Indonésie: trois morts dans un incendie à Makassar, les manifestations s'étendent

Au moins trois personnes sont mortes dans l'incendie d'un bâtiment public provoqué dans les Célèbes du Sud par des manifestants au moment où un mouvement de protestation s'étend en Indonésie après la mort d'un taxi-moto écrasé par un véhicule de police.
Le président Prabowo Subianto est confronté aux manifestations les plus violentes depuis son arrivée au pouvoir en octobre. Elles ont embrasé les grandes villes du pays, après la mort du chauffeur de 21 ans, dont la vidéo, devenue virale, a beaucoup choqué.
Cet événement a mis le feu aux poudres alors que des affrontements venaient d'avoir lieu entre forces de l'ordre et la population, exaspérée par les difficultés économiques et la corruption.

Vendredi soir, les manifestations à Makassar, principale ville des Célèbes du sud, ont dégénéré. Les manifestants ont incendié un bâtiment du conseil provincial et local de la ville, lancé des pierres et des cocktails Molotov et mis le feu à des véhicules.
Trois personnes piégées par les flammes -- deux employés du conseil local et un fonctionnaire -- sont mortes, a annoncé à l'AFP Rahmat Mappatoba, secrétaire du conseil municipal de Makassar.
Au moins quatre autres ont été hospitalisées, a-t-il ajouté, accusant les manifestants d'avoir pris d'assaut ces locaux pour y mettre le feu.

Des images publiées par les médias locaux montraient des centaines de personnes applaudissant et criant alors que l'incendie faisait rage. Peu de membres des forces de sécurité étaient visibles à proximité.
Sur une vidéo, l'on pouvait entendre un homme s'écrier: "Il y a des gens à l'étage!".
À l'intérieur du bâtiment, des manifestants ont allumé plusieurs feux alors que des parties de l'immeuble s'effondraient. D'autres manifestants brisaient des vitres et scandaient "révolution".
Windiyatno, chef militaire de la région des Célèbes du Sud, a assuré samedi dans un communiqué que la situation à Makassar était "de nouveau normale".

Auparavant, de violents affrontements avaient éclaté vendredi après-midi dans plusieurs villes d'Indonésie entre policiers et manifestants qui exigent des comptes après la mort du chauffeur de taxi-moto Affan Kurniawan.
Les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes pour repousser des centaines de protestataires réunis dans la capitale Jakarta. Des milliers de chauffeurs se sont également rassemblés près du quartier général de la brigade mobile de la police à Jakarta, dispersés à coups de gaz lacrymogène.
Samedi, les manifestations se sont poursuivies dans différentes villes. Des centaines d'étudiants et conducteurs de moto-taxi ont manifesté devant le siège de la police sur l'île de Bali.
"Bali est le centre du tourisme en Indonésie, et nous voulons protester ici pour attirer l'attention internationale sur l'injustice légale, la corruption et l'impunité des crimes policiers", a déclaré à l'AFP Narendra Wicaksono, l'un des manifestants.
Dans l'île voisine de Lombok, des manifestants ont pris d'assaut et incendié le bâtiment du conseil local du chef-lieu Mataram, en dépit des gaz lacrymogènes lancés par la police.
Une manifestation a également eu lieu à Surabaya devant le siège de la police, selon un journaliste de l'AFP.
Prabowo appelle au calme
Le président Prabowo Subianto s'est rendu au domicile du moto-taxi décédé pour présenter ses condoléances vendredi, sans faire de déclaration à la presse.

Un peu plus tôt, le président avait ordonné que les circonstances de la mort du jeune chauffeur soient éclaircies de façon "transparente", exprimant "ses plus sincères condoléances" au nom du gouvernement et appelant au calme.
Sept agents ont été arrêtés après la mort du chauffeur.
Le chef de la police nationale, Listyo Sigit Prabowo, a déclaré samedi que les officiers feraient face à un procès sur l'éthique de leur profession qui pourrait durer une semaine.
"S'ils sont coupables, il y a une possibilité pour nous de traiter l'affaire comme un crime", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse.
Des affrontements entre manifestants et policiers avaient déjà éclaté jeudi à propos de revendications salariales et des avantages considérés comme excessifs dont bénéficient les députés, notamment leur allocation mensuelle de logement. Cette dernière s'élève à 50 millions de roupies (3.034 dollars américains), près de 10 fois le salaire minimum à Jakarta.

Les manifestations se sont étendues à d'autres grandes villes d'Indonésie, dont Surabaya, dans l'est de Java, et Medan, dans la province de Sumatra (ouest), alors que le mécontentement de la population grandit face à la gestion de l'économie par le gouvernement.
Certaines des décisions du président, notamment les coupes budgétaires généralisées annoncées cette année pour financer notamment son programme phare de repas gratuits pour les écoliers et un nouveau fonds souverain, ont été particulièrement mal perçues.
Le président a l'ambition de transformer la plus grande économie d'Asie du Sud-Est en une puissance mondiale majeure.
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