Primaire à gauche: Guedj veut repousser les frontières du PS, au risque de l'isolement
"Planifier l'immigration", plus d'âge légal de départ à la retraite... Parmi les outsiders de la primaire, Jérôme Guedj entend casser "l'apathie" de sa formation politique, avec une révision assumée mais clivante du logiciel socialiste.
"Les militants, je les adore, le parti, je le respecte, mais il y a des moments où on doit bouger", résume le député de l'Essonne, pressé entre une réunion et la préparation d'un plateau télévisé.
Entré au parti au début des années 90, le candidat à la primaire du PS et de Place publique (9-10 octobre) est longtemps classé à l'aile gauche, jusqu'à frondeur sous un François Hollande jugé trop porté vers la politique de l'offre.
Aujourd'hui, il prône le "compromis" avec le centre, voire une partie de la droite, inévitable selon lui face à la montée de l'extrême droite.
"C'est le pas de côté le plus important que je fais au regard de mon histoire politique", reconnaît l'ancien protégé de Jean-Luc Mélenchon, devenu son ennemi intime jusqu'à le qualifier de "salopard antisémite", avant de regretter le premier mot.
Le titre de son dernier livre, ébauche de programme présidentiel, se veut lui-même un pied-de-nez au leader insoumis : "La République, c'est nous" (ed. L'Observatoire).
Au gré des pages, une série de classiques, comme l'augmentation du SMIC à 1.700 euros, mais aussi de petites révolutions à l'échelle du parti à la rose.
Comme sur l'immigration : la gauche s'est "réfugiée dans un angélisme moral", estime le parlementaire, partisan d'une immigration "planifiée par le Parlement, en fonction de nos capacités d'accueil et des besoins réels de notre économie".
S'il évite le terme de "quotas", la proposition reste encore marquée à droite, et promet des débats nourris avec ses concurrents. Même si le député accompagne la mesure de propositions estampillées à gauche (lutte contre les discriminations à l'embauche, revalorisation des salaires dans les branches qui emploient des immigrés).
"Tout ou rien"
Ancien membre de l'Inspection générale des affaires sociales, sa proposition phare est de créer une sécurité sociale unique, reléguant à leur portion congrue la part des mutuelles et assurances privées. Mais il jette d'autres pavés dans la mare.
Sur le financement des retraites notamment, en prônant une "révision des taux de CSG pour les pensions les plus élevées", refusant tout "tabou" sur la désindexation partielle des retraites "selon leur niveau", et offrant d'en finir avec l'âge légal de départ pour se concentrer sur la durée de cotisation.
Mais la proposition n'est pas que technique, elle est politique, car "c'est un des éléments du compromis" avec le centre, dit-il, notant que "Gabriel Attal va sur ce terrain", même si lui veut assortir la réforme d'un nouveau "bouclier" pour prendre davantage en compte les métiers pénibles et les carrières des femmes interrompues pour des naissances.
"Jérôme Guedj a toujours eu plein d'idées à lancer, mais il s'isole", estime un député PS. "Il a des idées" mais "c'est un individualiste total", juge un autre parlementaire.
Des critiques évacuées par l'intéressé : "c'est un scoop pour personne, je ne suis pas un animal de parti, je n'ai pas de courant au PS, mais moi j'aime parler avec tout le monde".
Des caciques du PS lui prédisaient d'ailleurs bien des peines pour réunir les parrainages nécessaires pour concourir. Une première épreuve passée par le candidat, même s'il en convient : "une partie des gens dont je suis proche dans le parti ont fait le choix d'emblée de soutenir la candidature de Raphaël Glucksmann".
"Je pense qu'à la fin il soutient Glucksmann de toute façon", prédit un fauriste.
Interrogé, Jérôme Guedj ne cache pas des "convergences évidentes" avec le patron de Place publique, mais entend conjurer la promesse d'un duel final entre Olivier Faure patron du PS, et Raphaël Glucksmann.
Un exploit qui passerait par un afflux de votants venus de l'extérieur du parti, et donc par un engouement autour de la campagne et de bonnes performances lors des débats télévisés entre candidats : "ce mois ça va être l'épreuve de vérité pour les socialistes", prédit Jérôme Guedj. "Ça va être tout ou rien".
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