Votre navigateur (${ userBrowser.name + ' ' + userBrowser.version }) est obsolète. Pour améliorer la sécurité et la navigation sur notre site, prenez le temps de mettre à jour votre navigateur.      

En Croatie, la douloureuse arrivée des travailleurs venus d'Asie

| AFP | 343 | Aucun vote sur cette news
Un livreur étranger à Zagreb, le 3 février 2026 en Croatie
Un livreur étranger à Zagreb, le 3 février 2026 en Croatie ( MARKO PERKOV / AFP )

Quand D.D. a quitté l'Inde pour la Croatie l'an dernier, il se doutait que son travail de livreur à domicile serait dur, les journées longues et le salaire modeste. Mais il ne s'attendait pas à se faire cracher dessus dans la rue.

Deux fois en moins d'un an, cet Indien de 27 ans qui préfère taire son nom a été agressé par des groupes de jeunes pendant qu'il travaillait. On lui a craché dessus, on lui a crié "rentre dans ton pays" et on a essayé de voler son sac de livraison.

Une expérience en passe de devenir tristement banale dans un pays qui a accueilli plusieurs dizaines de milliers de travailleurs étrangers et où les attaques racistes augmentent.

Alors que la Croatie lutte contre une pénurie croissante de main-d'oeuvre, en particulier dans le tourisme, secteur clef de l'économie, les experts avertissent que le pays laisse isolés et vulnérables les travailleur étrangers, dont il a désespérément besoin.

"Nous ne volons pas d'emploi. Je suis simplement venu travailler et vivre en paix", explique D.D. à l'AFP à Zagreb, où il réside.

Exode massif

En dix ans, la Croatie a vu toute une partie de sa population partir travailler dans des pays plus riches et sa natalité plonger : le pays de 3,8 millions d'habitants aujourd'hui en aurait perdu 400.000 au cours de la dernière décennie, selon la Banque mondiale.

Pour faire face à la pénurie croissante de main-d'œuvre, la Croatie a de plus en plus fait appel à des travailleurs venus d'Asie, avec un pic depuis son entrée dans l'espace Schengen en 2023.

De travailleurs étrangers le long des voies ferrées à Zagreb, le 3 février 2026 en Croatie
De travailleurs étrangers le long des voies ferrées à Zagreb, le 3 février 2026 en Croatie ( MARKO PERKOV / AFP )

En 2025, sur 170.000 permis de travail délivrés, 40% l'ont été à des Népalais, des Philippins et des Indiens travaillant principalement dans les secteurs du tourisme, de la restauration et de la construction.

Une grande majorité d'entre eux arrivent en Croatie sans parler la langue et sans connaître personne, dans une société très conservatrice qui n'a quasiment jamais connu de vague d'immigration extra-européenne et dont plus de 90% des habitants sont d'origine croate, et environ 80% se déclarent catholiques romains.

Après deux agressions, D.D. s'en est sorti physiquement indemne. Mais pour d'autres, les agressions mènent à l'hôpital. Sur les groupes WhatsApp utilisés par ses collègues livreurs, beaucoup partagent leurs histoires d'agressions presque hebdomadaires, de mâchoires fracturées et de côtes cassées.

Bien que les données nationales sur la criminalité ne détaillent pas la nature des crimes dont ils ont été victimes, le nombre d'agressions contre des ressortissants népalais, indiens, philippins ou bangladais a fortement augmenté en 2024.

Et, souligne l'entreprise de livraison de repas Wolt, qui emploie de nombreux travailleurs étrangers, beaucoup d'agressions contre ses livreurs ne sont pas signalées à la police.

"De l'extorsion pure"

La plupart des travailleurs étrangers arrivent par le biais d'agences privées ou d'employeurs qui offrent généralement peu de soutien, soulignent les syndicats.

Un travailleur étranger balaie une rue à Zagreb, le 3 février 2026 en Croatie
Un travailleur étranger balaie une rue à Zagreb, le 3 février 2026 en Croatie ( MARKO PERKOV / AFP )

Certains employeurs proposent également des logements - surpeuplés, dangereux et hors de prix, a expliqué récemment à la télévision Kresimir Zovak du syndicat Novi Sindikat, et dont les loyers finissent par "grignoter la plus grande partie de leurs salaires déjà maigres".

Hasan, un livreur indien qui préfère ne pas donner son nom de famille par crainte de perdre son emploi, explique qu'on lui facturait 270 euros par mois pour une chambre partagée avec cinq autres hommes.

S'il violait les règles imposées par son employeur - comme l'interdiction d'avoir de la visite - ce dernier lui faisait payer des amendes. "De l'extorsion pure", ajoute ce jeune homme de 26 ans, qui devait travailler douze heures par jour, sept jours sur sept.

"Au fond, vous êtes leurs esclaves."

À mesure que le nombre de migrants augmente, la société croate semble se refermer. Selon une enquête de l'Institut de recherche sur les migrations (IMR), plus de 60% des Croates sont mécontents de la présence de travailleurs étrangers, contre 46 % un an plus tôt. Moins de 1% seraient d'accord pour qu'un étranger fasse partie de leur famille.

Un livreur étranger à vélo dans une rue de Zagreb, le 3 février 2026 en Croatie
Un livreur étranger à vélo dans une rue de Zagreb, le 3 février 2026 en Croatie ( MARKO PERKOV / AFP )

Criminalité, impact sur les salaires, sur l'emploi, différences culturelles… figurent parmi les principales peurs des personnes interrogées.

Certains politiciens de droite font campagne sur ces peurs, évoquant un "remplacement de population" - expression utilisée par l'extrême droite anti-immigration.

Le gouvernement conservateur, qui a condamné les violences contre les travailleurs étrangers, a récemment pris des mesures pour améliorer leur protection; et exigé des tests linguistiques pour les travailleurs amenés à rester longtemps en Croatie.

Pour D.D., si la plupart des Croates sont "généralement sympathiques", il a du mal à s'intégrer sans parler la langue. Hasan, lui, a quitté l'employeur qui l'exploitait et a trouvé un nouveau travail.

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 15/02/2026

L'ancien président américain Barack Obama et son épouse Michelle Obama, sur la scène de la convention nationale démocrate à Chicago, le 20 août 2024 dans l'Illinois ( ANDREW…

Publié le 11/02/2026

Spectacle de Bad Bunny pendant la mi-temps du Super Bowl, le 8 février 2026 à Santa Clara, en Californie ( JOSH EDELSON / AFP )La 60e édition du Super Bowl, animée à la mi-temps par Bad…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 16/02/2026

Le CAC 40 a touché un nouveau sommet, mais la suite s'annonce-t-elle aussi radieuse ? 🧭Retrouvez l’analyse de Romain Daubry (Bourse Direct) en direct sur BFM Business.Dans un marché européen…

Publié le 16/02/2026

Sur le plan statistique : Wall Street fermée en raison d’un jour férié (President’s day) Japon : PIB du 4ème trimestre 2025 (+0,4% attendu après -0,6) Zone euro :…

Publié le 16/02/2026

Votre rendez-vous quotidien avec les petites et moyennes capitalisations ! Chaque jour, retrouvez l’analyse d’Eric Lewin sur les valeurs Small & Mid Caps du moment qui font l’actualité.

Publié le 16/02/2026

(Zonebourse.com) - Le parquet de Paris a ouvert une enquête visant cinq fabricants de laits infantiles, dont Nestlé, Danone et Lactalis, à la suite de rappels massifs liés à la présence…

Publié le 16/02/2026

(Zonebourse.com) - La séance de lundi s'annonçait plutôt terne et ennuyeuse sur le FOREX, mais c'est là que les échanges furent les plus volatils au fil des heures, avec un "$-Index" qui a repris…