Législatives au Japon: la Première ministre redonne une large majorité à son parti
Le parti de la Première ministre ultra-conservatrice Sanae Takaichi, tenante d'une ligne dure sur l'immigration, devait reconquérir une large majorité à la chambre basse du Parlement après les élections législatives de dimanche, selon les premières estimations des médias japonais.
Surfant sur un état de grâce moins de quatre mois après les débuts de Mme Takaichi, première femme à diriger le Japon, le Parti libéral-démocrate (PLD) et son allié étaient même en passe de décrocher une majorité des deux tiers dans l'assemblée.
Il s'agirait, si ces projections se confirment, du meilleur résultat depuis 2017 pour le PLD, alors dirigé par Shinzo Abe, le mentor en politique de Mme Takaichi, assassiné en 2022.
Le parti serait en mesure de remporter à lui seul plus de 300 des 465 sièges de la chambre basse - contre 198 jusque-là -, et de retrouver la majorité absolue qu'il avait perdue en 2024.
"Nous avons reçu le soutien des électeurs aux politiques budgétaires responsables et proactives de la Première ministre Sanae Takaichi ainsi qu'au renforcement des capacités de défense nationale", a déclaré le secrétaire général du PLD, Shunichi Suzuki, devant les médias après l'annonce des premiers chiffres.
Les résultats officiels ne devraient être connus que lundi dans la journée.
La nouvelle Alliance réformiste centriste, réunissant le principal parti d’opposition, le Parti démocrate constitutionnel (CDP), et l’ancien partenaire du PLD, Komeito, pourrait de son côté perdre plus de deux tiers de ses sièges actuels.
Quant au parti anti-immigration Sanseito, il pourrait détenir entre 5 et 14 sièges, contre deux actuellement, a indiqué la NHK.
Mme Takaichi, 64 ans, a redonné un nouvel élan au PLD, au pouvoir quasiment sans interruption depuis des décennies mais qui avait perdu les faveurs des électeurs en raison de la colère face à l'inflation et à un scandale de "caisses noires".
La dirigeante nationaliste a promis au cours d'un meeting samedi à Tokyo de rendre son pays "plus prospère et plus sûr".
Cette grande admiratrice de Margaret Thatcher s'est engagée à "pousser le bouton de la croissance". Quant à l'immigration, les critères "sont déjà devenus un peu plus stricts, afin que les terroristes, mais aussi les espions industriels, ne puissent pas entrer facilement", a-t-elle lancé.
Populaire auprès des jeunes
Le 19 janvier, la Première ministre avait annoncé la dissolution de la chambre basse du Parlement, déclenchant une campagne-éclair historique de 16 jours.
Créditée d'une très bonne cote de popularité, elle en avait même fait une affaire personnelle, interpellant les électeurs: "Takaichi est-elle apte à être Première ministre ? J'ai voulu laisser le peuple souverain décider".
Très populaire notamment auprès des jeunes, Mme Takaichi est même devenue un phénomène sur les réseaux sociaux.
"Avec la hausse des prix, ce qui compte le plus pour moi, c'est de savoir quelles politiques seront adoptées pour lutter contre l'inflation. Les prix de quasiment tout augmentent, mais (...) notre revenu disponible se réduit", avait affirmé Chika Sakamoto, une Japonaise de 50 ans interrogée par l'AFP à la sortie d'un bureau de vote.
Les premières mesures économiques de Mme Takaichi, dont un plan de relance de 135 milliards de dollars, ont pourtant inquiété les investisseurs.
La cheffe du gouvernement a promis d'exempter les produits alimentaires de la taxe à la consommation de 8% afin d'atténuer l'impact de l'inflation sur les ménages.
Mme Takaichi a aussi semé le trouble il y a une semaine en vantant les avantages d'un yen faible, alors même que son ministre des Finances a répété que Tokyo interviendrait pour soutenir la devise.
Tensions avec Pékin
Le scrutin était également observé de près à Pékin alors que les tensions sino-japonaises ont pris une nouvelle ampleur depuis que Sanae Takaichi a laissé entendre en novembre dernier que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d'attaque contre Taïwan, dont Pékin revendique la souveraineté.
Le fait que Mme Takaichi ait refusé de retirer ses déclarations "a contribué à accroître sa popularité", a déclaré à l'AFP Margarita Estévez-Abe, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Syracuse.
Mais alors que la dirigeante ne doit plus affronter d'élections avant 2028, "le meilleur scénario pour le Japon serait (qu'elle) prenne une grande respiration et se concentre sur l'amélioration de la relation avec la Chine".
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