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Le Pérou élit un nouveau président par intérim à deux mois de la présidentielle

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Des manifestants scandent des slogans après avoir appris que le Congrès péruvien avait destitué le président par intérim José Jeri, à Lima, le 17 février 2026
Des manifestants scandent des slogans après avoir appris que le Congrès péruvien avait destitué le président par intérim José Jeri, à Lima, le 17 février 2026 ( ERNESTO BENAVIDES / AFP )

Le Pérou élit mercredi un nouveau président, le huitième en dix ans, au lendemain de la destitution éclair de José Jeri visé par deux enquêtes pour trafic d'influence présumé, dans un contexte d'instabilité politique chronique.

Dans les rues de Lima, désillusion et amertume dominent avant le vote prévu à partir de 18H00 (23H00 GMT), qui doit mettre fin à une vacance du pouvoir de plus de 24 heures, une situation inédite dans l'histoire récente du pays andin.

Le nouveau président dirigera le pays jusqu'à l'entrée en fonctions du prochain chef de l'Etat le 28 juillet, après les élections présidentielle et législatives d'avril.

"Nous sommes là, sans boussole", se désole Jorge Becerra, un ingénieur civil de 63 ans interrogé par l'AFP dans le quartier touristique de Miraflores, à Lima. "Il y a trop d'instabilité, aucune planification, aucune stratégie", regrette-t-il.

Non loin, Esther Tordoya, une dessinatrice d'intérieur de 48 ans, qualifie cette nouvelle crise politique de "farce (...) je me sens indignée d'être la risée de la région". "Pendant que leur cirque continue, nous on continue de travailler", ajoute-t-elle, assise sur un muret face à l'université où son fils passe un examen d'admission.

Les parlementaires éliront le nouveau président du Parlement, lequel automatiquement deviendra chef de l'Etat par intérim, comme cela s'était produit pour José Jeri après la destitution de Dina Boluarte en octobre, à la suite d'une vague de manifestations contre la flambée de l'insécurité dans le pays.

Quatre parlementaires sont candidats, parmi lesquels Maria del Carmen Alva, ancienne présidente du Parlement en 2021 et porte-parole du parti centriste Accion Popular. Elle apparaît comme l'une des principales prétendantes.

L'ancien président par intérim de droite a été destitué lors d'un vote du Parlement par 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions, bien au-delà du seuil requis de 58 voix.

Cette destitution illustre une instabilité institutionnelle chronique depuis 2016, caractérisée par un Parlement dominant face à un exécutif fragilisé. Sur les sept derniers présidents péruviens, quatre ont été destitués par le Parlement et deux ont démissionné avant de subir le même sort. Un seul a mené à terme son mandat intérimaire.

Enquêtes judiciaires

Le président par intérim José Jeri sort du Palais du gouvernement à Lima, Pérou, le 17 février 2026
Le président par intérim José Jeri sort du Palais du gouvernement à Lima, Pérou, le 17 février 2026 ( Connie FRANCE / AFP )

José Jeri était visé par plusieurs demandes de destitution déposées par la minorité de gauche et un bloc de partis de droite, qui l'accusaient d'"inconduite" et de "manque d'aptitude" à exercer ses fonctions.

Le parquet a ouvert depuis janvier deux enquêtes préliminaires pour "trafic d'influence" contre l'ancien président par intérim de 39 ans, des procédures qui ont contribué à précipiter sa chute.

La première concerne une rencontre secrète avec un homme d'affaires chinois lié à des contrats avec l'Etat, lors de laquelle il avait été filmé entrant, une capuche sur la tête, dans un restaurant. La seconde porte sur son intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement.

"Je n'ai commis aucun délit. J'ai toute la légitimité morale nécessaire pour exercer la présidence de la République", s'était défendu dimanche M. Jeri dans un entretien télévisé.

La sortie de José Jeri "a été provoquée par le constat qu'il était un homme politique dépourvu de l'envergure et de la force nécessaires pour agir en véritable homme d'Etat", estime auprès de l'AFP le constitutionnaliste Anibal Quiroga.

Rafael Lopez Aliaga fait le signe de la victoire après avoir annoncé sa démission du poste de maire de Lima pour se présenter à la présidence du Pérou, le 13 octobre 2025 à la mairie de Lima
Rafael Lopez Aliaga fait le signe de la victoire après avoir annoncé sa démission du poste de maire de Lima pour se présenter à la présidence du Pérou, le 13 octobre 2025 à la mairie de Lima ( CONNIE FRANCE / AFP/Archives )

Pour le politologue Fernando Tuesta, de l'Université catholique pontificale du Pérou (PUCP), "personne ne bénéficie directement" de cette crise dans la campagne électorale, "même si les partis qui ont soutenu José Jeri "pourraient en payer le prix".

En tête des sondages, le candidat de Renovacion Popular Rafael Lopez Aliaga avait appelé à la démission de José Jeri, affirmant que celui-ci était "l'opérateur de dizaines de groupes chinois" au palais présidentiel.

Le scrutin du 12 avril, avec un nombre record de plus de 30 candidats à la magistrature suprême, marquera aussi le retour à un Parlement bicaméral.

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