Corse: le FLNC rejette la "mascarade" de l'autonomie et menace les "envahisseurs" venant vivre sur l'île
Alors que le projet d'autonomie de la Corse est étudié au parlement, le groupuscule clandestin indépendantiste Front de libération nationale corse - Union des Combattants (FLNC-UC) l'a vivement rejeté ainsi que tous ses soutiens, menaçant également les "envahisseurs" non-corses sur l'île.
Cet avertissement formulé lors d'une conférence de presse clandestine révélée mercredi soir par Corse-Matin, qui a été le seul média à y participer, a donné lieu à l'ouverture d'une enquête préliminaire, pour, notamment, "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme" par le parquet national antiterroriste (PNAT).
Un spécialiste de la sécurité en Corse interrogé par l'AFP sous couvert d'anonymat rappelle que cette communication du FLNC, qui a marqué ses 50 ans d'existence en mai dernier, intervient juste avant les journées internationales de Corte (Haute-Corse), organisées samedi et dimanche par le parti indépendantiste et pro-lutte armée Nazione. Ces journées réunissent les voix indépendantistes guyanaise, martiniquaise, guadeloupéenne, comorienne, calédonienne, catalane et basque.
"Pour les militants, il faut marquer le coup mais on considère que c'est un communiqué plus politique que l'ouverture d'une campagne d'action violente", a estimé cet expert.
Une quinzaine d'individus cagoulés et armés, réunis dans un lieu tenu secret, ont qualifié le processus visant à donner une autonomie à la Corse dans la République et qui a été approuvé le 23 juin par l'Assemblée nationale, de "mascarade".
"Colonisation"
Comme lors de leur précédente conférence de presse clandestine en janvier 2024, ils estiment que le projet de loi constitutionnelle, qui doit être examiné au Sénat en octobre, "aboutit à la négation de l'existence de notre peuple et au reniement des principales revendications de ces dernières décennies".
Ils annoncent être "déjà dans l'après-Beauvau".
Le groupuscule critique tous les soutiens de ce processus: les partis nationalistes (autonomistes de Femu a Corsica, indépendantistes de Core in Fronte, autonomistes d'opposition du Parti de la nation corse) "qui s'expriment au nom du mouvement national, tout en soutenant le dit processus Beauvau" et "commettent une duperie sans précédent à l'égard de notre peuple".
Les clandestins s'en prennent aussi à la "caste de groupes financiers corses" et aux collectifs antimafia, sans les nommer mais en assurant ne jamais pouvoir "être aux côtés de ceux qui soutiennent les logiques" de "justices d'exception", défendues par les collectifs.
Sans préciser comment, ils appellent le mouvement national, "celui de la résistance", à trouver "les voies et les moyens de créer un nouveau rapport de force politique".
Plus menaçant, ils attaquent "la colonisation de peuplement galopante" représentée par "l'arrivée massive de près de 5.000 étrangers, dont une grande majorité de Français", sur l'île chaque année, pour y travailler ou avec l'augmentation "démentielle" des résidences secondaires.
"Envahisseurs"
"En attendant que nos droits nationaux soient reconnus et respectés, nous n'avons qu'un message à leur adresser: restez chez vous", "et dans le cas contraire, ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national", menacent-ils en s'adressant aux "envahisseurs".
Pour Thierry Dominici, politologue à l'université de Bordeaux, spécialiste des mouvements nationalistes, si ces menaces peuvent impressionner, elles sont "finalement moins agressives que dans les années 80 où l'on s'attaquait directement aux +colons+ comme ils disaient avec des courriers nominatifs et les fameux valise ou cercueil, les tags IFF (I Francesi Fora, les Français dehors: NDLR), etc...".
"C'est une phrase qui doit servir d'accroche pour les médias" mais cette communication "vise davantage l'échelon local que national: ils sont dans une quête de légitimité au sein de la base militante nationaliste", a-t-il estimé auprès de l'AFP.
Le FLNC, qui prône "l'indépendance nationale", assure ainsi qu'il "continuera à jouer pleinement son rôle en soutenant par (ses) efforts de paix, pour l'heure unilatéraux, toutes les initiatives qui concourront réellement à une solution politique à laquelle notre peuple aspire depuis des décennies."
Le FLNC, apparu en 1976, avec une profession de foi retrouvée dans les décombres de 18 attentats lors d'une première "nuit bleue", est depuis devenu une nébuleuse opaque, résultat de scissions, luttes fratricides et recompositions.
La dernière "nuit bleue" revendiquée par le mouvement remonte à octobre 2023 lorsque 45 explosions avaient visé principalement des résidences secondaires mais aussi un centre des impôts désaffecté à Ajaccio, sans faire de blessés.
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