A Orange, fief de l'extrême droite, des municipales de père en fils... en père
À Orange, l'ex-édile et cofondateur du Front national Jacques Bompard repart en campagne à 82 ans, motivé par l'inéligibilité de son fils Yann, maire sortant, et requinqué par la levée surprise de la sienne.
Une candidature qui divise dans ce bastion de l'extrême droite du Vaucluse, ouvrant une brèche inespérée à ses adversaires.
"Je remplace Yann qui a été condamné injustement", explique Jacques Bompard, attablé à une brasserie avec son fils, propulsé directeur de campagne.
En vingt-quatre heures, les deux hommes ont vu leurs sorts judiciaires et ambitions politiques s'inverser.
Le 26 janvier, Yann Bompard, 39 ans, est condamné à cinq ans d'inéligibilité pour avoir occupé un emploi fictif de collaborateur parlementaire, l'écartant de la course aux municipales de mars.
Le lendemain, Jacques Bompard redevenait éligible suite à un recours, cinq ans après sa condamnation pour prise illégale d'intérêts.
Son programme, baptisé "le sens du bien commun", "reste inchangé" depuis 1995, quand il a arraché Orange (30.000 habitants) à la gauche, faisant de la ville l'un des trois premiers bastions d'importance du FN (ajourd'hui RN), avec Toulon et Marignane.
"En France, la règle c'est le gaspillage de l'argent public et nous on a assaini les finances de la ville", se vante celui qui fut un fidèle de Jean-Marie Le Pen, avant de se faire exclure du parti et fonder la Ligue du Sud.
Si les dépenses de fonctionnement sont "sensiblement inférieures" aux communes comparables selon la Cour régionale des comptes, celle-ci relève d'importants sous-investissements dans le patrimoine.
"Le centre-ville se meurt, les bâtiments se dégradent", pointe Jean-Dominique Artaud, transfuge de la majorité municipale qui mène désormais une liste RN dissidente.
"Les relations avec le préfet, le département, les commerçants et les associations se sont dégradées", ajoute le chef d'entreprise. "Il faut remettre de l'humain."
Trente ans de "bompardisme" ont laissé des traces dans cette ville aux taux de pauvreté (23%) et de chômage (16,9%) bien supérieurs à la moyenne nationale.
"Chasse aux sorcières"
Pour illustrer "le lien rompu entre les Orangeois, entre les communautés", l'opposition multiplie les anecdotes: bancs publics disparus au profit d'assises individuelles, lancement d'un "festival du cochon", limitation à 71 caractères des tribunes de l'oposition dans le journal municipal...
A l'arrivée des Bompard, "il y a eu une chasse aux sorcières, on nous a coupé les subventions. On était suspectés de retenir des populations dites +indésirables+", confie Brigitte Laouriga, travailleuse sociale pendant 37 ans.
Son centre d'accueil dans le quartier de l'Aygues a mis la clé sous la porte faute de moyens, se désole la retraitée qui s'est engagée sur la liste sans étiquette menée par la conseillère municipale d'opposition Carole Normani.
"Rassembler", c'est désormais le mot d'ordre de la candidate, ex-macroniste, qui mise sur la division de l'extrême droite pour "se glisser au milieu" et tourner la page de "la dynastie Bompard". Cette négociante en vin veut "attirer les entreprises, créer des animations dans une ville désertée par les touristes l'hiver" sans négliger la sécurité.
Un constat que partage Hakim Baraka, 35 ans, qui a ouvert son salon de coiffure sous les fenêtres de l'hôtel de ville. Le commerçant reproche à la majorité de ne "rien faire pour les jeunes" et déplore "la mort" du centre-ville l'hiver.
Il évoque aussi des difficultés administratives pour ouvrir son salon. "Un Maghrébin qui ouvre son barber shop en face de la mairie, ils devaient penser que ça poserait problème avec les touristes", sourit-il en exhibant son compte Instagram où posent des clients comblés.
Yann Bompard balaie les critiques, assurant n'avoir "abandonné aucun quartier". "On a réinstauré énormément de commerces qu'on a préemptés pour faire disparaitre le deal, les marchands de sommeil."
Une fois sa condamnation totalement exécutoire, il n'aura accès à aucune fonction publique, mais compte bien conseiller son père "lors du repas du dimanche"... Comme celui-ci l'avait fait pour lui.
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