Avec une barge électrique, le Rhône se prépare pour devenir une autoroute fluviale décarbonée
Le Rhône est sur le point de devenir une sorte d'autoroute fluviale, après l'annonce du lancement en 2028 d'une barge électrique à conteneurs sur le fleuve qui servira à doper le transport décarboné de marchandises entre le port de Fos-Marseille et Lyon.
Cette initiative, annoncée jeudi soir à Lyon par le PDG de l'armateur CMA CGM, est destinée à la fois à contrer la multiplication des camions sur les routes en renforçant le transport fluvial moins polluant, tout en reliant mieux le port de Marseille au reste du pays.
Elle est permise par la création de stations de recharge électrique dédiées le long du Rhône par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), a indiqué le troisième armateur mondial qui a obtenu l'an passé l'exploitation du terminal fluvial de Lyon pour les 30 prochaines années.
La barge de 185 mètres de long pourra transporter jusqu'à 156 conteneurs standards, remplaçant ainsi autant de camions.
Son coût est de 20 millions d'euros.
D'ici 2030, CMA CGM, dont le siège social est à Marseille, ambitionne de doubler ses volumes "multimodaux" sur "le corridor stratégique" Marseille-Lyon, c'est-à-dire le nombre de conteneurs qui ne seront pas acheminés par la route.
L'équivalent de 100.000 conteneurs standard seront transportés sur le Rhône, et 60.000 par voie ferroviaire chaque année.
Jusqu'à présent, sur cet axe, 80% des marchandises sont acheminées par la route, 15% par le rail et seulement 5% par le fleuve.
Sur les 330 kilomètres navigables entre Marseille et Lyon, les péniches transportent en majorité du vrac (sable, sel, céréales...) et à peine 70.000 conteneurs en moyenne chaque année. Alors que le transport fluvial émet trois à cinq fois moins de CO2 que la route par tonne de marchandises, selon l'Agence de la transition écologique (Ademe).
"Porte d'entrée décarbonée vers l'Europe"
La mise en œuvre d'une barge électrique sur le Rhône est une des déclinaisons concrètes du plan "Marseille en grand" annoncé le 2 septembre 2021 par Emmanuel Macron, visant notamment la transformation du port maritime "en un grand port fluvio-maritime allant de Marseille à Lyon".
Mais ce vaste projet français d'aménagement du territoire et de décarbonation a aussi une dimension internationale.
"Le déploiement de nouvelles capacités fluviales, dont une barge électrique à partir de 2028, contribuera à faire de la France une porte d'entrée décarbonée vers l'Europe", a souligné le PDG de CMA CGM Rodolphe Saadé dans une brève déclaration à l'AFP jeudi.
M. Saadé avait reçu à son siège marseillais le Premier ministre indien Narendra Modi en février 2025, avec Emmanuel Macron, pour évoquer le projet de nouvelles routes maritimes et logistiques internationales lancé par New Delhi, connu sous le nom de corridor IMEC (couloir économique Inde-Moyen-Orient-Europe).
Marseille fait figure d'un des "ports d'entrée" possibles en Europe dans le cadre de ce projet, a indiqué à l'AFP Jean-Luc Chauvin, président de la chambre de Commerce et d'industrie d'Aix Marseille Provence, lors du salon Euromaritime cette semaine.
Mais pour renforcer sa position stratégique et attirer sur ses quais des porte-conteneurs de plus en plus gigantesques, Marseille-Fos doit développer ses débouchés "jusqu'au Rhin et jusqu'au Danube", a-t-il ajouté.
Comme l'a fait Le Havre en fusionnant en 2021 avec les ports de Rouen et de Paris pour créer Haropa, ou comme l'a fait Rotterdam vers l'Europe du nord grâce à un réseau de canaux et de fleuves.
La CCI d'Aix-Marseille-Provence, celle de Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne, la Banque des Territoires et la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) sont associés à CMA CGM au sein d'un consortium pour encourager ce développement.
Les partenaires vont investir 40 millions d'euros pour moderniser le terminal du port Edouard Herriot à Lyon, un chantier de deux ans de travaux, a rappelé l'armateur.
"Cette dynamique s'inscrit dans une ambition plus large pour le territoire" a écrit M. Saadé sur le réseau Linkedln vendredi.
Il a parallèlement annoncé "l'ouverture prochaine" par la Fondation CMA CGM d'un "deuxième entrepôt solidaire" près de Lyon, sur le modèle de ce qui a été fait à Marseille, afin de "mettre à disposition" l'expérience logistique du groupe "au service d'une vingtaine d'associations et d'ONG pour soutenir l'aide alimentaire et humanitaire, en France, comme à l'international"
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