Diesel : pourquoi interdire les exportations américaines pourrait aggraver la crise
(Zonebourse.com) - Alors que les prix du diesel atteignent des records aux Etats-Unis à moins de deux mois des élections de mi-mandat, plusieurs responsables politiques envisagent d'interdire temporairement les exportations afin de soulager les consommateurs. Une mesure qui pourrait toutefois produire l'effet inverse de celui recherché, selon Patrick De Haan, analyste pétrolier chez GasBuddy, en raison des particularités du marché américain du raffinage.
Les Etats-Unis sont en effet exportateurs nets de distillats, avec une production d'environ 5,3 millions de barils par jour, contre une consommation intérieure proche de 3,6 millions. Mais cet excédent est très inégalement réparti dans le pays. De ce fait, une interdiction pourrait temporairement faire baisser les prix sur la côte du Golfe du Mexique, où se concentre l'essentiel des capacités de raffinage, sans nécessairement profiter au Nord-Est et à la côte Ouest, qui dépendent encore en partie des importations.
La dérogation au "Jones Act", accordée en mars, a déjà permis aux expéditions de distillats du Golfe vers la côte Est d'atteindre un record de 220 000 barils par jour en avril, mais cela ne correspond qu'à environ 18% de la consommation régionale, estimée à 1,23 million de barils par jour selon l'EIA. Une interdiction américaine risquerait donc d'accentuer les tensions sur le marché mondial et d'encourager d'autres pays à restreindre leurs propres exportations. Les Etats américains encore dépendants des importations pourraient alors subir une nouvelle hausse des prix à la pompe, malgré l'abondance de diesel à l'échelle nationale.
Par ailleurs, Patrick De Haan souligne qu'en privant les raffineurs de leurs débouchés internationaux, Washington risquerait de les inciter à réduire leur production, diminuant simultanément l'offre d'essence et de kérosène. Une interdiction pourrait également être contournée par l'exportation de produits intermédiaires ou par une réorientation de la production vers d'autres carburants.
L'analyste préconise plutôt de prolonger la dérogation au Jones Act, qui permet d'acheminer plus facilement les excédents vers les régions déficitaires. Cette solution agirait sur les contraintes logistiques américaines sans accentuer les tensions sur un marché mondial du diesel déjà fragilisé par les perturbations de l'approvisionnement russe et moyen-oriental.
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source : AOF
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