Invesco : "le baril pourrait remonter d'ici 12 mois vers les 80 ou 85 dollars"

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Invesco : "le baril pourrait remonter d'ici 12 mois vers les 80 ou 85 dollars"
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(Zonebourse.com) - Paul Jackson, responsable global de la recherche en allocation d'actifs chez Invesco, a fait le point hier matin sur les dynamiques observées au premier semestre 2026 et évoqué ses perspectives de marché pour la seconde partie de l'année avec la presse dans les bureaux de la société de gestion. Zonebourse en a profité pour recueillir son avis sur les tensions au Moyen-Orient et leurs répercussions sur le marché de l'énergie.

Pour Paul Jackson, "l'évolution des relations entre les Etats-Unis et l'Iran reste incertaine, d'autant que l'implication d'Israël peut à tout moment perturber un processus de paix. De plus, les négociations restent compromises par le refus de l'Iran d'abandonner son programme nucléaire. On peut supposer que Donald Trump a cherché à temporiser la situation en amont des élections de mi-mandat (midterms). C'est un dirigeant pragmatique qui refuse de rester les bras croisés, et le dossier iranien lui tient particulièrement à coeur. Il n'est donc pas exclu que la situation actuelle de baisse et de normalisation des prix se détériore en fin d'année si le conflit venait à redémarrer".

Cependant, selon lui, le scénario central actuel n'anticipe pas une hausse des prix liée à une guerre, mais plutôt à la conjoncture macroéconomique. L'économie mondiale est en phase d'expansion. Le pétrole étant une matière première industrielle et cyclique, l'accélération économique globale va naturellement stimuler la demande. Après cette phase de normalisation, le baril pourrait ainsi remonter d'ici 12 mois vers les 80 ou 85 dollars, sans pour autant atteindre les 120 USD.

S'exprimant ensuite sur la gestion stratégique des réserves de pétrole, Paul Jackson explique que "si le prix du baril a baissé aussi rapidement malgré les tensions, c'est parce que le monde développé a tiré les leçons des crises des années 1970 en constituant d'importantes réserves".

Au début de l'année, les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) disposaient en moyenne de 140 jours d'importations nettes. Le blocage du détroit d'Ormuz ayant amputé environ un quart des flux pétroliers mondiaux, ces 140 jours offraient en réalité plus d'un an de marge de manoeuvre face à cette rupture d'approvisionnement.

Cette résilience a toutefois un coût : de nombreux pays (dont les Etats-Unis et la Chine) ont puisé dans leurs stocks. Ils vont désormais devoir les reconstituer, ce qui créera une demande structurelle supplémentaire s'étalant sur plusieurs années. Pour éviter de faire flamber les cours, cette reconstruction devra s'effectuer de manière très progressive et ciblée.

En parallèle, l'offre globale est soutenue par deux facteurs :

- la sortie des Emirats arabes unis de l'OPEP , qui traduit leur volonté d'augmenter librement leurs exportations.

- la hausse de production en Amérique du Nord, les producteurs américains et canadiens ayant extrait plus de pétrole que d'habitude et souhaitant maintenir ce rythmeLa stratégie de stockage de la Chine

Pour appuyer ses propos, Paul Jackson prend l'exemple de la Chine : "depuis des années, elle constitue massivement ses réserves stratégiques. Bien qu'il ait été difficile de mesurer précisément la vitesse à laquelle ces stocks se remplissaient, la présence d'une demande supplémentaire en provenance d'Asie était évidente. Les images satellites montraient clairement le développement de nouvelles infrastructures de stockage".

Selon lui, cette anticipation a porté ses fruits : "lors de la fermeture du détroit d'Ormuz, le rôle central de la Chine en Asie est apparu au grand jour. Elle a pu approvisionner plusieurs pays de la région, non pas tant en pétrole brut qu'en produits raffinés, comme le carburant pour l'aviation (jet fuel). La Chine a patiemment bâti cette capacité d'action au cours des dernières décennies.

Cette dynamique globale va influencer le marché de deux manières :

- une hausse de la demande : portée par la stratégie continue de stockage et de raffinage de la Chine.

- une hausse de l'offre : alimentée par le retrait des Emirats arabes unis de l'OPEP, ainsi que par l'augmentation de la production de certains pays déterminés à extraire davantage.

L'impact de la politique américaine et la réaction du secteur privé

Par ailleurs, Paul Jackson rappelle devant ces journalistes également la ligne directrice de Donald Trump pendant sa campagne électorale avec son célèbre slogan : "Drill, baby, drill" (que l'on peut traduire en français par "Fore, mon pote, fore"). Cette formule politique américaine désigne une doctrine de soutien massif et sans réserve à la production nationale de pétrole et de gaz naturel.

Le président américain souhaitait une hausse massive de la production énergétique aux Etats-Unis. Pourtant, il a été confronté à la faiblesse des cours du baril, qui rendait le secteur privé réticent à investir et à produire davantage.

Cependant, la hausse ultérieure des prix a changé la donne : les entreprises privées ont relancé les investissements et anticipé une production accrue. Reste maintenant à savoir si la baisse actuelle des prix du pétrole entraînera un repli de la production américaine ou si celle-ci se maintiendra à un niveau élevé.

Vers une accélération de la transition énergétique

Pour Paul Jackson, un autre facteur va clairement orienter la demande à la baisse à plus long terme : "Avant même le blocus du détroit d'Ormuz, la communauté internationale cherchait déjà à réduire sa dépendance aux hydrocarbures pour lutter contre le dérèglement climatique. Les anomalies climatiques de cet été en Europe vont accentuer la pression politique pour accélérer ce mouvement".

"De plus, la fermeture du détroit d'Ormuz a mis en évidence la volonté de l'Iran de contrôler ce point de passage maritime stratégique. Face à cette instabilité géopolitique, le reste du monde va chercher à accélérer sa transition vers un mix énergétique qui favorise les énergies renouvelables au détriment des énergies fossiles. A long terme, la demande globale de pétrole devrait donc reculer sous l'effet de cette diversification", relève le responsable global de la recherche en allocation d'actifs.

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source : AOF

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