Washington inaugure la diplomatie du minerai
Cette fois, ils jouent le jeu des alliances: les Etats-Unis ont réuni une cinquantaine de pays mercredi à Washington pour assurer un accès équitable aux minerais critiques, face à la dépendance vis-à-vis de la Chine.
"Nous savons désormais que le marché international des minéraux critiques est défaillant", a déclaré le vice-président des Etats-Unis, JD Vance, à l'ouverture de la conférence, en dénonçant notamment l'instabilité des marchés.
Il s'agit, a-t-il dit, d'établir un mécanisme international sous l'impulsion des Etats-Unis afin de garantir l'approvisionnement de ces composants essentiels à l'innovation technologique, à la puissance économique et à la sécurité nationale.
Le grand raout se déroule sous les auspices du secrétaire d'Etat américain Marco Rubio qui a insisté pour sa part sur le caractère "multilatéral" de cet effort.
"On a besoin de terres rares", aime à répéter le président américain Donald Trump, qui fait de la recherche et de la sécurisation de ces précieuses ressources naturelles une priorité de sa politique de "réindustrialisation" de l'Amérique.
Au même titre ou presque que son recours aux droits de douane.
Les minerais dits critiques ou stratégiques - une désignation non scientifique - incluent des dizaines de matériaux dont le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite et le lithium.
Parmi eux figurent aussi les terres rares, une catégorie bien définie de 17 éléments métalliques dont la chaîne de production est largement dominée par la Chine.
Les terres rares sont par exemple présentes dans chaque smartphone ou dans les véhicules à moteurs thermiques.
Multilatéralisme
Cette thématique des minerais critiques s'inscrit au cœur de la diplomatie américaine, que ce soit en Ukraine, en République démocratique du Congo ou encore à propos du Groenland.
L'administration Trump n'a de cesse de faire miroiter l'exploitation de ces ressources naturelles dans le cadre des négociations diplomatiques.
Elle y voit aussi, surtout, son intérêt.
Les Etats-Unis ont déjà signé des accords bilatéraux sur les minerais critiques avec de nombreux pays mais entendent construire une coalition d'alliés, soucieux également de diversification, dans le cadre d'un "accord sur le commerce et les minerais critiques", a dit M. Vance.
Des responsables américains ont dit s'attendre à la signature de multiples accords en marge de la réunion.
Eux-mêmes très en retard, malgré l'étendue et la richesse de leur territoire, les Etats-Unis vont créer une réserve de terres rares d'une valeur de 12 milliards de dollars afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Il s'agit de sécuriser "un réseau d'approvisionnement en béton", selon le vice-président.
Un tel projet concerne des industries aussi stratégiques que l'automobile, le numérique ou la défense et survient alors que la Chine utilise sa maîtrise des aimants industriels, essentiels dans le cycle d'usage des terres rares, comme moyen de pression vis-à-vis d'Etats voisins, notamment le Japon.
Car la Chine contrôle une large part, si ce n'est la quasi totalité dans certains cas, de la chaîne de valeur des terres rares, de l'extraction minière à leur transformation et intégration dans des produits techniques.
Une situation qui inquiète Washington, d'autant que Pékin n'hésite pas à menacer d'activer ce levier lors des négociations commerciales entre les deux premières puissances économiques mondiales.
Riche en ressources
Elle l'a fait, en particulier, lors de l'escalade commerciale entre les deux pays après l'annonce de nouveaux droits de douane par le président Trump en avril dernier.
Des responsables européens sont également présents mercredi en espérant trouver un accord avec l'administration Trump sur les terres rares.
Le commissaire européen Stéphane Séjourné représentera l'Union européenne dans ces discussions ministérielles qui incluent des délégations d'Inde, de la Corée du Sud, d'Israël et du Japon.
L'UE voudrait notamment se coordonner avec les Américains pour éviter une compétition débridée à l'étranger, par exemple en Australie, riche en ressources.
Selon des observateurs, la réunion marque un changement notable par rapport à l'approche unilatérale des Etats-Unis dans de nombreux autres domaines.
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