Le Gabon coupe plusieurs réseaux sociaux, accusés de "déstabiliser les institutions"
Les autorités gabonaises ont fait couper mercredi plusieurs réseaux sociaux, dont Facebook et TikTok, quelques heures après avoir annoncé leur suspension "jusqu'à nouvel ordre", au motif qu'ils seraient susceptibles d'"engendrer des conflits sociaux" et de "déstabiliser les institutions".
Cette mesure intervient alors que Brice Oligui Nguema, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 2023 et élu président l'an dernier, est confronté depuis plus d'un mois à une grève des enseignants qui se poursuit par endroits, première vague de contestation sociale de son mandat.
Facebook et TikTok, les réseaux sociaux les plus utilisés au Gabon, ainsi que Youtube et Instagram étaient coupés mercredi en fin de journée, ont constaté des journalistes de l'AFP, tandis que Whatsapp fonctionne par intermittence et différemment selon les opérateurs
"Les données montrent que plusieurs plateformes en ligne sont désormais restreintes au Gabon", a confirmé l'organisation de surveillance du réseau internet NetBlocks sur X.
Dans un communiqué mardi soir annonçant la suspension de réseaux sociaux, la Haute autorité de la communication (HAC) a évoqué entre autres la diffusion "récurrente" de propos "portant atteinte à la dignité humaine, aux bonnes mœurs, à l'honneur des citoyens, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale".
Les autorités n'ont toutefois pas mentionné d'évènements précis pour justifier leur décision.
"Dérive liberticide"
La HAC s'est inquiétée dans son communiqué de "la propagation de fausses informations", du "cyberharcèlement", ou encore de "la divulgation non autorisée de données personnelles", "déplorant" également "l'indifférence" des plateformes et "l'absence d'une véritable volonté de modération des contenus illicites".
"Ces agissements sont susceptibles dans le cas du Gabon d'engendrer des conflits sociaux, de déstabiliser les institutions de la République et de mettre gravement en péril l'unité nationale, les avancées et les acquis démocratiques", a affirmé son porte-parole Jean-Claude Mendome.
"C'est une décision complètement incompréhensible parce qu'elle viole la Constitution, les droits des citoyens, la liberté d'expression et qui ne repose sur rien. (...) c'est disproportionné, c'est un abus que nous condamnons totalement", a dénoncé l'ancien Premier ministre et principale figure de l'opposition au Gabon, Alain-Claude Bilie-By-Nze, interrogé par l'AFP.
"Nous appelons l'ensemble des forces démocratiques, des organisations citoyennes, des acteurs économiques et tous les Gabonais attachés à la liberté à se mobiliser pour faire barrage à cette dérive liberticide", avait-il déjà déclaré dans un communiqué publié sur Facebook après l'annonce de la HAC.
L'ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé dans un communiqué transmis mercredi à l'AFP "une inquiétante décision" qui "restreint, de manière abusive et non-proportionnée, l'accès à l’information et entrave le travail des journalistes qui utilisent les réseaux sociaux pour informer et diffuser leurs contenus de manière indépendante".
"Outil primordial"
"L'économie aussi prend un coup, parce qu'il y a des gens qui travaillent avec ça", observe Lessa Juste, informaticien interrogé par l'AFP, pour qui les réseaux sociaux sont "un outil primordial".
"Je ne peux même plus travailler", déplore ainsi le créateur de contenu gabonais Mister Wils qui comptabilise près de 100.000 abonnés sur TikTok.
Outre l'éducation, des mouvements de contestation avaient émergé en janvier dans d'autres secteurs publics, tels que la santé, l'enseignement supérieur ou l'audiovisuel, avec des revendications similaires, portant sur la rémunération et les conditions de travail dégradées. Le gouvernement avait alors mené des négociations dans les différents secteurs.
La dernière grève des enseignants dans ce pays d'Afrique centrale de 2,5 millions d'habitants avait eu lieu en 2022, à la fin de l'ère Ali Bongo, renversé par le coup d'Etat du général Oligui Nguema en août 2023.
A son arrivée au pouvoir, le militaire avait annoncé quelques avancées pour les enseignants, permettant une trêve sociale pendant les deux ans de la transition qu'il a menée jusqu'à la présidentielle d'avril 2025.
Elu président avec 94,75% des voix en avril 2025, Brice Oligui Nguema, qui promettait de "redresser le pays" et de "mieux vivre" au Gabon, jouissait alors d'une forte popularité.
■
Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote