En France, le PIB recule au 3ème trimestre et "l'économie française est à l'arrêt"

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Le ministre de l'Economie et des Finances Roland Lescure à la sortie de l'Elysée, le 28 octobre 2026 à Paris
Le ministre de l'Economie et des Finances Roland Lescure à la sortie de l'Elysée, le 28 octobre 2026 à Paris ( SIMON WOHLFAHRT / AFP )

Recul du PIB au premier trimestre, stagnation au deuxième, et nouveau recul de 0,1 % au troisième annoncé vendredi par l'Insee : "l'économie française est à l'arrêt", a dû reconnaître le ministre de l'Economie Roland Lescure.

Le produit intérieur brut avait déjà baissé de 0,2 % au premier trimestre, puis stagné au deuxième. Attendu généralement à +0,1 %, le troisième déçoit de nouveau.

Un contraste avec l'Allemagne, dont le PIB a augmenté de 0,2 % au troisième trimestre, et l'Espagne, dont la croissance a continué à caracoler avec +0,6 %.

En France, "ça fait trois trimestres que la croissance n'est pas au rendez-vous (...), l'économie française est à l'arrêt", a constaté Roland Lescure sur France Info.

"La récession technique est évitée de justesse", observe Lucile Bembaron, économiste chez Asterès. "L'économie ne se trouve pas en récession au sens technique du terme, mais elle est en réelle stagnation", confirme Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne.

La parfaite stabilité du PIB au deuxième trimestre ne permet pas en effet d'évoquer une récession, qui implique deux reculs trimestriels consécutifs.

Le comité de datation des cycles de l'économie française (CDCEF), composé d'économistes, invite également à éviter le terme pour l'instant.

Marasme

"Les données témoignent néanmoins d'une activité particulièrement peu dynamique, dont l'évolution appelle une attention soutenue", souligne-t-il dans un communiqué.

A six mois de la présidentielle, le pays se débat dans un marasme politique, alimenté par la crainte de nouvelles violences et de pillages de magasins dans les prochains jours.

L'économie est aussi plombée par l'inflation,  au plus haut depuis janvier 2024 en raison de la guerre au Moyen-Orient, selon l'Insee
L'économie est aussi plombée par l'inflation,  au plus haut depuis janvier 2024 en raison de la guerre au Moyen-Orient, selon l'Insee ( Lionel BONAVENTURE / AFP/Archives )

L'économie est aussi plombée par l'inflation, au plus haut depuis janvier 2024 en raison de la guerre au Moyen-Orient : +3,4 % sur un an en octobre, a révélé vendredi l'Insee.

Le recul estival de l'activité s'explique par une forte contraction des exportations : le commerce extérieur retranche 0,6 point à la croissance, le repli du PIB étant seulement limité par une légère amélioration de la demande intérieure et une contribution positive des stocks.

Au total, "l'acquis de croissance" à fin septembre, c'est-à-dire ce que serait la croissance annuelle si le PIB restait stable au quatrième trimestre, est de 0,2 %.

Dans ces circonstances, "il faudrait 0,9 % de croissance au dernier trimestre pour atteindre 0,5 % sur l'année", la prévision du gouvernement, "et 0,5 % pour atteindre 0,4 % sur l'année", prévision la plus récente de l'Insee et de la Banque de France, a commenté vendredi Marie Leclair, cheffe du département des comptes nationaux de l'Insee.

Or, le quatrième trimestre semble avoir débuté sur des bases peu solides.

"Plus grave"

La confiance des ménages sur la situation économique est tombée en octobre au plus bas depuis treize ans, signalant une faible consommation en fin d'année.

La charge de la dette s'envole
La charge de la dette s'envole ( Thomas SAINT-CRICQ, Paz PIZARRO / AFP/Archives )

Et les perspectives d'activité des entreprises à douze mois sont "au plus bas depuis six ans et demi", selon l'enquête PMI de S&P Global.

"La France ne va pas à la crise", mais "si on n'a pas le redressement budgétaire qu'on a mis dans le budget, on ira dans le mur", a prévenu M. Lescure.

Or "on va commencer 2027 sur des bases très faibles en termes de croissance", alors que le gouvernement mise sur 1 % de croissance l'an prochain, constate Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, qui ne la voit pas dépasser 0,5 % l'an prochain.

Le gouvernement veut maintenir le déficit public à 5 % du PIB en 2027. Mais avec une croissance moins élevée qu'espéré, "il ne se réduira pas" par rapport aux 5,4 % attendus cette année, selon l'économiste.

Cette "mauvaise nouvelle" est une "raison supplémentaire d'avoir des efforts budgétaires", a d'ailleurs estimé vendredi le ministre des Comptes publics David Amiel, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, qui débat actuellement du projet de budget pour 2027.

Pour l'économiste Sylvain Bersinger, de Bersingéco, "les scénarios pessimistes sont nombreux".

Alors que les taux d'intérêt sur la dette française sont déjà au plus haut depuis vingt ans, "la crise de la dette pourrait s'aggraver, plongeant le pays dans une crise économique et politique bien plus grave" encore, redoute-t-il.

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