Le RN et Lavalette échouent largement à Toulon face au front républicain
Toulon, où le RN nourrissait de grands espoirs avec sa médiatique porte-parole Laure Lavalette, a créé la surprise dimanche en élisant largement la maire sortante Josée Massi, après un barrage républicain largement soutenu par les milieux associatif et culturel.
Les estimations d'Elabe-Berger Levrault pour BFMTV, Le Figaro et RMC, et de l'Ifop-Fiducial pour TF1, LCI et SudRadio donnent un score de 46,5% pour la candidate RN, pourtant arrivée largement en tête au premier tour dans la préfecture du Var, contre 53,5% pour Josée Massi.
Devant la permanence de la candidate RN avec vue sur la rue, des Toulonnais passent en klaxonnant.
"C'est pas croyable, les gens sont bêtes a bouffer du foin. Tant que les résultats définitifs sont pas tombés, je n'y crois pas", réagit une militante Patricia Gaspard, interrogée par l'AFP. Pour elle, Toulon avait "besoin de sang neuf".
Trente ans après l'élection d'un maire FN à la tête du premier port militaire français, la victoire de cette femme discrète et réservée de 75 ans signe une défaite personnelle cinglante pour la députée RN du Var de 49 ans, qui avait misé sur la personnalisation à outrance d'une campagne "sans étiquette", s'appuyant sur des gloires locales, ancien "héros de la BAC Nord" de Marseille, "DJ international" ou Miss Var.
Disparu le RN, disparu même le patronyme de la candidate, devenue simplement "Laure pour Toulon" sur les affiches du deuxième tour.
Pendant toute la campagne, ses adversaires n'ont eu de cesse de dénoncer la "duplicité" de Mme Lavalette, ancienne porte-parole de Marine Le Pen, députée et membre du bureau national du RN, accusée de prendre les électeurs "pour des idiots".
Dans un département largement acquis au RN, avec sept députés sur huit élus en 2024, seule Toulon avait empêché un grand chelem.
Cette fois, la claque est d'autant plus rude pour le parti à la flamme qu'il avait défini Toulon et ses 180.000 habitants comme un de ses objectifs majeurs, Marine Le Pen évoquant même la possibilité d'une victoire au premier tour lors d'un déplacement fin février.
Dès le soir du premier tour, qui a vu Laure Lavalette arriver largement en tête à 42% devant Josée Massi à 29%, un barrage républicain s'était mis en place, avec le retrait immédiat du sénateur LR Michel Bonnus (16%).
"Ovni politique"
"L'heure est grave", avait averti Josée Massi, rappelant le "désastre" de l'expérience de 1995, marquée par des pratiques clientélistes et népotistes qui avaient valu à l'ancien maire FN Jean-Marie Le Chevallier d'être condamné.
Dans les jours qui ont suivi, celle qui se définit comme un "ovni politique", chantre du "rassemblement local", a accumulé les soutiens, tant des barons de la droite et de la macronie varoise que de la gauche hors LFI.
La mobilisation a été générale, du comédien et metteur en scène Charles Berling, directeur de la scène nationale de la ville, à la chorégraphe Régine Chopinot, du footballeur international Bafé Gomis à la légende du Rugby club de Toulon Daniel Herrero, en passant par le collectif Fiertés LGBTQIA+ ou les Amis de la Résistance.
"Je suis une personne ordinaire", répète souvent Mme Massi, née dans un quartier HLM de Toulon, au sein d'une fratrie de six enfants entre mère au foyer et père policier.
Élue au début des années 80 sur une liste socialiste dans un village d'Ardèche, Josée Massi retrouve la politique 30 ans plus tard, quand Hubert Falco, homme fort de la droite varoise, fait appel à cette ancienne prof de maths, devenue directrice du centre départemental d'insertion sociale pour entrer au conseil municipal, "d'abord 12e, puis 2e, puis 1ère adjointe", dit-elle.
En mai 2023, elle se retrouve propulsée maire, après la démission forcée d'Hubert Falco, condamné dans une affaire de détournement de fonds. "Les premiers mois ont été un tsunami, dit-elle, mais on apprend, c'est passionnant."
En juin 2025, définitivement condamné, Falco lui demande d'être candidate aux municipales, puis change d'avis pour soutenir Michel Bonnus.
Démentant son image de "Mamie Nova", la septuagénaire se rebiffe. "Je ne suis pas dans la revanche, mais on est venu me chercher et j'ai fait le job", disait-elle à l'AFP à la veille du premier tour.
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