prix, selon les auteurs.
Autre point important, les employeurs seraient eux aussi sensibles aux mises en avant sur les réseaux. L'étude indique en effet que les analystes aux prévisions imprécises mais à l'aise dans l'autopromotion affichent généralement parmi les meilleurs taux de progression de carrières.
Savoir-faire ou faire-savoir ?
On pourra bien évidemment reprocher aux deux universitaires de ne pas être allés totalement au bout de la démarche. Ils notent en effet que s'ils ont mis en évidence une corrélation, ils n'ont pas établi de causalité directe entre ces phénomènes et comptent surtout sur la recherche future pour approfondir ce point.
Néanmoins, on peut reconnaître un mérite à ce travail : il montre que la finance ne fait en rien exception au reste de la société et qu'avec l'avènement des réseaux sociaux dans ce domaine aussi, le faire-savoir peut avoir tendance à prendre le pas sur le savoir-faire.
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source : AOF
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