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Cibles de violences, les personnalités de l'IA cristallisent angoisses et rancoeur

| AFP | 105 | Aucun vote sur cette news
Des sacs de frappes à l'effigie d'Elon Musk et de Sam Altman devant le tribunal fédéral d'Oakland en Californie le 27 avril 2026
Des sacs de frappes à l'effigie d'Elon Musk et de Sam Altman devant le tribunal fédéral d'Oakland en Californie le 27 avril 2026 ( Karl Mondon / AFP )

Plusieurs personnalités de l'intelligence artificielle (IA) ont récemment été la cible d'actes violents, un élan né d'angoisses existentielles et d'une haine des puissants, dont se dissocient les critiques du secteur.

Un cocktail molotov lancé contre la grille de la maison du patron d'OpenAI, Sam Altman. Une salve de 13 balles tirées sur la porte de Ron Gibson, élu local d'Indianapolis et soutien d'un projet de construction de centre de données.

Ces attaques ont eu lieu sur une période de quelques jours durant laquelle deux individus ont également tiré à l'extérieur de la résidence du même Sam Altman, sans qu'il soit établi s'il était ciblé.

Dans un manifeste, le propriétaire de l'engin incendiaire avait fait part du risque "d'extinction imminente" que faisait courir l'IA à l'espèce humaine, et enjoint Sam Altman de se "racheter" s'il survivait à l'agression.

"L'anxiété liée aux nouvelles technologies n'est pas quelque chose de nouveau", rappelle Nirit Weiss-Blatt, auteure d'un livre sur l'hostilité croissante vis-à-vis de la tech, "même si là, cela semble plus extrême."

Elle souligne le décalage entre les problèmes soulevés par les sceptiques de l'IA, des suppressions d'emplois aux effets sur l'environnement, et "la bulle catastrophiste" dans laquelle évoluait le suspect, Daniel Moreno-Gama.

Une manifestante portant un t-shirt contre l'IA devant le tribunal fédéral d'Oakland, en Californie, le 27 avril 2026
Une manifestante portant un t-shirt contre l'IA devant le tribunal fédéral d'Oakland, en Californie, le 27 avril 2026 ( Karl Mondon / AFP )

Cette sphère est alimentée par des écrits tels que le livre "If Anyone Builds It, Everyone Dies: Why Superhuman AI Would Kill Us All" ("Si quelqu'un y arrive, tout le monde meurt: pourquoi l'IA superhumaine nous tuerait tous") des chercheurs Eliezer Yudkowsky et Nate Soares.

Les différents suspects n'ont pas de liens démontrés entre eux et ne se réclament pas d'une organisation. Mais Mauro Lubrano, professeur à l'université de Bath (Royaume-Uni) et auteur d'un ouvrage sur l'extrémisme anti-tech, réfute la classification de "loup solitaire", car ils "font partie d'un écosystème numérique" commun.

Il fait un parallèle avec les dégradations de véhicules et concessions Tesla en 2025, commis sans coordination en Amérique du Nord et en Europe sur fond de radicalisation d'Elon Musk.

Les grandes figures de l'IA prennent le danger très au sérieux. "Ces derniers mois, nous avons clairement vu une hausse" de la demande de protection physique chez les entreprises technologiques, rapporte Rory Moran, responsable de la sécurité des cadres au sein de la société spécialisée USI.

"Les grosses sociétés technologiques et d'IA sont tout le temps dans l'actualité", souligne-t-il. Dans ce contexte, "on observe une augmentation des velléités d'attaques".

L'effet Mangione

A cela s'ajoute un renouveau de l'animosité à l'égard des patrons, courant ressuscité par le meurtre du directeur général de l'assureur santé UnitedHealthcare, Brian Thompson, en décembre 2024 à New York.

Luigi Mangione, suspecté d'être le tireur, a été érigé par un nombre non négligeable d'Américains, jeunes surtout, en antihéros populaire, sorte de justicier romantique dénonçant les dérives du capitalisme.

Après le geste contre Sam Altman, des dizaines d'internautes ont posté la même image de Luigi Mangione en saint auréolé.

Sur TikTok, ils étaient nombreux à minimiser l'attaque, la justifier ou en attribuer la responsabilité aux entrepreneurs de l'IA et à leur discours jugé anxiogène et décomplexé.

Les organisations de lutte contre une IA sans limite craignent de se voir associées à cette violence qu'elles dénoncent.

"La rhétorique des membres du mouvement pour une pause ou un arrêt (de l'IA) est hors de contrôle et cela s'aggrave", a ainsi écrit sur X Dean Ball, ancien conseiller de Donald Trump sur l'IA, en référence aux associations les plus connues, PauseAI et Stop AI. "Ce discours a toujours eu le potentiel de susciter la violence et il semble que ce ne soit plus seulement théorique."

Avant son geste, Daniel Moreno-Gama s'est rendu sur le compte Discord de Stop AI pour demander s'il pouvait parler de violence, raconte Valerie Sizemore, co-responsable. Les modérateurs lui ont expliqué que cela vaudrait un banissement, et il n'est plus revenu.

"La violence ne résoudra rien", exhorte celle qui plaide pour des "actions non violentes permettant aux gens de se faire entendre, des manifestations ou des créations artistiques".

Pause AI milite pour un moratoire au développement de l'IA et des accords internationaux de régulation, tandis que Stop AI veut sensibiliser les législateurs et promeut la création de comités citoyens de supervision.

"Mon espoir", dit Valerie Sizemore, "est que ce moment amène un temps d'écoute et de discussion nécessaire".

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