Séismes au Venezuela: la côte de La Guaira, de station balnéaire à désert économique

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Une plage vide à Caraballeda, au Venezuela, dans l'Etat de La Guaira dévasté par un double séisme, le 10 juillet 2026
Une plage vide à Caraballeda, au Venezuela, dans l'Etat de La Guaira dévasté par un double séisme, le 10 juillet 2026 ( MARTIN BERNETTI / AFP )

"Où vais-je trouver de l'argent ?", se lamente Faisuris Alvarez, une commerçante de 39 ans, face à la côte déserte de La Guaira, la région du Venezuela la plus dévastée par le double séisme du 24 juin qui a fait près de 4.000 morts.

La Guaira était la station balnéaire de Caracas : des milliers d'habitants descendaient de la montagne chaque fin de semaine ou lors des vacances pour se baigner, profiter de la plage et du front de mer, situé à 40 minutes en voiture de la capitale.

L’activité, frénétique, s’est arrêtée net avec la catastrophe. Le double séisme a effacé la carte postale.

Les milliers de vacanciers qui faisaient vivre l’économie de cette zone, aujourd'hui réduite à des gravats et remplie d’abris de fortune pour des rescapés sans logement, ne viendront plus à court terme.

À Playa Escondida, c'est la désolation. Rangée de kiosques fermés, parasols en paille sans personne dessous...

Faisuris Alvarez, 39 ans, devant son commerce d'empanadas, dans l'Etat vénézuélien de La Guaira, le 8 juillet 2026
Faisuris Alvarez, 39 ans, devant son commerce d'empanadas, dans l'Etat vénézuélien de La Guaira, le 8 juillet 2026 ( Federico PARRA / AFP )

"Qu’est-ce que je vais faire ? Où vais-je travailler ?", s'interroge Faisuris Alvarez, une vendeuse de poisson frit qui vivait de la manne touristique.

Pour la réconforter, ses collègues lui disent que les baigneurs reviendront d'ici un an. Une maigre consolation: "Comment vivre un an sans rien faire ?!", leur répond-elle.

Son commerce constitue sa seule source de revenus, comme pour plus de 70 familles qui travaillaient sur cette plage renommée.

"Celui qui vend la pepitona (palourdes), celui qui vend l’œuf sancochado (bouilli), celui qui vend la mangue verte avec du sel, celui des galettes, celui des glaces... Qu’est-ce qu’il advient de la vie de toutes ces personnes ?", interroge-t-elle.

Pillages

Des épiceries aux restaurants, la grande majorité des commerces de La Guaira sont fermés, voire réduits en ruines.

Le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes estime les pertes à près de 37 milliards de dollars rien qu’en dommages matériels.

"En plus des pertes directes, il y a généralement des effets indirects sur le commerce, le transport, les chaînes d’approvisionnement, l’emploi et la consommation", explique l’économiste Asdrúbal Oliveros.

Après les séismes, des scènes de pillage ont eu lieu dans plusieurs secteurs de La Guaira.

Luis Baena a perdu toute la marchandise de son entrepôt. Il a filmé le pillage, le matin qui a suivi les secousses, dénonçant sur les réseaux sociaux des dizaines de personnes qui emportaient plus de six conteneurs de matériel d’éclairage.

Ensuite, un incendie a fini de réduire en cendres plus de 11 années de travail.

Il contemple, absorbé, les murs noircis et les fers tordus de ce qui était autrefois +Bilight+, une entreprise familiale dont dépendent 60 autres familles.

"Les efforts de tant de familles et de tant de personnes qui dépendent de nous sont aujourd’hui compromis", déplore, très ému, cet entrepreneur de 52 ans.

Exode?

Les Baena se sont enracinés à La Guaira il y a 100 ans. Le grand-père de Luis fut le premier conducteur de bus de l’État et son père le premier aubergiste dans la partie est de la zone.

"Dur, dur, c’est dur", répète-t-il, les yeux humides devant son entrepôt en ruines.

À Maiquetía, cœur économique de La Guaira qui abrite l’aéroport international partiellement fermé, certains commerces ouvrent timidement leurs portes.

Luis Baena (g), est réconforté par un employé avant de pénétrer dans l'entrepôt pillé et endommagé de sa société Bilight, spécialisée dans les LED et la protection électrique, à Catia La Mar, dans l'Etat vénézuélien de La Guaira, le 8 juillet 2026
Luis Baena (g), est réconforté par un employé avant de pénétrer dans l'entrepôt pillé et endommagé de sa société Bilight, spécialisée dans les LED et la protection électrique, à Catia La Mar, dans l'Etat vénézuélien de La Guaira, le 8 juillet 2026 ( Federico PARRA / AFP )

Anabel Delgado, 56 ans, attend les clients devant le salon de coiffure où elle travaille. La fréquentation est encore faible mais des signes de reprise économique commencent à poindre.

"Je pense que si Dieu nous a laissés en vie, c’est pour consoler, pour continuer et pour continuer à lutter pour ceux qui restent", estime-t-elle.

"C’est quelque chose qui prend du temps, retrouver la normalité, mais tout va se remettre sur les rails", espère Enio Fernandez, 49 ans, propriétaire d’une petite épicerie.

La reconstruction de cet État meurtri "peut devenir un moteur d’activité économique mais seulement s’il existe des ressources suffisantes, des institutions capables de la mettre en œuvre et des règles qui génèrent la confiance nécessaire à l’investissement", avertit M. Oliveros.

En attendant, les rues se vident peu à peu en l’absence des centaines de secouristes étrangers qui étaient venus sauver des vies.

La catastrophe a fait fuir les baigneurs et beaucoup d’habitants prévoient de partir eux aussi, à cause de l’économie en berne et du traumatisme.

"Cette population qui va lutter pour La Guaira, pour sa reconstruction, a besoin et va demander des biens et des services", se convainc néanmoins M. Baena. "Ensemble, nous relèverons l’État, ensemble nous ferons en sorte que cet endroit soit vivable", lance-t-il.

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