Cinq ans d'inéligibilité requis contre le maire de Valenciennes, délibéré en avril
"Une exécution politique" ou des réquisitions "parfaitement logiques": cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire ont été requis vendredi à l'encontre du maire de Valenciennes Laurent Degallaix, dans un procès rocambolesque pour "prise illégale d'intérêts" et "subornation de témoin", dont le délibéré sera rendu après les municipales.
Ces réquisitions interviennent en pleine campagne pour les élections des 15 et 22 mars, auxquelles M. Degallaix (Horizons) a annoncé sa candidature samedi dernier. Mais la décision, mise en délibéré, doit être rendue le 30 avril.
Me Philippe Simoneau, l'un des avocats de l'édile, a dénoncé des réquisitions "totalement disproportionnées", évoquant une "exécution politique". Si l'exécution provisoire était prononcée, M. Degallaix devrait quitter tout mandat en cours.
Il a néanmoins estimé auprès des journalistes que le tribunal avait "écouté" la défense, qui proposait que le délibéré soit rendu après les élections, permettant au maire de faire campagne. Il a espéré un jugement qui éviterait des "conséquences" politiques en cas de réelection.
Le parquet a également demandé une peine d'emprisonnement d'un an avec détention à domicile sous surveillance électronique et une amende de 25.000 euros.
Le procureur a souligné la "gravité des manquements", qui ont "porté atteinte à l'image des fonctions électives" ainsi que la "réitération" des faits, M. Degallaix ayant déjà été condamné pour ce type d'infraction.
L'image que renvoie M. Degallaix à Valenciennes, "c'est le dieu qui décide tout", a-t-il estimé.
La défense avait plaidé la relaxe.
Me Loïc Ruol, également conseil de M. Degallaix, a déploré "une immixion dans le processus électoral et démocratique".
Le maire a rappelé vendredi vouloir "repartir sur un mandat" où il compte être "moins omniprésent" au sein de la commune, mais n'a pas souhaité s'exprimer après les réquisitions.
L'avocat des parties civiles Me Joseph Breham a estimé que les réquisitions étaient "parfaitement logiques", ajoutant que l'idée d'une prétendue "manipulation politique par la justice" était utilisée "à chaque fois qu'un homme ou une femme politique est mis en cause".
M. Degallaix, 60 ans, maire de Valenciennes (44.000 habitants) depuis 2012, a été réélu dès le premier tour des municipales en 2020.
Il est soupçonné d'avoir fait pression pour faire embaucher une femme avec qui il avait une relation intime dans une société en charge du stationnement dans la commune puis d'avoir tenté de la convaincre d'abandonner une plainte qu'elle avait déposée contre lui.
Il est également accusé d'avoir, en utilisant son statut de maire, accéléré le licenciement d'une autre femme, proche d'opposants politiques.
"dialogue des sourds"
Ce dossier est "l'incarnation de la corruption totale du système des valeurs", a plaidé Me Breham, déplorant un "dialogue de sourds" à l'audience.
M. Degallaix a assuré qu'il ne "compren(ait) pas ce qu'il faisait là" et, de son côté, la plaignante est restée mutique face aux questions de la défense.
Le procès, qui devait se tenir en une journée jeudi, a été prolongé au dernier moment après que la défense a tenté, des heures durant et en vain, d'obtenir un report.
Les avocats du maire ont déposé une plainte à l'encontre de la femme qui l'accuse, notamment pour recel provenant de prise illégale d'intérêts, menaces et faux et usages de faux.
Absente du tribunal vendredi, la plaignante a raconté jeudi après-midi qu'elle avait vu l'édile de 24 ans son aîné "comme une aide". Ils s'étaient rapprochés après le décès de son frère, pompier dans la commune.
M. Degallaix a reconnu avoir eu une "relation épisodique" avec elle mais a martelé n'être "jamais" intervenu pour favoriser son embauche, ni pour l'empêcher de porter plainte.
Il avait déjà été condamné à une amende de 25.000 euros en 2019 pour prise illégale d'intérêts dans une affaire distincte.
Des peines de six mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité ont été requises à l'encontre de deux autres hommes accusés d'avoir contribué à des pressions sur la plaignante pour qu'elle ne porte pas plainte.
Le procureur a demandé six mois de prison avec sursis, une amende de 3.000 euros et une inéligibilité de deux ans à l'encontre d'un dernier prévenu, ex-président de la société de stationnement.
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