Marché mondial du gaz : entre crise au détroit d'Ormuz et réserves européennes au plus bas
(Zonebourse.com) - Un nouveau rapport de l'IEA (International Energy Agency = Agence internationale de l'énergie) le "Global Gas Security Review 2026" publié ce mardi matin, révèle que la hausse de l'offre de GNL, en particulier en provenance d'Amérique du Nord, ainsi que des accords commerciaux plus flexibles permettent aux marchés d'absorber le choc d'approvisionnement lié au détroit d'Ormuz. Pour autant, les risques pesant sur la sécurité gazière mondiale restent aigus.
Ce document examine comment une décennie de mutations structurelles est en train de remodeler les marchés gaziers mondiaux et d'aider les pays importateurs de certaines régions à faire face au choc d'approvisionnement provoqué par le conflit actuel au Moyen-Orient. Le rapport souligne que le marché mondial du gaz a considérablement évolué depuis la première publication de ce rapport en 2016 : il est devenu plus flexible, plus liquide et plus interconnecté, mais également plus complexe.
Choc au Moyen-Orient et réorganisation de l'offre de GNL
L'essor des transactions au comptant (spot) et la part croissante de contrats de gaz naturel liquéfié (GNL) sans clause de destination fixe ont renforcé l'interconnexion des marchés régionaux et facilité la résistance aux ruptures d'approvisionnement. Malgré ces amortisseurs, la crise a frappé les flux maritimes de plein fouet : l'interruption quasi totale du transit de GNL par le détroit d'Ormuz (qui a réduit les volumes chargés depuis le Qatar et les Emirats arabes unis de plus de 60 milliards de mètres cubes (Gm³) entre mars et octobre de cette année) a propulsé les cours en Asie et en Europe à leurs plus hauts niveaux depuis la crise d'approvisionnement en gaz de 2022-2023.
Pour faire face à cette coupure majeure, d'autres sources d'approvisionnement ont rapidement pris le relais.
Ce net repli a en effet été en partie compensé par la hausse de la production de GNL issue de nouveaux projets en Amérique du Nord et en Afrique, ainsi que par une meilleure disponibilité du gaz d'alimentation chez les producteurs traditionnels en Afrique, en Asie et en Russie.
Le document (qui intègre également la dernière analyse trimestrielle du marché du gaz de l'IEA ainsi que des prévisions réactualisées à court terme) anticipe une baisse de 3% de l'offre mondiale de GNL en 2026, soit un repli de près de 20 Gm³.
Une demande mondiale sous la pression des prix élevés
Face à la flambée des cours, les pays consommateurs ont dû adapter leurs usages, ce qui entraîne un net ralentissement de la demande globale.
L'agence affirme que la consommation mondiale de gaz a fléchi au cours des neuf premiers mois de 2026, plombée par une destruction de la demande au Moyen-Orient et par une baisse des usages liée aux prix élevés sur les principaux marchés importateurs de GNL en Asie et en Europe. Les premières données indiquent un recul de la demande mondiale de gaz de plus de 1%, soit plus de 35 Gm³ en glissement annuel entre janvier et septembre, l'intégralité de cette baisse s'étant concentrée sur les 2e et 3e trimestres.
"Ce repli s'explique en partie par une moindre consommation dans le secteur de la production d'électricité, la flambée des cours du gaz ayant favorisé un basculement du gaz vers le charbon sur de nombreux marchés asiatiques. La forte hausse des prix du gaz naturel a également pesé sur l'activité des industries fortement consommatrices d'énergie et de gaz, notamment la fabrication d'engrais", explique l'IEA.
La demande mondiale de gaz devrait quant à elle fléchir d'environ 1,5% (près de 65 Gm³), sous l'effet d'une destruction de la demande au Moyen-Orient, d'un recul de la consommation industrielle en Europe et du basculement du gaz vers le charbon pour la production électrique dans de nombreux pays asiatiques.
Un hiver à haut risque pour une Europe
Au-delà de ce recul de la consommation industrielle, le Vieux Continent aborde la saison froide dans une posture particulièrement fragile.
L'Europe entame en effet la période de chauffe hivernale avec ses niveaux de stockage de gaz naturel les plus faibles depuis plus de dix ans (au plus bas depuis 2013).
Selon le rapport, cette situation accentue la dépendance de l'Europe envers les approvisionnements mondiaux en GNL pour couvrir ses pics de consommation hivernaux. Elle la rend particulièrement vulnérable en cas d'hiver plus rigoureux que prévu, de pannes techniques ou d'autres perturbations de livraison, risquant de prolonger les tensions sur les marchés gaziers, jusqu'en 2027.
Cette vulnérabilité européenne ne restera pas sans conséquences sur le reste du globe.
D'après le rapport, la faiblesse des stocks européens, conjuguée aux faibles capacités de stockage des pays importateurs de GNL en Asie et en Amérique du Sud, risque d'exacerber la concurrence pour s'arracher un nombre limité de cargaisons flexibles au cours des prochains mois. Cela exercera ainsi une pression à la hausse sur les prix au comptant, notamment lors des pics de demande. Ces niveaux de stockage très bas en Europe pourraient également gonfler considérablement les volumes à injecter pour reconstituer les réserves tout au long de l'été 2027, maintenant ainsi de fortes tensions sur le marché mondial tout au long de l'année à venir.
L'impératif d'une coopération internationale renforcée
Face à une situation aussi précaire, compter uniquement sur le marché ne suffit plus pour sécuriser l'énergie.
Ces constats rappellent l'urgence de renforcer la coopération internationale sur la sécurité de l'approvisionnement en gaz, en dépit de la flexibilité accrue des marchés mondiaux. Au cours de la dernière décennie, l'IEA a intensifié ses initiatives dans ce domaine afin d'aider ses pays membres à mieux se préparer à d'éventuelles crises d'approvisionnement, dans un contexte géopolitique et commercial de plus en plus incertain.
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source : AOF
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