"Burn-out": un rapport sur la souffrance psychique au travail capote au Sénat
Une mission sénatoriale sur la souffrance psychique au travail a été enterrée ces derniers jours au Sénat faute de consensus autour de ses conclusions, l'auteure du rapport dénonçant, vendredi, l'attitude de la droite, responsable selon elle de cet échec.
"La droite sénatoriale s'est enfermée dans une idéologie en rejetant en bloc un rapport pourtant équilibré, au motif qu'il fragiliserait les entreprises. Je le déplore", a dénoncé auprès de l'AFP la sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon Annick Girardin, membre du groupe du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) au Sénat.
Cette élue centriste (Parti radical) et ancienne ministre avait été désignée rapporteure d'une mission d'information sur la "souffrance psychique au travail", chargée de faire des recommandations pour lutter contre ce phénomène en forte augmentation, pouvant mener au burn-out en entreprise.
Mais après plusieurs mois de travaux, le rapport de la sénatrice a été rejeté à l'initiative de la droite et des centristes, majoritaires au Sénat. Ce document ne pourra donc pas être publié, une situation assez rare à la chambre haute.
Le RDSE, à l'origine de cette mission d'information, a regretté dans un communiqué la "mise à l'écart" d'un rapport "essentiel à la prévention en matière de santé publique".
Selon le RDSE, le projet de rapport proposait notamment de confier à une conférence d'experts le soin "d'élaborer une définition harmonisée de l'épuisement professionnel", d'ajouter "l'écoute des travailleurs" aux principes de prévention fixés par le code du travail, ou encore de "renforcer l'accompagnement des employeurs" via des actions de prévention.
Plusieurs sources parlementaires ont expliqué qu'un désaccord important avait notamment émergé au Sénat sur l'hypothèse d'intégrer la souffrance psychique au travail au tableau des maladies professionnelles.
"Pour aller dans ce sens, il faudrait une définition juridique solide et des critères clairs. Les personnes en état d'épuisement professionnel sont déjà prises en compte" dans le droit existant, a affirmé à l'AFP la sénatrice Les Républicains Pascale Gruny, justifiant l'opposition de son groupe en raison des "préconisations très orientées" de la rapporteure et de travaux laissant "peu de place aux employeurs".
Auditionné ces derniers jours par la mission d'information, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou s'était aussi montré prudent sur la question des maladies professionnelles. "Il n'y a pas de consensus sur ce sujet-là (…) les organisations patronales, vous l'avez bien senti, ne sont pas très favorables à l'évolution de ce sens-là donc cette condition du consensus n'est pas réunie", avait-il reconnu.
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