Semaine cruciale pour éviter une guerre commerciale entre l'UE et la Chine
Les discussions entre Chinois et Européens pour tenter d'éviter une guerre commerciale vont s'intensifier cette semaine, avec une visite à Pékin d'un haut responsable de l'UE, qui va tenter d'arracher des concessions à l'Empire du Milieu.
Le déficit commercial de l'UE avec la Chine est colossal, atteignant depuis l'an dernier autour d'un milliard d'euros par jour. Les Européens l'imputent à des pratiques déloyales de Pékin, mettant selon eux en péril des secteurs industriels entiers (automobile, chimie...).
Le responsable des négociations commerciales de l'Union européenne, Maros Sefcovic, a entamé en juin un "dialogue" avec Pékin pour tenter de résoudre à l'amiable cette crise.
Il se rendra dans la capitale chinoise les 8 et 9 octobre, à l'invitation du ministre chinois du Commerce Wang Wentao, espérant y obtenir des "résultats tangibles".
Le déficit commercial "a atteint un point de bascule", avait prévenu en septembre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, accusant ce "choc chinois" de nourrir "la désindustrialisation" de l'Europe.
Et, faute d'avancées, "nous utiliserons tous les outils dont nous disposons pour rééquilibrer notre relation", avait-elle menacé.
Les Européens aimeraient obtenir de la Chine des engagements à réduire volontairement ses exportations dans un ou deux secteurs clés, comme les véhicules hybrides, et un accès renforcé aux terres rares dont Pékin avait restreint les exportations l'an dernier.
"Ce serait le scénario idéal", mais "s'il n'est pas possible de trouver une solution par le dialogue dans un secteur en particulier, l'UE ne devrait pas hésiter à utiliser les outils à sa disposition" pour protéger son marché intérieur, explique à l'AFP Ignacio Garcia Bercero, expert à l'institut Bruegel.
"Il pourrait y avoir des accords sur quelques sujets spécifiques, plutôt qu'une résolution complète des problèmes", avance de son côté Zhu Tian, professeur d'économie à l'école de commerce sino-européenne de Shanghai (CEIBS).
Selon des diplomates européens, les 27 réfléchissent à étoffer leur arsenal de défense, par exemple via une nouvelle procédure, proposée par le président français Emmanuel Macron et qui a été endossée par d'autres pays.
Elle s'inspirerait de la Section 301, un dispositif américain qui permet de surtaxer de manière ciblée et rapide les produits de pays accusés de pratiques déloyales.
Même l'Allemagne, jusqu'ici soucieuse de préserver ses exportations vers la Chine, s'est ralliée à cette proposition.
La Commission devrait présenter des propositions en ce sens d'ici la fin de l'année.
Mais pour Ignacio Garcia Bercero, "l'UE a déjà les outils nécessaires pour lutter contre la concurrence déloyale, ce qu'il manque c'est la volonté politique pour les utiliser".
Mises en garde de Pékin
Parallèlement, Pékin a haussé le ton, en menaçant les Européens de représailles s'ils adoptaient toute "mesure protectionniste ou unilatérale".
"Si l'UE s'acharne à instaurer des restrictions discriminatoires à l'encontre des entreprises ou des produits chinois, la Chine réagira avec fermeté pour protéger les droits et intérêts légitimes de ses industries", a prévenu mardi un porte-parole du gouvernement.
Le pays est soucieux de protéger ses exportations, sur lesquelles il s'appuie de plus en plus, alors que son économie nationale est affaiblie par une grave crise immobilière.
Et par le passé, la Chine n'a pas hésité à prendre des mesures de rétorsion en cas de conflit commercial avec les Européens, notamment en surtaxant ses importations de produits emblématiques comme le Cognac.
Ce qui pourrait relancer les appels au sein de l'UE à dégainer le "bazooka", surnom de l'"instrument anti-coercition" dont s'est doté le bloc en 2023.
Jamais utilisée, cette arme de dissuasion économique permet de répondre à tout pays qui utiliserait des mesures commerciales pour faire pression sur l'un des pays membres.
Mais l'activer nécessite un accord des 27 à la majorité qualifiée. Pour l'expert de Bruegel, l'UE pourrait montrer sa détermination à défendre ses intérêts en assouplissant son utilisation.
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