Au congrès des départements, Lecornu a les oreilles qui sifflent
A Reims, Sébastien Lecornu a les oreilles qui sifflent. Très remontés contre le budget, les départements réunis vendredi en congrès vivent son absence comme "un mépris" et ont réservé un accueil chahuté à la ministre de la Décentralisation.
Arrivés ulcérés par le projet de budget 2027, ils sont repartis tout aussi mécontents. Avec un petit effet de scène. Une grande partie de la salle a émis quelques huées puis s'est exfiltrée dans le hall pour chanter une Marseillaise à l'arrivée de la ministre, Françoise Gatel, à la tribune.
Car les départements auraient préféré voir le chef du gouvernement en personne venir "s'expliquer" sur les mesures budgétaires de plus de 1,2 milliard d'euros qui vont les toucher, sur les 5,4 milliards de coupes dans le budget des collectivités.
Coincés entre la baisse de recette des transactions immobilières et l'explosion des aides sociales, les départements sont à la peine depuis plusieurs années.
Réclamant sa venue jeudi, François Sauvadet (UDI) n'a pas goûté sa réponse, un courrier envoyé quelques heures plus tard les conviant à Matignon mi-novembre. "J'aurais aimé un petit coup de fil", a-t-il lancé, au lieu d'une "missive", la deuxième qu'ils reçoivent depuis cet été et qui ne les satisfait pas.
"Est-ce que c'est engager un dialogue responsable et respectueux ?", a encore critiqué le président de la Côte d'Or. Cela va même "exacerber les tensions", a-t-il lancé, sous les yeux de Xavier Bertrand (LR), président de la région Hauts-de-France, venu en voisin.
"Trahi par ses amis"
"Que nous vaut le dédaigneux mépris du gouvernement?", a renchéri pour la gauche départementale, le président PS de la Gironde, Jean-Luc Gleize. "On n'est jamais trahi que par ses amis", a lancé Nicolas Lacroix (LR) représentant les départements de droite et du centre.
"Le gouvernement d'un Etat en faillite met en faillite les départements !", a fustigé Jean-Léonce Dupont (UDI), ancien sénateur et responsable des finances à l'association Départements de France, portant sa "colère glacée" en bandoulière.
Francoise Gatel a défendu le chef du gouvernement. "Je ne peux pas laisser dire que le Premier ministre (Sébastien Lecornu) n'aurait pas osé venir aujourd'hui", a-t-elle lancé. Il est en effet de tradition qu'il se rende à ce congrès. L'an dernier, M. Lecornu, ancien président de l'Eure, était venu leur annoncer un fonds de sauvegarde de 600 millions d'euros.
"Il vous connaît, il est courageux, il est responsable", a-t-elle poursuivi. "Il est le capitaine d'un bateau profondément secoué", a-t-elle décrit alors que le gouvernement est en proie à une crise d'ampleur des lycéens.
A l'interpellation du président du Calvados Jean-Léonce Dupont, qui avait cité à son adresse "un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule", Mme Gatel a rétorqué : "Je suis ministre pour servir, je ne démissionne pas et je ne ferme pas ma gueule, cher Jean-Léonce".
Dans cette ambiance houleuse, la petite assistance restée dans la salle a entendu la ministre leur annoncer faire passer de 300 à 400 millions d'euros la part de CSG qui pourra leur être affectée.
Quant à la bienveillance à leur égard de Gérard Larcher, président LR du Sénat, venu leur dire la veille qu'il serait attentif au sort des départements, elle ne les a pas apaisés non plus.
Pour Olivier Richefous, président de la Mayenne (UDI), si le débat parlementaire échoue et le budget se termine par des ordonnances, "ce sera la version initiale" qui prévaudra, soit une potion amère pour les collectivités.
"On va faire des kilomètres de routes en moins, des travaux en moins dans les collèges et moins de soutiens aux clubs sportifs", prédit-il, interrogé par l'AFP, avec à la clé "une baisse de 10 à 15 % de l'investissement local".
Se rendront-ils mi-novembre à Matignon ? "Je vous le dirai le moment venu", a répondu à la presse à l'issue du Congrès Mme Sauvadet.
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