L'Europe en repli dans l'attente d'un compromis au Moyen-Orient
(Zonebourse.com) - Hormis Londres ( 0,07%), les Bourses européennes ont clôturé la première semaine du mois de juin dans le rouge, scrutant toujours un accord plausible entre les Etats-Unis et l'Iran pour un mettre un terme au conflit au Moyen-Orient. Bien parti pour enchaîner une deuxième séance de suite dans le vert, le CAC 40 a finalement reculé de 0,32% à 8 218,24 points. L'indice phare parisien aura porté ses gains sur la semaine à 0,43%, soit sa troisième semaine consécutive de hausse. L'Euro Stoxx 50 a cédé 0,63% à 6 094,95 points.
A Wall Street, la tendance est similaire. Vers 17h45, le Dow Jones perd 0,34% à 51 384,72 points.
Sur les déclarations concernant l'avancée des négociations entre Washington et Téhéran, Donald Trump a déclaré jeudi que son camp n'avait pas besoin d'un accord avec l'Iran pour se procurer de l'uranium enrichi provenant de ce pays. "Nous pourrions en obtenir dès maintenant. Je ne pense pas qu'ils pourraient nous en empêcher si nous le voulions, mais il n'y a aucune raison de le faire. C'est enterré", a déclaré le président américain aux journalistes dans son Bureau ovale.
"Trump a dit cette semaine qu'un accord avec l'Iran est proche, "en théorie". Dans le même temps, il dit que cet accord pourrait intervenir ce week-end comme dans 2 ou 3 semaines. Et de leur côté, les Iraniens indiquent qu'il n'y a pas de progrès "tangible" dans les négociations. La pression politique augmente aux États-Unis après le vote par la Chambre des représentants d'une résolution contre la guerre grâce au soutien de quatre Républicains, même si ce vote n'a qu'une portée symbolique. Et les Américains annoncent un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban, du moins si le Hezbollah cesse aussi les combats", résume à ce sujet Xavier Chapard, adjoint au directeur de la recherche chez LBP AM.
"Au total, on en reste au même point. Les deux parties cherchent une voie de sortie acceptable, qui permettrait de commencer à rouvrir Ormuz rapidement. Mais dans le même temps Ormuz reste de fait toujours quasi fermé, et plus la situation dure plus le risque augmente pour l'économie et in fine pour les marchés", note aussi l'analyste.
Par ailleurs, le président libanais, Joseph Aoun, a averti l'Iran de ne plus "intervenir" dans son pays, dans une interview accordé à la chaîne CNN diffusée ce vendredi, tout en affirmant au Hezbollah soutenu par Téhéran que "la diplomatie était la seule solution au conflit avec Israël".
Téhéran demande que tout accord avec les Américains doit comprendre la fin des hostilités sur le front libanais, où Israël bataille face au Hezbollah pro-iranien.
De son côté, le Hezbollah exige un "cessez-le-feu global" au Liban et le retrait total israélien du pays, a affirmé hier son chef, Naïm Qassem, signalant aux autorités libanaises à "arrêter la mascarade" des négociations avec Israël. Il a aussi rejeté jeudi l'accord de cessez-le-feu au Liban annoncé la veille à Washington, intimidant le nord d'Israël de nouvelles attaques.
Quant à Emmanuel Macron, il a déclaré hier que la France soutenait un cessez-le-feu au Liban et qu'elle se tenait "à disposition pour avancer sur ce chemin" au sein du mécanisme de coordination mis en place avec les États-Unis.
Le pétrole se replie encore
Dans ce contexte géopolitique pesant, la baisse du prix du pétrole se poursuit. Vers 17h45, le baril de Brent s'échangeait à 94,50 dollars (-1,95%), et le WTI américain reculait également (-2,42% à 90,68 USD).
Dans l'actualité des sociétés cotées, Valeo (-2,83%) a reculé après une semaine agitée. Le titre de l'équipementier affiche une performance de 23,86% depuis lundi, et sans compter la variation du jour. Les analystes d'Oddo BHF sont revenus sur ce qui a fait bouger l'action cette semaine. Dans leur note, ils précisent que le titre a également progressé de 49% sur un mois. Cette performance, expliquent les analystes "a mis au centre du débat l'optionnalité non-auto du groupe autour des datacenters et du stockage de batterie stationnaire (BESS).
En outre, le constructeur européen Airbus a annoncé avoir livré 81 avions en mai, soit une hausse de 59% par rapport au même mois de l'année précédente, portant le nombre total d'appareils remis à ses clients à 262 depuis le début de l'année. Il accélère ainsi le rythme de ses livraisons après les 67 appareils livrés en avril. Depuis le début de l'année, l'avionneur a engrangé 815 commandes brutes, soit 762 commandes nettes après prise en compte des annulations. Il maintient son objectif de 870 livraisons pour l'ensemble de l'exercice 2026.
En Europe, HSBC a cédé 0,26% ce vendredi à Londres, enchaînant ainsi une troisième séance consécutive de baisse. Selon des informations du journal Le Monde, une procédure judiciaire aurait été lancée contre HSBC Private Bank Switzerland dans le cadre de l'affaire Riad Salamé. D'après un article du quotidien paru jeudi, la filiale suisse du géant bancaire britannique serait soupçonnée par la justice française d'avoir aidé Riad Salamé à détourner plus de 300 MUSD de la banque centrale du Liban, dont il a été le gouverneur durant trois décennies (de 1993 à 2023).
Emploi USA : le rapport mensuel a largement dépassé les attentes
Côté statistiques, le rapport mensuel sur l'emploi américain a été nettement meilleur que prévu. Il a révélé la création de 172 000 postes le mois dernier, plus du double des attentes qui étaient à 85 000. En parallèle, les données du mois d'avril ont été sensiblement relevées à la hausse de 115 000 à 179 000 unités. De son côté, le taux de chômage est resté stable comme prévu à 4,3%.
A ce sujet, Jeff Schulze, responsable de la stratégie économique et de marché chez ClearBridge Investments (filiale de Franklin Templeton) considère que "le rapport sur l'emploi de mai confirme une nouvelle fois que le marché du travail s'est stabilisé et a accéléré en 2026 après le ralentissement observé l'an dernier". "Cette évolution témoigne d'une dynamique clairement positive, en ligne avec les signaux envoyés par le rapport sur les offres d'emploi publié plus tôt cette semaine, qui faisait déjà ressortir une nette amélioration de la situation de l'emploi".
Suite à cette publication, la conséquence a été immédiate sur le marché obligataire : le taux à 10 ans américain est passé rapidement de 4,47% à 4,54% et les Futures sur les indices boursiers américains se sont repliés dans la foulée. Une question se pose : pourquoi cette frilosité des marchés actions alors que le rapport sur l'emploi est clairement solide ? Il faut regarder du côté des anticipations de marchés sur le niveau des taux de la Réserve Fédérale (via les Futures sur les Fed Funds). Avant le rapport sur l'emploi, les probabilités pour un statu quo de la Fed sur sa fourchette de taux d'ici la fin d'année étaient de 50% (et les autres 50% pour une hausse de taux). Mais après le rapport, les probabilités pour un statu quo de la Fed sur les taux sont tombées à 30%. Il y a donc 70% de chances que la Fed relève sa fourchette de taux d'ici décembre.
Avant la publication des données sur l'emploi américain, les investisseurs ont pris connaissance des statistiques du jour en Europe.
La production industrielle a connu une légère croissance de 0,1% au mois d'avril en France, là où les analystes tablaient sur un repli de 0,2%. Au mois de mars, elle avait progressé de 1,4%.
Par ailleurs, le déficit commercial de la France s'est réduit en avril, s'établissant à 5,64 milliards d'euros, à comparer à 6,41 MdsEUR le mois précédent (révisé de 6,86 MdsEUR en estimation initiale), selon des données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables (CVS-CJO).
De plus, dans la zone euro, le PIB corrigé des variations saisonnières a reculé de 0,2% au premier trimestre et de 0,1% dans l'UE par rapport au trimestre précédent, selon une estimation publiée par Eurostat.
Lumière sur la BCE
La semaine prochaine, la BCE dévoilera sa décision de politique monétaire à l'issue de sa réunion du 11 juin.
Michael Krautzberger, CIO Public Markets chez AllianzGI, prévoit que "la BCE relèvera son taux directeur de 25 points de base à 2,25% lors de cette, conformément à sa conduite depuis le mois de mars et à l'orientation définie dans la mise à jour de sa stratégie pour 2025". Selon Allianz GI, "le resserrement reste justifié : une succession de chocs du côté de l'offre maintient l'inflation au-dessus de l'objectif, et la BCE tient à éviter une répétition du scénario post-Covid, où une action tardive a finalement nécessité des hausses de taux plus agressives".
De surcroît, la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) est prévue les 16 et 17 juin prochains et sera la première présidée par le nouveau patron de la Banque centrale, Kevin Warsh.
Pour J. Safra Sarasin, "alors que de nombreuses banques centrales devraient relever leurs taux directeurs à court terme, une hausse des taux n'a jusqu'à présent pas fait partie des priorités de la Réserve fédérale américaine (Fed)". Au contraire, pour la banque privée suisse, "son nouveau président, Kevin Warsh, est largement perçu comme favorable à des taux d'intérêt plus bas". Toutefois, dans un contexte d'inflation élevée, alimentée par la guerre avec l'Iran et les droits de douane, ainsi que par une économie américaine plus résiliente, soutenue par un puissant cycle d'investissements dans l'intelligence artificielle, les arguments en faveur d'un assouplissement monétaire se sont nettement affaiblis.
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source : AOF
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