Au Bangladesh, dernier jour de campagne et de ferveur avant les législatives de jeudi
Dernières poignées de main, ultimes réunions publiques et harangues finales: les partis concluent lundi leur campagne pour les élections législatives du 12 février au Bangladesh, les premières depuis la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina à l'été 2024.
Plus de 127 millions d'électeurs sont appelés jeudi aux urnes pour élire les 350 membres du Parlement, au terme d'une transition d'un an et demi agitée par les difficultés économiques et les tensions politiques.
Le parti de Mme Hasina déclaré hors-la-loi, ses deux principaux rivaux, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et les islamistes du Jamaat-e-Islami, font figure de grands favoris du scrutin.
Le chef du BNP Tarique Rahman a entamé son marathon dès la matinée en s'adressant dans la capitale Dacca à des milliers de partisans agitant des drapeaux frappés d'une gerbe de riz, le symbole du parti.
"Seul le BNP a établi un plan pour diriger le pays et a l'expérience pour le faire", a-t-il lancé, micro en main, du haut de son estrade, encadré d'une escouade de policiers d'élite en armes. "Aucun autre parti ne peut en dire autant", a-t-il insisté sous les hourras.
Fils de l'ex-Première ministre Khaleda Zia, Tarique Rahman, 60 ans, a quitté prestement son exil britannique - il vivait à Londres depuis 17 ans - à sa mort le mois dernier pour reprendre le flambeau de la dynastie politique familiale, et la tête du BNP.
Lors de sa dernière prestation télévisée, le fils de l'ex-Première ministre a joué sur la corde de l'héritage.
"Ma mère n'a pas pu voir notre victoire finale", a-t-il dit, "votez pour que nous puissions perpétuer les idéaux de Ziaur Rahman (son grand-père et figure de l'indépendance du Bangladesh) et Khaleda Zia".
"Rétablir la justice"
Depuis son retour au pays, ses réunions publiques ont attiré de nombreux électeurs traditionnels du BNP. "Je suis là pour le soutenir", a indiqué Aklima Razzak, une jeune femme de 25 ans, "et toute ma famille le soutient aussi".
Même ferveur, même sonorisation assourdissante et même joyeuse cohue quelques heures plus tard lorsqu'est apparu le chef du Jamaat-e-Islami, Shafiqur Rahman, au milieu d'une foule qui a serpenté pendant de longues heures dans les rues de la capitale.
Longue barbe blanche débordant sur son qamis de même couleur, Shafiqur Rahman, 67 ans, a connu la prison sous le règne autocratique de Sheikh Hasina (2009-2024) et espère profiter du retour en force de son parti sur la scène politique bangladaise.
En cas de victoire, il espère prendre la tête du premier gouvernement islamiste de l'histoire du pays.
"C'est la première fois que je vote, et je vais voter Jamaat", a lancé Ashikuzzaman Shaon, un étudiant de 21 ans. "Je pense que si le Jamaat arrive au pouvoir, l'extorsion et la violence vont reculer. Ils vont rétablir la justice", a-t-il poursuivi, enthousiaste.
Dans son programme, le Dr Rahman - il est médecin de formation - a repris le flambeau des manifestants de 2024 et promis de développer l'emploi, notamment pour les jeunes, et d'éradiquer la corruption.
Pour clore sa campagne, il n'a pas résisté à une pique contre son principal adversaire et chef du BNP Tarique Rahman. "Nous voulons construire un pays qui réunit tout le monde", a-t-il dit à la télévision nationale, "un pays que personne ne pourra diriger juste à cause de son passé familial".
Proche de la confrérie des Frères musulmans, le Jamaat-e-Islami a pris la tête d'une coalition qui inclut le nouveau Parti national des citoyens (NCP), fondé par une des figures de la contestation, Nahid Islam.
De son exil indien, Sheikh Hasina n'a donné aucune consigne de vote aux électeurs de son parti, la Ligue Awami, qui détenait l'écrasante majorité des sièges dans le Parlement dissous à sa chute.
Leur participation et leur choix constituent l'une des principales inconnues du scrutin de jeudi.
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